‹ L'israéliteChapitre 2 sur 9 · I. ISÎÎACLtTE. Il a · texte numérisé non relu

I. ISÎÎACLtTE. Il a

seule humanité et 1(^ devoir trun vrai ehcvalier français ; je ne puis vous offrir cneore , comme preuve de mon éternel amour , que ma constance! Oui, belle Clotildc , je chercherai, par tous les moyens qui seront en mon pouvoir , a conquérir votre affection ; je me déclare , dcA'^ant la cour et devant Dieu, votre servant d''amour et votre chevalier : heureux si je puis , 'a foBce de dévouement et de gracieuses attentions , vaincre votre froideur. . .

Chacun admira la prestance , la loyauté , les manières élégantes et la générosité de Pinconnu ; Clotilde seule, muette et détournant les yeux, craignait de le voir ; c'eût été un crime de lèseamour ! . . .

Froideur î . . . répéta le bon Jean II ; ne crai-

onez rien, mon fils! nous ne voulons pas trahir les secrets de notre bien-aimée fille , ils ne nous appartiennent pas ; mais , nous vous répondons de votre bonheur; et si vous en voulez une preuve? regardez la rougeur qui doit se répandre sur son front virginal.

L« cercle curieux porta ses yeui sui' (llotilde , dont la pâleur devint un problême; car naguère, lorsqu''ellc rentra , Ton avait remarque la joie briller dans ses yeux et sur son visage épanoui.

Cette contenance , Fécueil de la pénétration des -N-ieillards comme des jeunes, ne fut expliquée que par Kéfalein , qui dit , avec un gros rire à à Poreille de révêque :

— La femme est une énigme... et, nous avons le mot î... Uévéque sourit; et Monestan se dit eit lui-même : « cVst quelque blasphème , car ils rient — »

— Hé bien, ma fille, ne fêlez-vous pas notre libérateur ? demanda Jean II.

— Sire chevalier , répondit Clotildc d''une voix entrecoupée , les simples désirs de mon père sont des ordres pour nous , et j'obéirai toujours !... Si je dois être votre récompense , j'acquitteraiîpar le don de ma main la dette du rai de Chypre

— Madame , ce n''est pas de Tobéissancc que je demande î... répliqua le chevalier a voix basse.

Le prince saisit la main du Chevali er Noir , comme pour le rassurer ; mais Faspect de la figure attristée de la princesse n''ëtait pas fait pour donner l'espoir.

Madame ^ dit-il avec un espèce d'accent de reproche , en voyant votre beauté , tout homme , tel courtois qu''il puisse être , s''empresserait pour la posséder de se servir de Fautorité d''un père... Ne craignez jamais cela de moi!... je ne veux vous devoir qu''a vous même ! . . .

Puis saisissant la main de Clotilde par un geste qu''il déroba à rassemblée h la faveur des draperies du trône , il lui dit d'un ton plaintif : c( Tous ne m"'aimez donc pas ! . . . »

Ce reproche mérité répandit sur le visage de Clotilde un incarnat subit , qne les courtisans remarquèrent, et elle répondit en pleurant : a Je vous aimerai , seigneur \.,.* •>->

A ce moment Bombans qui avait fait tous ses efforts avec M* Taillevant, pour arranger un repas dip-ne du roi de Chypre, vint annoncer que la salle du festin n'attendait plus que les convives.

\jdL salle a manger était décorée de fleurs, de guirlandes, de feuillages, et h défaut de toutes les richesses resserrées, Fintendant plaça des valets qui tinrent de grosses torches de cire pendant le repas. Ne pouvant donner Péclat de For, il le remplaça par celui de la lumière en profusion.

Le courtois chevalier offrit sa main à Clotilde, et la conduisit a la salle àmanger, en ayant soin qu''elle posât bien ses pieds à chaque marche, que personne ne la froissât^ la regardantsans cesse, enviant le marbre que ses pieds touchaient, la rampe (jiie sa main légère parcourait, et écoutant le bruit soyeux de ses vétemens. Ces attentions firent d''autant plus de peine à la jeune fille, qu'elle se sentait de la reconnaissance et de Festime pour le chevalier, et qu''elle se trouvait dans Pimpuissance de le récompenser.

Le Chevalier Noir refusa de s 'asseoir et de manger en alléguant ses vœux, et il se tint debout derrière Clotilde; il la servit en prévenant ses moindres désirs, changeant ses assiettes , lui versant a boire d'huile main tremblante de bonheur.

offrant le pain, cherchant à effleurer ses doigts, ses cheveux, ses vètemens, et la dévorant d'un œil que Ton voyait briller à travers sa visière serrée; il Paidait aussi à servir son père, et le bon vieillard était au comble de la joie en croyant leurs cœurs d'intelligence d'après ce concert de soins.

Au milieu de ce banquet, les musiciens du prince cliantèrcnt des tensons, des ballades, et des chants de guerre en l'honneur des Lusignans.

Comme ils finissaient minuit sonna.

— Chevalier, dit le prince, vos compagnons d'armes tardent bien a \«nir.

— S'ils ne sont pas arrivés a la pointe du jour, répondit l'étranger, je serai forcé d'aller à leur rencontre, et savoir qui peut les arrêter... Peutêtre l'imposteur, le faux Enguerry se sera renfermé dans sa citadelle avant qu'ils aient pu l'atteindre; ils essaient de la forcer, et c'est en vain, je la connais; il faut pour cela des machines et une armée plus nombreuse; j'attends a cet effet avec une grande impatience le reste de mes troupes que Icç vents ont retardées... Je suis bien heureux

— Toque le comte tle Foix ni''ait ramené ces cent cinquante vaillans cheTaliers banncrets.

— Et comment avez-vous su notre détresse ? demanda ]\Ionestan.

— Et ne \'is-je pas aux menaces que le sire Enguerry vous fit lorsque je vins dernièrement en ce château, qu*"!! n''en voulait qu''à vos trésors; alors je fus assez chagrin tie me voir sans ressources pour vous secourir, et perdu si je me découvrais... Heureusement que ces généreux gentilshommes ont abordé hier du côté de Jonquières, et mon écuyer s''empressa de leur apprendre où j''étais, et ce que je réclamais d''eux. . . Aussitôt que mes troupes seront arrivées, je me montrerai dans la contrée, et le sire Enguerry paiera de sa tète sa félonie. Il a osé usurper Phéritage d''un vaillant chevalier, qui, délivré de ses fers, viendra le reprendre et venger Phuinanilé.

Le prince saisit la main du Chevalier Noir, et la serra d^ nouveau sans mot dire.

— Cest un siège auquel je désirerais bien assister, dit révèque, caria forteresse est bien située et de difficile accès.

-'— J'en connais le faible^ répondit le cheva- Irér.

Le souper fini, le monarque donna Tordre de préparer pour le lendemain une fête brillante à ses généreux défenseurs, et Ton fit pour cela des efforts inouis pendant toute la nuit.

Chacun se retira pour se livrer au repos , et, certes Pon en avait besoin après une journée aussi fatigante et remplie d*'autantd''événemen s. On servit le Cheifalier Noir dans son appartement, et il veconuîianda au docteur Trousse de Féveiller a la pointe du jour, si ses chevaliers, dont il commençait il devenir inquiet, n''étaient pas arrivés.

La pauvre Clotilde regagna son appartement, i» la porte duquel elle trouva l'infatigable Castriot Je sabre nu, et prêt à se coucher sur le seuil de marbre... Elle ota tristement de son sein les fleurs dubel Israélite, et se laissa déshabiller sans mot dire par Josette.

lié bien, madame, voire mariage ou» plutôt votre bonheur ne tardera pas, car il ne manque que votre consentement; j''ai tout vu ]5ar un carreau cassé de la croisée de la salle... Ah! comme

cç chevalier vous aime, vous n''avez pas fait un mouvement qui n'ait excité son attention: sa tournure est noble, il est bien fait, car ses armes sont comme des modèles.

— Mademoiselle, dit la princesse, songez à ne jamais m''entretenir sans ordre, et surtout sur des choses qui doivent être respectées par votre silence plus que toutes les autres.

— Oui, madame, repondit Josette étonnée.

— Adieu, Josette, dit Clotilde avec douceur, pour la rassurer sur le ton sévère qu'acné avait pris.

— Adieu, madame, et Josette s''en fut en pleurant.

Clotilde ne put dormir ; une seule pensée l'agitait, c'est : Combien elle serait malheureuse d'épouser le Chevalier Noir: et son âme candide et pure ne lui fournissait d'autre moyen de sortir de ce labyrinthe que la résignation, (c Je lui porterai, se dit-elle, vme triste dot, les larmes et le chagrin seront mon seul apanage... »

Elle n'eut qu\în moment de sommeil, sans

même y goûter de repos, car elle vit en songe son beau Juif découvert, banni, allant en captivité. Le Chevalier Noir, sachant qu''il était son rival, cherchait à le faire mourir. Elle aperçut Nephtaly tourner ses yeux sur elle une dernière fois : ce regard désespérant était rendu plus cruel par les circonstances vaporeuses de ce rêve, et le farouche Chevalier Noir, en donnant le coup de la mort à risraélite, disait à Clotilde : Je n ai plus de rival!. . . » Elle se réveilla en sursaut, et toute épouvantée, car elle avait toujours eu une espèce de croyance aux annonces des songes: c'était Marie qui la lui communiqua dès son enfance; aussi sa frayeur fut-elle mortelle. Elle regarde autour d''elle et aperçoit Paurorequi jetait dans sa chambre une clarté blanchâtre; elle se lève soudain, et court a sa fenêtre pour s''assurer de la vie de Nephtaly.

Elle le voit fidèlement assis sur son rocher comme un Français banni, qui, s'asseyant sur le bord de la mer, respire le vent qu''il suppose venir de sa patrie. Lorsqu*'clle cntr''ouvrit la fe-

«•trc, leuis yeux et leurs âmes se confondirent, et l'amour battit de ses ailes dans les cieux.

— Nephtaly, lui dit-elle encore toute émue el d'une voix douce comme celle dW enfant qui prononce pour la première fois: ma mère...; ISephtaly, promettez-moi de ne jamais affronter

votre rival?...

— Et quel est-il?...

— Hélas! c'est un grand chevalier qui porte toujours des armes noires, et sa devise est : Deuil à qui n'est pas airné /...

— Clotilde vous ne Taimez pas!... dites-le moi?... Le regard du Juif exprimait la crainte.

— Il faudra que je l'épouse!... etelle soupira.

— Il vous épousera, Clotilde!... et il soupira a son tour.

— Oui...

— Grand Dieu!...

— Nous n'aurons , reprit-elle , d'autre ressource que de nous aimer de l'àme...

Le beau Juif, la regardant avec des yeux p6lillans d'amour et d'un feu ([ui s'écliappait en

éclairs , lui dit d\\n ton morne , solennel et dénué de cette exaltation que donne Tespérance :

— Clotiide ! . . . lorsque votre mariage apprc-^ chera , promettez-moi de m''accorder un rendezvous... un seul! que je puisse vous voir, vous serrer dans ces bras désespérés, et je vous jure de trouver alors un moyen pour nous unir à jamais... •

— A jamais ! . . . répète Clotiide en délire.

A jamais!... reprend le Juif. Alors je verrai si

tu m'aimes!...

— O mon bien aimé , joie de mon cœur , vous auriez im tel moyen , dit la jeune fille dont le visage offrait le portrait d''une Sainte eu extase. Elle ne fit pas attention au ton d''autorité que prenait le Juif immonde.

— Oui, jeFai!... hélas qui ne Pa pas!... Mais c'est le dernier refuge du désespoir et songeons a ne Pemployer qu''a la dernière extrémité?... Promettez-vous Clotiide.

— Si je le promets !... je le jure par toi!...

— Adieu ! .... je suis content . ô ma douce amie ; *

continuons alors de savourer, sans crainte et sans remords, les douceurs d''amour. Cette promesse, écrite dans le ciel, dans le livre éternel, nous fiance bien mieux que les cérémonies des hommes! tu m''appartiens ! . . . Adieu ! . . . Et il envoya un doux baiser à sa maîtresse sur Failc des zéphyrs.

Le ton qu'ail mit à ses paroles avait cjuelque chose de farouche... Clotilde reste pensive, tout en le voyant se confier aux airs pour regagner sa crevasse... Il y parvient , s'*agenouiile ^ et réitère un doux baiser à son idole.

Clotilde prit alors les fleurs nouvelles que PIsraélite avait apportées sur Tappui de la croisée et elle en décora son sein tout palpitant de joie. Elle se mit à sauter dans sa chambre avec la naïveté de la jeune, et elle répéta : « Nous serons unis ! » Cette idée rafraîchit son coeur comme une rosée bienfaisante... Ah î c'*était une véritable fille d'Eve!

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