DOUBLE CATASTROPHE
Le Mécréant surveillait tous les mouvemens de Michel FAnge, comme un général examine ceux de ses ennemis, et il agitait déjà en lui-même la question de savoir s'il ne serait pas prudent d'enfermer le Vénitien, et si, en le traitant comme ennemi , il ne s'ôtait pas tout moyen de cor-
respondre avec le sénat , etc.. lorsque le bruit des pas de tous ses soldats et leurs murmures retentirent dans la salle.
Etonne de ce tumulte, Enguerry se lève et il voit paraître à la porte de la chambre son premier lieutenant contenu par deux soldats et traîné par le triomphant Nicol qui sVcrie : « Monseigneur, faites justice d''un traître !...
— Et quel est son crime ?...
— Il vient ouvrir la poterne, et de rendre la liberté au Juif !... répondit INicol.
— Est-ce vrai ? demanda le Mécréant au coupable.
Jean Stoub se tut.
— Qu''on le plonge ù la place du Juif dans rhuile bouillante !...
A ces mots Josette tombe évanouie, et les trois ministres, Castriot et tous les Cypriotes s'^écrient ; « C'est liti\... )>
Marie Stoub se retourne !... Plus prompte que Féclair, elle saute au col de le Barbu et fait retentir la voûte de ces cris :
— Mon fils '. . . . mon fils !.. . tu m'es rendu !
Est-ce vrai ?... mon fils Jean !...
Elle le couvre de baisers, elle le caresse, et Jean Stoub rend à sa mère tous ses embrassemens en pleurant de joie.
— J''ai sauvé mon bienfaiteur et revu ma mère ! que puis-je désirer ?... s''ëcria-t-il; ma mère! adieu ma bonne mère .
Marie ne se lassait pas de répéter:
— Mon fils!... mon fils !.., C'était le seul mot qu''elle put proférer, la seule idée qu''elle eût, et cette idée comprenait toutes celles qu''enfantc la raison humaine, car son feu céleste reparaissait déjà sur le visage de Flnnocentc.
— Délivrez-moi de ces cris , dit le farouche Mécréant, et qu''on Femmène !...
Alors Marie, sans prononcer une parole, et plus rapide qu''une flèche, s''élance sur Enguerry, lui enfonce ses ongles crochus dans la gorge, ouvre une artère et la déchire... Le sang coule à gros bouillons, et le Mécréant tombe en portant la main sur sonépce il expire. La folle, sem-
blable au vautour qui s'^acharne sur Promethée, continue à se baigner dans le sang de sa -victime : elle jette un coiip-d''œil égaré sur rassemblée épouvantée, et, plongeant ses mains rougies dans ie flanc du brigand, clic récorche, le creuse, brise les chairs et en retire son cœur encore tout palpitant. Elle ie montre avec une joie pleine d''ingénuité, et le remue par un geste qui peignait le délire de la vengeance et de Pamour maternel; elle saute et jette de petits cris inarticulés... sa chevelure éparse, ses yeux hagards, ses con^'^llsions, le sang qui souille ses vêtemens en désordre, lui donnaient Pair d^me furie poursuivant Oreste ! . . . Une certaine horreur se répandit dans toute rassemblée, profondément émue.
Le seul Michel l'Ange, arrêtant le bras de l'Innocente, prit le cœur du Mécréant avec la pointe de son épéc, et dit avec un sourire sardonique :
Je vous prends a témoin qu'il avait un cœur. . . c'est à noter... du reste, je ne croyais pas que Capeluche dût mourir horizontalement —
— ïi est pouilaiit mort!... sVcria Trousse, qui ne pouvait jamais se faire à Tidée tic Ja destruction.
— Que Dieu aie pitié de lui! dit Monestan, il n^i pas seulement eu le temps de dire un seul ave... et de se repentir.
Marie alla se réfug^ier dans un coin de la salle et s> accroupit : elle se mit à essuyer toutes les taches qui souillaient sa robe et à rëta]>lir le désordre qui régnait dans ses vétemens, ce dont elle commençait à s Vrcevoir. . . Mais jetant mi regard à son fils, elle lui fit signe de venir à ses côtés.... Ce signe avait quelque chose de gracieux, de délirant et de raisonnable: il peignait très bien ce premier moment qui se trouve entre le bon sens qui revient et la folie qui expire.
Au double sourire de sa mère, Jean Stoub profita du premier moment de la stupéfaction! et, se dégageant des mains de son rival ébahi, il rejoignit sa pauvre mère et Josette.
Les Casin-Grandésiens commencèrent à espérer, etPévéque détacha tont doucement les ar-
L'IsRAÉLMii. IL 17
mures suspendues , pendant que Trousse déliait Casîriot. En un instant, Kéfalein s''armaj ainsi que Pintendant et tous les seigneurs cypriotes.
L'habile Vénitien vit en un clin d''oeil l'avantage qui résultait pour lui de la mort d'Enguerry, et il résolut d'en recueillir tous les fruits : il convoitait déjà les clefs que Nicol avait à la main, afin d''âller sur-le-champ faire périr les victimes désignées par le sénat de Venise.
Cependant, au bruit de cette aventure, les soldats accoururent , les sentinelles quittèrent leurs postes, et tout afflua dans le vestibule et la salle. Les plus avancés contemplaient avec une muette stupeur, la mare dé sang dans laquelle nageait le cadavre de leur chef.
Cette multitude de têtes tendues et attentives jointes à celles de nos héros formaient un cotipd'œil pittoresque et original.
Alors on peut dire que tous les intérêts étaient en présence ; et Michel l'Ange , sachant combien est forte la première impression, se hâta de prendre la parole ; et il s'écria :
• — 263 — — Amis, croyez-vous que le diable doive perdre quelque chose à la mort d'un de ses plus digne.
^"PP^ts? Eh ! par la queue du lion de Saini-
Marc , tâchons qu^l ne s^en aperçoive pas, il nous retirerait sa protection. Le Mécréant est mort! eh! mes amis, ne vous en étonnez pas . il ne faut ni le plaindre ni le pleurer; il est admis au foyer des enfers, et il y est h jamais. Notre tâche, cVst , de rimiter fidèlement et de faire son oraison fu- ' nèbre par nos actions. N\ipostasions pas!... Ventre-mahom, s'il vous faut un chef, je vous en servirai! je vous promets que la gaîté , la gaspille et les affaires iront toujours ensemble et n'en iront pas pis!.... Nous allons célébrer par un ample festin l'heureuse recrue que vient de faire Lucifer, et auparavant, je vais expédier les affaires d'urgence.... Donne-moi tes clefs, mon cher Nicoî P Je ne veux pas faire languir ce généreux roi de Chypre; va, Nicol, tu sais comme je t'ai toujours distingué, aussi tu seras mon premier lieutenant
et même un peu le capitaine ?. . . . donne ? E'
Michel l'Ange tendit sa main.
— Donner les clefs! s''ccria le lieutenant,
avec un air rechigné, je ne dois les remettre qu''au comte Enguerry ; il est mort, que l'on me montre son héritier ou son successeur, je mVn dessaisirai; mais, quanta vous, M. Fambassadeur, vous n'avez pas encore la branche de cyprès au casque, et vous voulez nous commander?...
La foule entière murmura en tant de sens divers, qu'il était à croire qu'il se formait dans son sein un parti NicoUien, et un parti Vénitien,
— Allons, mon ami Nicol, reprit l'Italien avec bonhomie et le ton de l'amitié, tu sais bien qu'Enguerry n'a fait cette expédition que pour la sérénissime république, et si tu veux consommer ce petit service pour elle, je me charge d'obtenir cjue l'on reporte sur toi les récompenses promises au Mécréant : tu seras général au service de la sérénissime république Vénitienne, noble, sénateur, et peut-être par la suite deviendras-tu Doge ! . . .
A cette brillante perspective , présentée par l'adroit Vénitien qui s'était appuyé sur l'épaule
tic Nicol *cc dernier parut prêt î» donner les fafatales cl cï^s!... Alors Monestan, en grand ministre et en sujet fidèle, sV'cria :
Et moi, brave lieutenant, je vous donnerai le titre de généralissime des troupes du roi de Chypre, si vous voulez le sauver ! . . .
A* ces mots, Nicol se tourna du côté de Monestan.
— Eh mon ami, dit Michel PAnge en Tarrêtant, le royaume est concpis, et leurs troupes sont imaginaires!... Alors Nicol revint contre ritalien.
— Je vous donnerai un million sur les trésors du roi de Chypre, reprit Monestan. A cette exclamation le lieutenant regarda de nouveau le ministre, qui ajouta pour le décider: a Et songez que vous obtiendrez votre pardon; que, rentrant dans le sentier de la vertu, vous serez tranquille, et que le ciel applaudira a votre conversion.
— Amen, dit Fltalien ; voici, par ma foi, un bel oreîHusl Eh mon compère î moi, je t''abandonnerai ma part dans les deux millions que le sénat a
promis a ceux qui livreraient le roi de Chypre. Nicol resta indécis.
— Nous vous payerons trois millions!
crièrent ensemble Monestan, l'évéque et Ke'falein.
Cette fois , le lieutenant fit un geste décisif en faveur des Cypriotes.
— Et par la vierge de Lorette, dit Michel PAnge à voix basse , n''avons-nous pas leurs trésors et ceux d''Enguerry ? je te les laisserai prendre, et de plus, les deux millions du sénat : tu vas devenir maître du comté d''Enguerry , et tu commanderas tous tes camarades !
A cette dernière idée , Nicol ne balança plus , et il répondit au Vénitien :
— Par la mort , exécutez vos promesses et je suis prêt a vous servir?,.- •
Puis, 6e tournant vers la foule étonnée, il ordonna a tous les soudars de se mettre sous les armes. Michel PAnge triomphant s^ipprocha doucement de Nicol , et lui tendit la main pour prendre ses clefs ; mais le prudent lieutenant les serra dans son sein.
Alors les Casin-Grandésiens ayant perdu tout espoir, se rejjardèrent cFuii air triste comme pour se dire: « Que va-t-il arriver?.... »
Mais en ce moment, il se passait dans la cour une autre scène , dont l'issue eut une grande influence sur les événemens qui vont suivre. En effet, le Barbu, 8''étant glisse à travers ses compagnons, avait rassemblé autour de lui tous ceux en qui il avait remarqué quelque reste d''lionnéteté et d''humanité , et , montant sur une borne qui se trouvait contre le portail, il leur dit avec cette éloquence naïve de geste et de parole que donne la vertu :
— Mes amis, nous voici libres , puisque notre chef est mort ; selon les idées les plus naturelles je devrais vous commander , mais je ne veux user de ce droit que pour vous éclairer. Eh mes amis , quel métier avons-nous fait jusqu'ici ? Sommesnous des soldats? des hommes qui défendent leur prince, ou leur pays? Y a-t-il des brigands plus
déhontés que nous? Eh bien, voici le moyen
de réparer en un moment toutes nos fautes; le
roi de Chypre, sa fille et sa cour sont prisonniers... délivrons-les P.. . ils nous récompenseront; nous prendront h leur service, elTrentrant dans la bonne voie nous y trouverons tout autant de profit; nulle inquiétude , joie, plaisir sans regret, nous nous marierons , et je puis vous assurer Ii chacun de Targcnt et des grades.
Les plus vives acclamations accueillirent Torateur, et lorsque Nicol et le Vénitien sortirent de la salle suivis de leurs partisans sous les armes, ils virent Phonnète Jean Stoub, a la tète d''une faible partie des forces Mécréan tiques , qui s''apprétait à une vigoureuse résistance en exhortant ses adhérens.
A Taspect de son adversaire échappé à la mort qu''il lui destinait , et devenu redoutable par son cortège , Nicol se mit en fureur et harangua ses partisans , pour les engager à s''emparer de Jean Stoub. Le Vénitien se contenta de surveiller Nicol , (]u'*il suivait dans tous ses mouvemens , afin de pouvoir s''emparer des clefs qu'ail ne cessait de «on voiler.
Les deux liouj>cs s''cxcitèrcnL par tics rjuesllons et des injures; la discorde, qui revenait d*" un chapitre de Bernardins, leur souffla sa rage et ses poisons, et ils ne tardèrent pas à en venir aux mains. — Le rusé Jean Stoub, ne perdant pas la tète, courut ouvrir la prison des habitans de Casin- Grandes , et ils ne furent pas lents 'a s''armer et 'a soutenir leur libérateur. Alors le démon de la guerre déploya toute sa furie, et fit retentir toutes ses trompettes dans les cœurs des brigands ; la cour offrait Foriginal du beau tableau de la révolte du Caire : ce n"'était que cris, coups, sang, blessures , tapage ; et par momens, un effroyable silence interrompu par le bruit des armes plus horrible encore.
On sent civCh. ce tumulte , Kéfalein , Castriot , Tévcque et tous nos héros étaient accourus; et que leui^s exploits se ressentirent ; et de Fespoir qu'ils conçurent et de la nécessité. Trousse , re^ gardant la bataille par les croisées de la salle , se mil a encourager les assaillans par ses cris et ses éloges, Josette et Marie, appuyées Fune sur Faiih r,
tremblaient de peur, en voyant le danger que courait leur bic!i=î4iimc ; ils craignaient de le perdre une seconde fois : néanmoins, une sorte crorgueil vint s'emparer de leurs âmes , a Faspect de ses efforts et de son courage.
Malgré le renfort que Jean Stoub s''était procure en armant les prisonniers, il se trouvait encore le plus faible ; entouré de Tintrépide Kéfalein, de Févéque, de Castriot, et des plus braves des habitans de Casin-Grandes , tous ses efforts tendaient h faire périr Nicol son adversaire. Ce dernier et Michel PAnge encourageaient leurs soldats en promettant des récompenses; Michel TAnge surtout redoublait de valeur, de zèle et de gaieté, car il sentait que ce combat d^m instant devait ou le faire réussir dans ses desseins, ou les ^iner ; et comme les Casin-Grândésiens y voyaient aussi leur perte ou leur salut, on peut juger de l'acharnement avec lequel on combattait.
Jean Stoub avait choisi une position qui augmentait encore le désespoir de sa troupe , car il était adossé contre un mur , et les gens de Nicol
rentourant de toutes paris, on ne pouvait se reculer pour reprendre halaine ; il fallait triompher ou se résigner h périr. Jean Stoub , vaillamment secondé d''Hilarion et de Castriot , formait , avec l'élite de nos héros , un groupe , qui , partout oîi il se portait , faisait pencher la balance en fuveur des Cypriotes. Enfin, comprenant de quelle importance il était de se saisir de Nicol, puisque lui seul avait les clefs de la prison du prince , et que si l'on pouvait s'en emparer, on ferait sauver Jean II pendant le combat, quitte a périr; le Barbu, Castriot et l'évêque entourèrent le lieutenant et s'acharnèrent sur lui. Michel l'Ange ne chercha point à le défendre , car il se défiait de Nicol ; il feignit d'attaquer Bombans, et ne cessa cependant d'avoir l'œil sur le lieutenant.
Castriot se désespérait , parce que son fameux sabre était cassé, et qu'il ne maniait pas aussi bien l'épée ; mais, saisissant le moment oii Nicol se défendait contre l'évêque et Jean Stoub, il le tourna , et sans s'inquiter des coup qu'il recevait de ceux qui protégeaient leur chef, il lui plongea
^on t'pec dans son gorgcrin; jNicol tomba en prononçant un cfiProyable juron.
La vue de la mort du lieutenant, loin de calmer le combat, alluma une rage nouvelle dans le cœur de SCS amis, et Ton défendit son corps comme celui de Patrocle dans Tlliade ; mais il arriva un malheur plus grand que celui de TlUade.
En effet, aussitôt que Michel FAnge vit tomber INicol, il- se précipita sur lui , avec la célérité de Faigle qui lFond sur sa proie, et s*'empara des clefs avant Castriof , dont les membres disloqués ne permirent pas qu'il gagnât Fltalien de vitesse : ^ avant que l'Albanais eût retiré son épée, le Vénitien avait pris les clefs , et les soldats s''étaient saisis du corps de Nicol , sur lequel on s'acharna comme des corbeaux dévorant un cadavre.
A peine Michel PAngc eut-il les clefs , que , semblable à un loup charge d'un agneau, il traversa tous les combattans, en baissant la tète et ne s'arrctant pas pour venger les coups qu'il reçut : il se dirigea vers les cachots avec une ténacité et une ardeur qui firent frémir les Casin-Çrandésiens»
\ussi , en voyant la manoeuvre de l'Italien , l''héroïqiic Bombans et Castriot l'intVépitlc , rassemblèrcnt4eurs forces , et coururent après Michel TAngc avec toute la rapidité que leurs hlessiîres leur permirent, j^
Mais le Vénitien avait sur eux une asser grande avance; et, se voyant poursuivi, il s''élança vers la porte principale des prisons avec une telle vélocité que quand PAlbanais et l'intendant y arrivèrent, ce fut pour sentir le vent de îa porte, que le rusé Michel PAnge ferma avec force , et pour entendre le bruit des verroux.
Les deux serviteurs du roi de Chypre poussèrent ensemble un grand gémissement et un cri de désespoir, que le tumulte des armes empocha d'entendre ; les combattans mêmes ne virent pas cet épisode. Bombans et Castriot se regardèrent avec une profonde tristesse , et ce regard équiyalait à l'oraison funèbre de Jean II et de Clotilde ; mais, la rage s'emp?rant de leurs cœurs, Castriot saisit un morceau de bois et se mit à ébranler la porte et la voûte ; Bombans se désespérait de ne pou-
voir aider PAlbanais, puisque ses mains souffrantes ne le lui permettaient pas ; il laissa Castriot faire à lui tout seul le siège de la porte , et il se replia sur le gros de Tarmée pour chercher du secours.
Mais, hélas ! le parti de Jean Stoub , malgré tout le courage des Cypriotes , venait de succomber sous rélan que la mort de Micol avait imprimé aux brigands.
Le Barbu , cerné par le parti NicoUien et toHt vaincu qu'il était, haranguait ses compagnons vainqueurs pour les engager a se ranger du côté du roi de Chypre. Hélas 1 ces âmes sans vergogne , n''écoutant rien, et alléchés par le pillage des trésors du Mécréant , désarmaient impitoyablement les Casin-Grandésiens qui se voyaient dans les fers et près de la mort pour la seconde fois. La lueur d''espoir qui venait de briller , le moment de liberté qu''ils eurent , ne servirent qu''a leur rendre ce dernier pas dans le malheur plus cruel encore. L''évêque et Kéfalein seuls se défendaient avec une rare intrépidité et un sombre courage qui
disait assez qu'ils avaient juré de mourir les armes à la main, pour ne pas survivre au roi Jean II et à Clotilde.
Au milieu de ce désordre, Josette et Marie fesaient leur partie en se signalant par des cris qui retentissaient dans toute la forteresse : elles couraient dans la cour en sanglottant et s''arrachant les cheveux. Quant au docteur, il aperçut la poterne ouverte, et il s'y dirigea afin de sauver sa petite macliine rondelette de ce nouvel esclavage.
Tout-h-coup, Ton entend le bruit sourd des pas précipités, d''une nombreuse cavalerie; elle arrive silencieusement; mais, alors que les brigands, ainsi que leurs captifs, prêtent l'oreille îPv^ec attention 5 un effroyable cri de : « Mont joie Saint-Denisl. . . )> retentit à la poterne : « France], Francel... Mont joie Saint-Denis \... » Trousse effrayé se recula et se blottit dans une chaudière vide, en se hasardant à lever la tcte quand l'escadron fut passé.
Rapides comme les éclairs d''un orage et furieux comme le vent qui pousse les tempêtes, les che-
valicis entrent clans la cour, au ^rand galop, et chargent les brigands avec une impétuosité qui ne leur laissa pas le temps de se reconnaître; le parti Cypriote reprend courage, crie : « Vive le ciievalier Noir ! » et sur les ordres de Févêque et de Kéfalein, il décrivit une courbe savante cjui cerna le parti Kicollien. — Se saisir des brigands, les mettre hors d''étatde faire la moindre résistance, s''emparer de tous les postes de la forteresse, fut Faffaire de moins de temps cjue je n''en mets a le dire. Pendant ce temps, deux mille hommes de troupes investissaient le château, s'élançaient dans les fossés, et enfonçaient le pont-levis, qu'ion s e hâta d'aller baisser.
Alors un cri de : « victoire .' victoire î » s'éleva subitement, et retentit dans les airs: il pénétra •usques dans les souterrains du château. — Le religieux Monestan s'agenouilla dans un coin, tendit ses mains au ciel, et il y éleva ses humbles prières, sans faste, sans intérêt; aussi, son vertueux encens monta vers le trône céleste, et fut agréable à l'Eternel.
On précipita les brigands tlans le souterrain oîi «naguère ils avaient confiné les Casin-Grantlésiens^ et la cour n''offrit plus que le spectacle de la joie et de gens qui embrassaient leurs libérateurs; Josette et Marie sautaient au col de Jean Stoub; et ce dernier mettait en ordre de bataille les brigands fidèles a la vertu et les Casin-Grandésiens.
L''évéque et Réfalein, ainsi que les plus marquans de la petite cour du roi de Chypre, entouraient le chevalier ISoir. Il était entre le vieux guerrier que Raoul rencontra naguère et entre le comte de Foix.
Aussitôt que Monestan eût terminé ses actions de grâce, et prié Dieu d''excuser ceux qui oubliaient de le faire, sa seconde pensée fut pour son prince; il le chercha des yeux et ne le vit point.
— Où est le roi ? — où est la princesse i*.... s''écria le vieillard.
Ces mots et Tinquiétude peinte sur le visage du premier ministre, arrêtèrent Tessor de la joie, chacun se regarda et scruta tous les coins de la cour.
l'Israélite. II. 18
Le silence de la stupeur régna parmi cette . assemblée, un secret pressentiment erra dans les âmes des Cypriotes, et alors on entendit Bom- Lans qui ne cessait de crier au secours; Ton vit Castriot, dont la force ne pouvait ébranler la fatale porte.
On se souvint de Michel PAnge et Ton trembla. Jean Stoub, accompagne de deux soldats, courut avec des haches d''armes pour aider PAlbanais qui rugissait de rage. Pendant ce temps, Kéfalein mettait le chevalier Noir au fait des événemens qui venaient de se passer; et rien n'égala la douleur et le désespoir de Famoureux chevalier quand il apprit le danger dans lequel se trouvait la princesse Clotilde, sa chère fiancée. Ses yeux se fixèrent sur la porte, comme tous ceux des apectateurs; et Ton attendit avec anxiété le résultat des efforts du fidèle Albanais...
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