II. — Mœurs, Industries, Arts, Sépultures
Caractère mixte, composite, de la nation et de la civilisation étrusques. -^ Trois types principaux : l'un, épais et court; l'autre, élancé, fin prudl, traits déliés; le troisième (surtout chez les femmes), simplement italiote, ombrien sans doute.
— Institutions politiques : dodécades, lucumonies; fédérations imparfaites; temple fédéral de Vulsinies. — Aristocratie conquérante. — Seivage imposé à la plèbe vaincue.
— Matriarcat ? Liberté relative des femmes.
Industrie du bronze. Mines de cu'vre. Plomb argentifère. — Carrières de marbre et d'albâtre. — Fer d'Ilva (île d'Elbe).
— Emploi de l'or et de l'argent, surtout à partir du VIP siècle.
Art de la ciselure, du monnayage, de l'orfèvrerie. Merveilleux et innombrables bijoux. — Imitation successive de tous les objets amenés en Etrurie par le pillage et le commerce. — Influences visibles de l'Orient, de l'Egypte, fina'ement de la Grèce.
La céramique : époque préthyrihénienne, vases faits à la main; VIII* siècle, usage du tour; VII% vases rouges d'Arezzo, Bucchero nero de Chiusi; décors moulés ou appliqués; VI% emprunts ou copies de vases grecs (corinthiens, attiques), puis, à partir du 111% italo-grecs, campaniens. — L'argile ai^pliquée aux accessoires d'architecture, à la sculpture polychrome
L'architecture civile et religieuse procède de l'art grec archaïque; l'ordre toscan; Vatnum. — Sépultures : Pozzi primitifs; Fosse ou caveaux à buco, à ^^iro, à coridoio.
Tumulus : la Cticumella de Vulci. — Hypogées de Castel d'Asso, Norchia, Cervetii, etc., etc. — Richesse et variété du mobilier funéraire, sarcophages, statues, bas-reliefs, fresques; scènes de mort, de festins, de danses. — Cycles héroïques de Thèbes et de Troie : funérailles de Patrocle.
Ce sont les ruines, les tombeaux, les innombrables objets de toute catégorie, armes, vases, statues, peinture*?, miroirs, monnaies, bijoux, épars et rassemblés dans des centaines de collections publiques et privées, qu'il faut interroger sur les mœurs et les industries des Etrusques. Pour la langue, et malheureusement en vain jusqu'ici, nombre de savants, Lanzi, Inghirami, Micali,
Fabretti, etc., en ont recueilli et interprété les monuments. Mais quel spécialiste courageux se donnera pour unique tâche de décrire un à un, de classer par nature, par variété, par âges surtout, les produits de l'activité étrusque, de les comparer aux œuvres des autres peuples ) La besogne, sans doute, est commencée, et on ne confond plus, comme on a fait si longtemps, les pièces qui témoignent d'une culture raffinée ou même proche de la décadence, avec les poteries grossières des temps archaïques. Nos galeries du Louvre offrent quelques indications précieuses, quoi que sommaires ; mais il est bien malaisé de se reconnaître dans ce rangement embryonnaire, sans cesse contrarié par des difficultés matérielles. Au reste, il ne peut être ici question que de résumer les notions certaines et les conjectures probables qui se dégagent d'études nombreuses, mais partielles et incomplètes.
Ecartons, avant tout, l'assertion, souvent citée, de Denys d'Halicarnasse : « Les Tyrrhénes ne ressemblent à aucune autre nation)). Leur destinée, dont nous avons présenté le raccourci, ne contredit en rien aux lois ordinaires des choses humaines. Quant au caractère général de leurs créations industrielles ou esthétiques, son originalité parfois saisissante réside dans l'imitation successive et simultanée de modèles étrangerâ".\^a civilisation étrusque est composite, c'est là un fait évident, et dont les causes peuvent être indiquées, x^vant leur émigration vers l'occident, les Tyrsènes étaient une race mixté^s^depuis longtemps pénétrée de sang phénicien, lydien, thrace, hellénique assurément. Les croisements continuèrent en Italie7^avec les Vénètes, les Euganéens, les Ligures, les Ombriens, tous hybrides, métissés déjà. Les peintures et les sculptures révèlent au moins deux types, sinon trois : l'un épais et court, c'est le pingiiis^ Yobesiis Etriiscus des auteurs la-
tins, à face large, nez robuste, front fuyant ; l'autre mince, élancé, à figure étroite, nez moyen, droit et effilé, barbe pointue ; sans parler des personnages purement grecs représentés sur les vases delà belle époque ; enfin, plusieurs des femmes demi-couchées sur les lits funéraires tenant à la main soit un éventail, soit la grenade funéraire, soit la bulle patricienne, ont l'aspect italien, le front un peu bas, mais plein et large, les yeux gros et bien ouverts, le nez solide et net, les lèvres fortes et bien taillées, le menton saillant et rond, les joues fortes. Il ne faudrait pas toutefois s'en rapporter sans réserve aux artistes inhabiles qui ont pu reproduire des types plus traditionnels que conformes à la réalité. Rien ne ressemble plus aux personnages rhodiens, cypriotes, lydiens que les figures étrusques des VU" et VI^ siècles. Il est douteux que les Tyrsénes, — et moins encore les populations de rOmbrie, — aient eu les yeux obliques, le sourire un peu niais de leurs statues, ou bien ces nez en trompette et ces mentons en pointe que leurs céramistes ont empruntés aux anciens vases attiques à figures noires sur fond rougeâtre. Car, il semble avéré maintenant qu'en fait d'art, ils n'ont rien apporté avec eux ; que c'est en Italie seulement, et après une période de barbarie, qu'ils se sont assimilé, très vite il est vrai, et avant les Sabins et les Latins, les procédés, les formes, les décorations que le commerce avec les Phéniciens, les Carthaginois, les Grecs de l'OEnotrie et de la Sicile introduisit à Caeré et à Tarquinies.
Gardons-nous cependant d'un injuste mépris. Combien de peuples, et des plus grands, ont eu besoin d'initiateurs pour le devenir à leur tour ! On avait placé trop haut les Etrusques; il ne faut pas les rabaisser. 11 faut leur reconnaître au moins les aptitudes, les germes qu'ils ont développés. Barbares, soit; mais frottés, dès le XIV" siècle, à tous les peuples de l'Orient, à défaut de l'agricul-
lure qu'ils ont tant. perfectionnée, du fer qu'ils ont découvert et travaillé, de la monnaie, de l'écriture qu'ils ignoraient peut-être, ils avaient, sans conteste, l'habitude du trafic, l'esprit d'entreprise, le goût de la mer qui leur a donné la richesse ; le reste est venu par surcroît. Ils avaient aussi en propre une langue, une religion, une organisation sociale, telle quelle sans doute, et qui a causé leur perte, mais après les avoir élevés quatre ou cinq cents ans au dessus de leurs voisins.
Nous avons touché un mot de leurs institutions politiques. Elles n'étaient pas sans analogie avec celles des anciens Hellènes, qui les avaient peutêtre empruntées aux Pélasges.\Chaque cité, chaque tribu avait son chef électif, prêtre et roi tout ensemble, le lucumon, investi de pouvoirs absolus, mais mal définis, dirigé autant que secondé par les sorciers et les devins, — pontifes, augures, haruspices ; prés de lui marchait un licteur, huissier, messager et bourreau. Quand la nation sentait le besoin d'un chef suprême, celui-ci, élu par les autres, se faisait précéder de douze licteurs, représentant les douze lucumonies. Les résolutions communes étaient prises dans le temple fédéral d'une déesse Voltiimna dont le nom paraît avoir été latinisé, comme ceux de Vertiimnus et de Vulturiiiis. Les conquérants formèrent comme toujours une aristocratie, solidement retranchée dans les vieilles cités cyclopéennes, et qui semble avoir largement joui de la vie, amoureuse de la bonne chère et des spectacles cruels. Les combats de gladiateurs sont une invention étrusque. Les femmes possédaient, chez les Etrusques, une certaine liberté, paraissant dans les festins à côté des hommes. L'interprétation, hasardeuse mais non pas invraisemblable, de certaines formules funéraires, a permis de supposer que la famille était fondée sur la filiation maternelle. Ce serait là un grand argument en faveur de l'origine asiatique ;
et il faudrait rapporter aux Etrusques les vestiges de matriarcat que Bachofen et d'autres ont cru reconnaître dans les traditions de l'Italie antique; car le principe contraire, Vagnation, est certainement la base du véritable droit italiote, à ce point que l'influence étrusque, si puissante sur les dehors de la vie, sur les formes et le cérémonial, n'a jamais pu y porter atteinte.
Les Tyrsènes étaient munis d'armes de bronze ; ils continuèrent de fabriquer en bronze, à Arretium notamment, des glaives, casques, piques, lances, cuirasses, des vases, des statuettes grossières, et ces lampes à trois ou deux becs sur haute tige dont les paysans toscans se servent encore. Les mines de Campiglia et Monte Catini leur fournissaient le cuivre en abondance, et l'étain leur était apporté des Cassitérides par les Phéniciens et les Carthaginois. Simonin a exploré à Campiglia, dans la Maremme, les vastes souterrains et les puits du Monte Calvi, il a constaté partout les marques d'une exploitation très persévérante, sinon très habile. Des centaines de milliers d'hectolitres de scories couvrent les pentes de la montagne, débris des minerais de cuivre, fer et plomb argentifère utilisés par l'industrie étrusque. Il existait, en outre, à Luna, des mines d'argent, à Velathri (Monte Cati^A) de célèbres carrières d'albâtre, à Campiglia et ailleurs (dans les Alpes apuanes, — Carrare, Serravezza), — des trachytes, des marbres, du travertin. L'or était fourni par le commerce. Les Etrusques se pourvoyaient donc aisément de toutes les matières précieuses ou utiles dont nous énumérerons les divers emplois. C'est seulement après l'occupation de l'île d'Elbe (^Ethalia, Ilva), qu'ils connurent et travaillèrent le fer, sur place d'abord, — d'immenses déblais rougeâtres mal épuisés et riches encore en minerai attestent l'imperfection de leurs essais, — puis à Pupluna (Porto Baratti) sur la côte tyrrhénienne. Là,
sur une longueur de six cents mètres, une hauteur de deux cents, le bord de la mer est couvert de charbon, de pierres calcinées, de déchets de toute sorte. Le minerai était fondu, sans soufflets, dans des fours découverts, battu au marteau jusqu'à épuisement, étiré en barres par des tenailles (figurées sur les plus anciennes monnaies de Pupluna). Ces forges primitives, que bien des peuples ont construites sans en avoir emprunté l'idée, ont donné à Scipion, nous l'avons dit, de quoi armer quarante mille hommes. Elles ont continué de travailler sous la domination romaine. Rutilius, au V'' siècle de notre ère, en parle encore. L'île d'Elbe n'est pas seulement riche en fer. (( Vrai cabinet de minéralogie », elle mêle à ses granits et à ses marbres, à ses galènes, antimoines, cuivres natifs, malachites, une variété surprenante de feld-spalh, de mica, de grenat rouge, d'épidote vert olive, de quartz compact ou transparent, de tourmalines rayées, roses, jaunes, noires, incolores, d'aiguesmarines et d'émeraudes en prismes bleus et verts ; toutes ces gemmes qui, taillées, enchâssées, assemblées de mille façons, ont porté au loin, sur tous les rivages de la Méditerranée la renommée des bijoux étrusques.
Ces mineurs et ces forgerons ont été d'excellents ciseleurs. L'Etrurie est le pays qui a fourni aux collections archéologiques le plus grand nombre d'objets d'orfèvrerie. Dans les plus anciennes tombes, on a recueilli surtout des ornements de bronze, d'os, d'ambre, de coquillages, des verroteries, des scarabées en terre émaillée, importés ou imités. Vers le VII^ siècle, l'or et l'argent se substituent au bronze; ce ne sont que feuilles d'or estampées et assemblées, que diadèmes, couronnes, colliers, bracelets, pendants d'oreilles, bagues, fibules, agrafes, épingles, qui ont enrichi les musées de Volterra, de Chiusi, de Bolsena, de Pérouse, du Louvre, de Berlin. Un terrain, aux environs de
Chiusi, poile le nom de champ des Orfèvres (Campo dei Orefici)^ si grande est la multitude des bijoux qu'on y a déterrés, comme si les Gaulois avaient jeté là une partie de leur butin. De tous les bijoux étrusques, les plus intéressants, au point de vue tec)mique, sont ceux qui montrent l'application du filigrane et du granulé, procédé fort délicat, dont le secret n'a pas été encore entièrement retrouvé, et qui paraît appartenir en propre aux Etrusques ; eux-mêmes ne l'ont pas toujours pratiqué. Rien de plus varié, d'ailleurs, que le style de leurs bijoux. Les plus anciens procèdent de l'Orient et reproduisent les larges fleurs de fantaisie, les lions et les sphinx accroupis qu'on retrouve en Chaldée et en Perse. Du VI^ au 111*= siècle, c'est le goût grec qui domine ; les plus belles pièces sont de cette période. La plupart sont des merveilles de délicatesse, d'élégance, avec mille motifs empruntés à la nature animale ou végétale. A partir du IIP siècle, les formes et la facture s'alourdissent. Les boules, les torsades épaisses, les gros médaillons où l'or est comme boursouflé à plaisir succèdent aux décors légers et fins. L'art du filigrane décline.
Les cistes et les miroirs avec figures gravées ou modelées, les appliques estampées qui servaient de revêtements à des chars, à des meubles, les ustensiles de vaisselle et de ménage, présentent les mêmes gradations. La vaisselle mériterait une étude particulière. Elle est généralement décorée avec luxe ; tantôt, à l'époque archaïque, les motifs en sont imités de l'Orient, lions, sphinx, griffons ; tantôt, à partir du VP siècle, les figures appliquées, groupées d'ordinaire autour des anses soudées, rappellent la fantaisie hellénique. Vers le III^ siècle, les reliefs sont coulés avec la pièce. C'est la décadence.
Nous avons dit que la monnaie était inconnue aux Tyrsènes. Les échanges se faisaient d'abord en
nature, puis au moyen de petits lingots de bronze pesés à chaque transaction, puis marqués de signes qui en indiquaient la valeur. Vers le Vl^ siècle, au plus tôt, des monnaies d'or et d'argent s'introduisirent en Etrurie ; elles venaient des villes ioniennes d'Asie-Mineure, probablement par Cumes et xMarseille, colonies de Phocée. Les pièces d'or sont rares et médiocrement frappées ; les pièces d'argent abondent, surtout à partir du IV^ siècle, ainsi que les monnaies de bronze, coulées d'abord, puis frappées, de Pupluna (tenaille et marteau), de Camars (Chiusi, roue et ancre), de Velathri (Janus à deux têtes et Minerve casquée). Enfin, à ces empreintes lourdes et grossières succèdent les spécimens plus délicats des divers sujets affectionnés par les villes de la Grande-Grèce et de la Sicile : tortue, coquille, fleur, aigle, chouette, bœuf, Pégase, tête de cheval, éléphant, sanglier, figures mythologiques.
La céramique, si intéressante, si variée, remonte en Italie, comme partout en Occident, à l'époque de transition entre la pierre polie et le bronze. Et il n'est pas facile de distinguer les plus anciennes poteries ombriennes ou étrusques des grossières ébauches recueillies dans les terramares . Ce sont des cruches, des urnes funéraires faites à la main, sommairement incisées de croisillons, et coiffées d'une sébile renversée. On en a trouvé surtout dans la Tyrrhénie adriatique, aux environs de Ravenne et de Bologne, où l'art a pénétré plus lentement. Mais déjà au VIIL siècle, le tour avait remplacé la main. Les vases rouges d'Arezzo et noirs de Chiusi (VII^ s.) marquent un notable progrès, et dans la matière et dans la façon. Ceux de Chiusi, surtout, forment une catégorie originale et particulière aux Etrusques de Toscane. Ils sont faits d'une argile noire, dont on ne connaît bien ni les gisements ni la fabrication (fumigation lente en vase clos >) : c'est le bucchero nero, largement représenté au
Louvre ; les plus anciens sont de petite dimension, coupes, canthares, olpés, œnochoés, striés et rayés de lignes incisées en triangles, en éventails, en bandes circulaires, ou bien obtenues au pointillé^ avec une roulette dentée ; presque en même temps paraissent les imitations de chaudronnerie orientale, hautes coupes en calice, grandes jarres hérissées de chimères, réchauds bizarres à base percée de ventouses, à fût boursouflé et garni de plusieurs rangées d'anses ou poignées. Mais déjà se rencontrent les élégants reliefs circulaires, lions, cerfs, chimères, centaures, chevaux ailés longs comme des belettes, processions de suppliants vers des divinités assises, imprimés à l'aide d'un rouleau, d'un cylindre-cachet. Le goût hellénique, enfin, domine à partir du VP siècle, dans les décors moulés ou appliqués, dans les appendices variés, dans les masques placés à la naissance ou au sommet des anses. Passé le IIP siècle, il n'y a plus de bucchero\ les vases noirs cannelés, goudronnés, — et fort élégants, — de l'époque étrusco-campanienne, sont seulement enduits d'un beau vernis. Les vases peints, à surfaces polies, remontent d'ailleurs, comme les pots à incisions, puis à reliefs imprimés, aux premiers âges de la conquête, et procèdent également du pot italique façonné à la main. Cependant M. Jules Martha, si compétent, refuse aux Etrusques l'invention du tour, et admet que les plus anciens modèles peints, à décor géométrique, à damier, ti plis, avec ou sans animaux, ont été importés ; à plus forte raison, les poteries corinthiennes à figures humaines, à frises d'animaux élongés, étirés, les poteries de style attique à personnages noirs sur fond rouge et vice versa ; des inscriptions grecques et des signatures d'artistes permettent souvent d'en constater l'origine. La plupart des vases peints (9 sur 10) qui remplissent les collections viennent d'Etrurie ; mais il faut éviter d'appeler étrusques, ainsi qu'on le fait sou-
vent, les vases rapportés de l'Orient ou de la Grèce^ ou italo-grecs, c'est-à-dire labriqués en Sicile et dans la Grande-Grèce. Surtout à partir du IIP siècle, les pièces les plus ornées, celles qui présentent le plus vif intérêt par leur illustration mythologique, doivent toujours être suspectées d'importation ou de contrefaçon ; elles procèdent de l'art campanien. Cela ne veut pas dire que tous les vases peints de l'Etrurie soient d'une basse époque: loin de là, importés ou imités, orientaux ou corinthiens, ou attiques, ils figurent dans de fort anciens mobiliers funéraires (VI*" s.) ; et parmi ceux qui portent des scènes de Y Iliade, des aventures mythiques, il s'en trouve certainement d'antérieurs au 111^ siècle ; d'abord parce que les noms des dieux et des héros y sont inscrits, non en grec, mais en étrusque ; ensuite parce que les Etrusques étaient en relation depuis le VIII" siècle au moins avec Cumes, avec le monde achéen où ils ont recueilli ces légendes, et un peu plus tard avec toute la Grande-Grèce ionienne, beaucoup plus avancée, alors, que l'Hellade sous le joug dorien. Au reste, qu'on accorde ou qu'on refuse, ou qu'on mesure plus ou moins largement aux Etrusques l'originalité, l'invention des formes et du décor, il est un point qu'on ne leur contestera pas, c'est le goût, l'amour des industries d'art, avant tout, une sorte de fureur céramiste.
Non contents d'employer l'argile à la vaisselle d'usage et d'ornement, ils s'en servent pour les accessoires d'architecture et pour la sculpture, sans négliger toutefois le bronze et la pierre tendre. Mais nous ne notons que les traits saillants; et celui-ci nous serait connu par le témoignage des anciens, si nous ne possédions de très nombreux spécimens des terres cuites étrusques.
Ces mots suffisent pour rappeler ces grandes ou moyennes figures étendues isolément ou demicouchées par couples sur les lits funéraires, ces
deux époux à face souriante et évidemment conventionnelle, dont le Louvre possède plusieurs répétitions. Comme il est tout naturel, les types ici rappellent la Lydie, Rhodes, Chypre, Tarse, à s'y méprendre ; statues creuses à bras mobiles, personnages raides, à barbe nattée, à cheveux épars, Méduses, Furies et Gorgones tirant la langue, poussahs affreux, sirènes, sphinx, presque tous objets d'art industriel à bon marché, tout cela est marqué d'un cachet asiatique, oriental. Dans ce goût sans doute étaient les dieux d'argile qu'un sculpteur véien, Tiirrianos (Tyrrhénos), exécuta pour le Capitole des Tarquins. Beaucoup de ces ouvrages divers ont conservé des traces de couleur ; les anciens Etrusques n'ont connu et goûté que la sculpture polychrome. Les progrès de l'art grec, — qui a, ne l'oublions pas, les mêmes origines et présente à son début les mêmes caractères, — se tirent sentir dans les ateliers de l'Etrurie ; telle statue de femme à Chiusi, tel grand bronze des Uffizi, la Chimère, la Minerve, le Lucumon Métellus, ne manquent pas d'un certain mérite. Mais en fait de statuaire, les Etrusques sont restés assez loin de leurs modèles.
En toute chose, l'Etrusque s'est montré plus industrieux que vraiment artiste, et aussi plus sensible au faste, au luxe, qu'à la beauté plastique. C'est ainsi que son architecture vaut plus par la solidité, l'utilité, au besoin par la richesse des accessoires, que par la proportion et l'élégance. Si l'on excepte les robustes enceintes occupées et continuées sans doute par les envahisseurs tyrsènes, les unes à front continu, les autres mamelonnées de tours, rien ou à peu près n'est resté debout des constructions étrusques proprement dites. Tantôt l'appareil est polygonal comme à Cosa, quadrangulaire irrégulier comme à Fiesole, régulier, comme à Paieries. Les poites sont à linteau plat (Cosa), ou à voussure ; parmi celles-ci la porte
monumentale de Volterra, décorée de têtes coupées d'un style barbare. L'égout de Graviscae, qui témoigne des procédés employés pour l'assainissement des Maremmes, la Cloaca maxima qu'on voit à Rome prés du V^élabre, révèlent d'habiles ingénieurs qui pratiquaient l'arcature et la voûte à plein cintre. Les peintures et la disposition des coffrets funéraires nous montrent ce qu'on a appelé l'ordre toscan, sorte de dorien fruste, à piédestaux, à colonnes trapues sans cannelures, à frontons surbaissés décorés de motifs céramiques, en somme une imitation de l'art grec archaïque. Un morceau de corniche cannelée et peinte, conservé au Louvre, rappelle plutôt le goût égyptien. Enfin, le temple et la maison nous sont connus par les descriptions latines. Rome, en effet, a été construite par des maçons étrusques. On sait notamment que Yatrium, le grand vestibule central, est d'origine toscane. Autour s'ouvraient un plus ou moins grand nombre de pièces dont les détails qui précèdent aideront à reconstituer le mobilier, trépieds et dressoirs garnis de lampes, de vases, de bibelots bizarres ou précieux, parois couvertes de bas-reliefs, de peintures variées que nous retrouverons dans les salles funéraires, de plaques de bronze estampées, dorées, sièges sculptés, chaises curules, rendus moins incommodes par de riches coussins ou pulvinaria, lits de repos et de festin.
C'est au milieu de ce riche appareil que se consumaient les forces physiques et morales de l'aristocratie, pendant que les sujets, exclus de toute fonction politique ou religieuse, végétaient dans la servitude et l'incurie ; travaillant pour le maître à la terre, à la mine, à la forge, à l'atelier ; formant des armées, nombreuses et vaillantes sans doute, mais de plus en plus indifférentes à la fortune de ces conquérants qui n'avaient pas su constituer une nation. Les Tyrsènes, durant leur longue domination, sont restés des étrangers ; c'est ce qui
explique pourquoi leur langue et leuis dieux ont disparu avec leur puissance, et pourquoi nous sommes réduits à fouiller leurs tombeaux pour connaître leur vie. C'est de leurs demeures funéraires que nous exhumons aujourd'hui leurs industries, leurs arts, leurs lestins, leurs danses, leurs jeux, leurs pompeuses cérémonies triomphales et nuptiales, et aussi leur courte philosophie faite de fatalisme et d'insouciance.
(( Nul peuple plus religieux, )) nous disent les anciens, plus superstitieux, traduisent les modernes, — ce qui est équivalent. Nul qui ait été plus préoccupé des choses de la tombe. Ils croyaient fermement à la toute-puissance du destin, qui a pour ministres les dieux, pour avertissements tous les phénomènes de la nature ; tout était pour eux signe et présage. De là, cette perpétuelle étude des éclairs, des nuages, des oiseaux, des accidents, et cette futile science des augures et des haruspices, ces formules destinées à conjurer les caprices du sort, à apaiser les dieux. Mais ils n'étaient pas moins convaincus de la perpétuité de la vie. Dés lors, la suprême sagesse consistait à s'arranger de son mieux dans ce monde et dans l'autre, à jouir le plus largement possible de l'existence, en ménageant les dieux, de façon à s'assurer tous les agréments d'une paisible immortalité.
Mais il est temps de descendre dans ces retraites que les riches aimaient à se préparer au-dessous et à l'abri des agitations terrestres. Les sépultures de la Toscane et de l'Ombrie appartiennent à diverses catégories qu'il importe de ranger d'après une chronologie relative. Il convient, je crois, de mettre à part les tombes à pono, à puits, antérieures, du moins en partie, à l'invasion étrusque. Elles se rencontrent, il est vrai, partout où les Etrusques ont habité, notamment autour de Tarquinies. Dans le Bolonais, elles abondent, et c'est à Villanova que Gozzadini en a signalé le type. Il est bien évi-
dent que l'usage des poz:{i funéraires a été adopté par les Tyrsènes et continué jusqu'au VIll® siècle environ. Mais il était italique et présente, non sans de notables différences, de singulières analogies avec \Q7nundus des Latins. Les nécropoles villanoviennes sont à incinération. La tombe est une sorte de puits cylindrique ou conique, au fond duquel un autre puits, de diamètre beaucoup plus petit, et de profondeur très médiocre, renferme, sous une dalle, véritable lapis fnanalis, l'urne cinéraire, pot longtemps fait à la main, grossièrement décoré de lignes circulaires et de festons aigus, peints en blanc ou incisés, muni d'une oreille sur la panse et couvert d'une écuelle retournée. Ce genre de sépultures et de vases quelque peu modifiés par les importations orientales et helléniques, a persisté, au nord de l'Apennin, jusqu'au V^ siècle. Dans la Toscane, il n'a point dépassé, comme je disais, la fin du VHP. Au siècle suivant, l'inhumation prévalut, — momentanément, — sur l'incinération, et entraîna le remplacement du puits par le caveau, la /bssa (VIII* et VIP siècles), simple excavation, a buco (Vetulonia), ou précédé d'une courbe, a ziro (Chiusi). Avec la fossa, le décor commence ; les vases à la main s'effacent devant les vases façonnés avec quelque outil, puis à l'aide du tour ; des écuelles, des tasses, des récipients de bronze laminé et rivé contenaient les aliments offerts au défunt ; on rencontre déjà des trépieds à .figures bizarres, grossières, des boucliers à zones concentriques, même des objets d'or, d'argent, des scarabées égyptiens avec leurs hiéroglyphes ordinaires, et des fioles de verre émaillé. Aux VIP et VP siècles, l'influence asiatique domine dans les tombe egizie ou a corridoio, amenant abondance de vases corinthiens archaïques, d'ivoires sculptés, de plaques en argent et en or ciselé (pectoral d'or de Corneto) coupes d'argent historiées, chaudrons de bronze à quatre poignées terminées par des têtes de lion.
œufs d'autruche, le tout peint ou garni d'appliques, de reliefs orientaux. Du VI^ au 1V% les caveaux, qui se sont déjà flanqués de plusieurs chambres où les morts peuvent jouir à l'aise des tableaux de leur vie passée, se remplissent de richesses, soit fournies par le commerce avec la Sicile et l'Attique, soit tirées des ateliers locaux. A partir du IV% le mobilier funéraire est modifié encore par le goût campanien ; les peintures m3'thologiques se multiplient et les fables grecques y dominent ; nous avons signalé déjà le style nouveau des vases et des produits de cette époque.
Maintenant, sans avoir trop d'égard à ces classifications qui empiètent notablement les unes sur les autres et qui me semblent en outre fort incomplètes, comme nous Talions voir, jetons un coup d'oeil d'ensemble sur l'Etrurie souterraine, monde si riche et si peuplé que l'Egypte funéraire peut seule lui être comparée. Nous le pouvons sans trop de chance d'erreur, étant donnés les renseignements archéologiques préliminaires ; nous y gagnerons une idée plus vivante des coutumes et des croyances qui, en somme, durant quatre ou cinq siècles entiers (VIII''-IV^) n'ont éprouvé d'autres variations que celles de la mode. Les sépultures étrusques appartiennent en réalité à deux types, d'ailleurs souvent associés, dont l'un répandu dans le monde entier est le tiimulus^ l'autre plus spécial à certains pays, sans être l'are, est l'hypogée. D'un côté, les po^^i tt les fosse, recouverts de terre rapportée, de l'autre, les chambres creusées dans le tuf.
Le géant des tumulus est la Cucumella de Vulci, un peu au nord de Corneto, amoncellement conique qui mesure encore quinze mètres de hauteur sur deux cents de circonférence. On a fouillé ce tertre sans grands résultats ; le Lucumon réside encore derrière un mur si épais qu'on n'a pu le percer. Des bases de tours, des animaux, lions,
sphinx en basalte, trouvés dans les tranchées, ont suggéré une restauration d'effet médiocre, vraisemblable pourtant, une coupole basse, plutôt une bosse pavée et surmontée de trois tours nues; sur le pourtour, un parapet en lourd appareil cyclopéen, défendu par des statues d'animaux fantastiques. Le tumulus que Porsenna s'était fait construire près de Clusium n'a pas été retrouvé, mais on sait, par Varron et Pline, qu'il était carré, bombé, en pierre de taille, large en tous sens de cent métrés, haut de douze à treize. D'après la description très confuse de Pline, on voit que diverses rangées de pyramides très aiguës, toutes coiffées d'un globe garni de sonnettes, cantonnaient les angles et les terrasses du monument. Les cinq pyramides centrales semblent avoir dépassé cinquante mètres de hauteur. La base renfermait un labyrinthe inextricable dont nul ne serait sorti sans un peloton de fil. Cette légende n'est qu'à demi fabuleuse ; le territoire de Chiusi est rempli de tumulus et de chambres sépulcrales entre lesquelles circulent d'étroits couloirs. (Poggio Gajella^ Poggio al Moro).
Les hypogées, qui nous intéressent davantage, sont en nombre considérable, à Chiusi encore, à Volterra, à Viterbe (Castel d'Asso), à Orvieto, à Civita Castellana (Paieries), à Vulci, à Tarquinies (Corneto), à Caeré (Cervetri), etc. Sovana, Norchia, surtout Castel d'Asso, sont célèbres par leurs vallées des tombeaux. Ici, à Norchia, des frontons sculptés dans la pierre couronnent les porches des entrées ; là, à Castel d'Asso, une suite de portes trapézoïdales alignent sur la roche comme sur un mur leurs jambages inclinés sous une plate-bande qui figure assez bien la barre d'un double T majuscule. L'hypogée est tantôt un simple couloir, très fréquent à Corneto, tantôt un couloir précédé d'un vestibule à ciel ouvert, surtout à Vulci (a cassojie), souvent une chambre rectangulaire garnie
de banquettes sur trois côtés, tantôt une grande salle carrée, parfois ronde, ou même elliptique, avec de gros pylônes réservés dans la roche, des pilastres le long des parois et, tout autour, une série de niches pour recevoir les corps (grotte des Tarqutns, Corneto, des Rilïevi, Chiusi) ; ou bien une suite de pièces ouvertes les unes au bout des autres (Co//e) ou groupées autour d'un atrium central (Tombe François à Vulci). Le plafond simule une voûte, quelquefois une charpente. Les sarcophages sont décorés, comme on sait, de couples en terre cuite couchés ou assis sur le couvercle en forme de lit de repos. Les personnages sont richement vêtus, les hommes portant la bulle d'or, les femmes parées de pendants d'oreilles, de colliers, de guirlandes, tenant à la main l'éventail de plumes, le miroir, la grenade symbolique, ou encore un voliimen^ ou bien un vase à boire. On voit qu'ils assistent au repas funéraire. — Le grand sarcophage du Louvre vient de Cervetri, l'antique Cœré.
Dans les tombes à incinération, car la coutume a varié, les cendres sont contenues dans de petits édicules en pierre tendre albâtre (Chiusi) de diverses grandeurs, et dont les frontons, les pilastres, les corniches, les moulures reproduisent évidemment l'extérieur de la maison étrusque, depuis la cabane jusqu'au palais et au temple. Sur la face antérieure du coffre, des inscriptions nous font connaître l'origine étrusque de nombreuses familles romaines : à Volterra, les Vlave (Flavius)^ les Cracna (Gracchusl), les Ceicna (Cec/na); à Pérouse, Petriini^ Cesi^ (Péhonius., CœsiiLs; à Chiusi à côté de Pinsna, Péris, Therini^ les Caule Vipina (Cœlius Vibenna), Plauti (P lautius) , Pumpu (Pompo, Pomponiiis, Pompeius)^ Siiiiinati (Cincinnatiis), Titi (Titius), Tiihi (Tiillus), Vipi (Vibiiis), Cutlisna (Catilina).
D'autres récipients très curieux sont des vases ca-
nopes (Louvre), avec bras manchots ou mobiles de l'effet le plus bizarre, posés sur des tabourets ronds à dossiers peints, incisés ou sculptés. Micali et M. Martha ont cité et reproduit des statues creuses, fort laides, dont les avant bras, disparus, avaient été attachés au coude. Ces inventions puériles procèdent évidemment des mêmes supercheries cléricales ; mais la partie de beaucoup la plus précieuse des hypogées ce sont les parois, les basreliefs et les peintures, non à cause de leur mérite, mais pour les renseignements qu'ils nous fournissent sur la physionomie, les croyances et les mœurs. On y voit soit un magistrat avec ses licteurs, un juge sur son tribunal, soit un cortège nuptial, surtout des scènes funéraires, le défunt sur son lit d'agonie, auquel on terme les yeux, l'exposition du corps, les pleureuses, le convoi, les jeux, le banquet célébré en l'honneur du mort; la séparation suprême en présence des génies infernaux au bec crochu, aux lourdes ailes, le voyage vers le monde souterrain, sur un cheval, sur un char, sur un monstre marin, la procession des victimes destinées au service funèbre. Tels sont quelques-uns des sujets traités en bas-relief. Il faut y joindre, dès le VP siècle peut-être, toutes les scènes de la mythologie grecque, Cycle troyen, Cycle thébain, Centaures et Lapithes, Ulysse, aventures d'Héraklès ; mais les épisodes sont traités dans le goût étrusque : les Furies qui précèdent le char d'Amphiaraûs, ou qui du haut d'un rocher regardent combattre Etéocle et Polynice, ne sont point des Euménides ; ce sont les monstres infernaux qui plaisent aux Tyrsènes.
Plus variées sont encore les fresques (quelquefois plaques céramiques peintes, à Cervetri) de Corneto {ciel Morto, del Moribondo, del Tifone^dei Cacciatorï), de Chiusi [délia Scimia), de Vulci (tombe François), etc. Ce sont des danseurs, danseuses, musiciens ; des banquets ; des jeux du cirque, bâte-
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leurs, acrobates, luttes athlétiques, courses d^ chevaux et de chars ; des scènes de chasse et ô^ pêche; et, naturellement, des préparatifs et défilés funèbres. Ici, comme on voit au i^ouvre, c'est un personnage à barbe noire, courte, épaisse sur les joues, qui console un vieillard, à moins qu'il ne vienne l'avertir que l'heure est venue, car dans une fresque voisine on voit ce même homme trapu, tenant un arc, précéder une femme que conduit le dieu Turms, Hermès psychopompe; ailleurs c'est Charn au lourd marteau : il marche au milieu de victimaires ou de divinités qui portent des emblèmes bizarres ; deux serpents la gueule ouverte sortent de sa coiffure; d'autres brandissent des serpents. Les peintures archaïques sont pauvres de formes et de couleurs, mais certainement originales: telle une très vieille fresque d'un tombeau de Véies qui repésente des chevaux tachetés conduits par des gens vigoureux, presque nus, qui ont un air asiatique ou égyptien, on ne sait trop, mais très probablement Tyrsènes. Car, j'y insiste, les Etrusques ont existé, ils pouvaient ressembler aux populations dont ils étaient issus, mais il faut prendre garde d'en faire desimpies reflets des Lydiens, des Grecs ou des Campaniens. Dans les tableaux les plus directement inspirés de la Grèce, leurs artistes gardent le caractère étrusque, ce quelque chose qui se voit plus qu'il ne se définit; ils ont soin d'inscrire en leur langue le nom des personnages, Eita, Phrsipnai^ Aidés, Perséphoné; Achle, Aivas^ Trujctls, ((Achillès, Ajax, Trojanus ». Dans cette peinture curieuse de Vulci, le massacre des prisonniers sur la tombe de Patrocle, c'est le Charon au marteau qui préside au sacrifice et se tient derrière la victime; c'est un génie féminin ailé, nullement grec, qui semble vouloir retenir le bras d'Achille, ou attendre l'âme du Troyen condamné. La forme Aivas, pour le dire en passant, révèle une assez haute antiquité, car les Ioniens du V* siècle ne pro-
nonçaient plus le digamma, le V. De même ailleurs Piiituke pour Po\udQukès, nécessairement antérieur à Pollux, qui en dérive. Or PoUux et Castor sont au nombre des plus anciens héros grecs admis dans la mythologie latine.
Mais il est temps de clore cette revue si rapide et si incomplète des moeurs, institutions, industries et arts des Etrusques. Il y manque malheureusement l'illustration si nécessaire des figures, des objets, des scènes dépeintes. En la complétant par quelques visites aux galeries du Louvre, on aura du moins quelques notions, une connaissance sommaire de ce monde exhumé ; on pourra établir dans ce demi-chaos une chronologie approximative, — surtout quand nous y aurons ajouté les traits principaux de la religion et de la liturgie, enfin les conjectures les plus autorisées sur l'écriture, la prononciation et la langue étrusques.