LES VÉNÈTES 3O
jecturale mais inoffensive, Rena Diana, doit être contente de son défenseur.
Les inscriptions vénètes s'enveloppent d'une obscurité, que j'appellerai préliminaire. Pour comprendre, il faut lire, et lire des mots. Or, les lettres se suivent à intervalles égaux, sans rien qui ressemble à une ponctuation. Elles sont rangées souvent de droite à gauche, mais aussi en boustrophédon^ imitant la chai-rue qui part dans un sens et revient dans l'autre. Enfin les groupes qu'on parvient à former sont imprononçables, à moins qu'on ne restitue les voyelles omises ou sous-entendues. Certains caractères ont des formes spéciales, qui ne sont ni phéniciennes, ni grecques, ni étrusques; d'autres sont accompagnés de points extérieurs ou intérieurs qui, sans doute, en déterminent ou en modifient la valeur : c'est ce que pense M. Cordenons. Il essaye d'expliquer l'origine (asiatique) des cinq signes propres aux Vénétes ; il attache à certaines consonnes des voyelles cachées, qui en sont comme les résonances ; il admet que l'écriture euganéenne ne s'était pas dégagée encore du syllabisme. Tout cela est fort bien déduit et assez vraisemblable ; car, remarque notre auteur, pourquoi supposer l'ancien parler vénète si rude à prononcer, quand le dialecte moderne est si doux, si amolli ? De même, le Toscan d'aujourd'hui, malgré la légère aspiration de ses gutturales, semble donner un démenti à l'orthographe sauvage des inscriptions étrusques. Il est certain que Mnrfa se prononçait. Il faut donc, ou suppléer de place en place une voyelle, ou accorder à certaines consonnes une valeur syllabique.
Ses principes de lecture une fois posés, son alphabet constitué, M. Cordenons aborde le déchiffrement, et il obtient des formules pareilles à celles-ci :
m-t e ss o z 0 n a Sa t o r e ne t i j ne m^e ss 0 :io n a s'^ t o v^ ne u ss ia v^ ne oUi sso n^ t'a k^ etc.
3o8 l'italie antique
Ce n'est pas encourageant au premier abord. Cependant, si l'on admet le caractère votif de ces textes, on doit y chercher le nom de la divinité et le nom du fidèle, puis l'indication de la dédicace : (( offert, donné à... par... ». C'est ainsi qu'a procédé notre auteur. Ayant remarqué la constance des deux groupes qu'il lit miesso:{onasto et renetiane, entre lesquels s'intercalent souvent des mots ou suites de mots, il voit dans le premier la dédicace, dans le second le nom de la divinité locale, au datif, et dans le reste les noms et qualités des donateurs, à l'ablatif ou à l'iiistrumental. Les noms propres sont relativement faciles à déterminer ; dans les deux spécimens figurés plus haut, ce seront Renatiana^ ou mieux Rena Diana (le d manque à cet alphabet ainsi qu'à l'étrusque) et Veiieussia Vencotussona Tiaha. Âlaintenant, comment diviser iniessozonasio, qui veut dire certainement (( donné, offert ))} A quel idiome aurons-nous recours ? A un dialecte italique analogue à l'ombrien, à l'osque, au latin? L'hypothèse est sans doute plausible, mais elle ne va pas toute seule. Nous ne pouvons entrer dans le détail, ni dire comment M. Cordenons est amené à lire mi sso lOJia sto (sato), à rapprocher ^o;îa de doniim, sato de datiim (?), esso de esum pour sum (a-sini)^ enfin mi de me\ et à traduire : je suis en don donné par Veneussia^ etc., à Rena Diana, comme si l'objet votif parlait lui-même au nom du client de la déesse. Disons seulement que M. Cordenons a fait, pour obtenir ce résultat, si douteux encore, preuve de science et de sagacité. Clous et lamelles défilent devant lui, et il les interprète avec courage ; de même les inscriptions funéraires de toute provenance, entières ou mutilées ; à toutes il applique sa méthode ; et il arrive, en somme, à exhumer, à évoquer en les appelant par leur nom, une foule d'anciens habitants des contrées euganéennes.
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bles au lecteur non préparé. Ils sont consacrés à la provenance de l'écriture et aux origines ethniques. L'écriture, asiatique, assyro-lydienne, aurait été apportée directement dans la très antique cité d'Atesta (Este) par les négociants phéniciens à la recherche de l'ambre. Bien moins que l'alphabet tyrsène, elle aurait subi l'influence hellénique. M. Cordenons adopte l'opinion du « clarissime P. de Gara » sur les immigrations héléennes. «Je ne crois pas, dit-il, qu'on puisse désormais révoquer en doute l'origine héléiine des Lydiens et des Lyciens, des Pélasges et des Etrusques. » — Les Hétéens ou Hittites sont les Khétas des Pharaons, ceux qui arrêtèrent Ramsès II, Sésostris, sur les confins de la Syrie septentrionale. On commence à déchiffrer leurs inscriptions cunéiformes, qui ont beaucoup d'affinité avec les textes cypriotes les plus anciens; ils sont, en ce moment, fort à la mode. — Quant aux Vénètes, rien ne peut être plus obscur que leurs origines. Fixés dans leur pays avant l'arrivée des Ausones, des Ombriens, des Etrusques, ils y sont restés « parfaitement isolés )), jusqu'à la conquête de la Cisalpine par les Romains. Le plus probable est qu'ils faisaient partie des premières colonnes indo-européennes, et qu'ils sont restés longtemps en rapport avec les Thracolllyriens, les Ligures et les Celtes dans les régions balkaniques et alpestres. Leur langue cependant ne saurait être rapprochée ni de l'albanais, ni de l'arménien ; elle serait plutôt grecque par les racines, latine par la structure.
Il s'en faut que nous ayons épuisé toutes les questions soulevées par ce savant mémoire. Nous en avons dit assez, cependant, pour y intéresser le linguiste et l'ethnographe.
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