SANCTE
DE DECVMA. VICTOR. TIBEL LVCIVS. MUMMIV. DONVM MORIBVS. ANTIQVEIS. PRO. VSVRA. HOC DARE SESE. VISVM. ANIMO. SVO. PERFECIT. TVA. FACE. ROGANS. TE COGENDEL DlSSOLVENDEI. TV. VT. FACILIA. FAXEIS. PERFICLVS. DECVMAM. VT. FACIAT. VERAE. RATlONIS. PROQVE. HOC. ATQVE. ALIElS. DONEIS. DES. DIGNA.
MERENTI.
Nous en traduirons quelques lignes: Sancte (i) (une forme de Sancus), De decuma. viclor tibei. Lîiciiis. Mummiu. donum. Moribus. antiquis. pro usina, hoc. dare. sese. Visum. animo suo. perfecit. tua pace.., etc. Proque. hoc. alque. alieis. doneis . des. diona. ^/ze/en/z. C'est-à-dire: (( O Dieu saint!
Lucius Mummius, vainqueur, a voulu, selon la coutume antique, t'offrir en remercîment cette part de la dîme; et il a, avec ton assentiment, accompli cette offrande. Pour cela et pour mes autres présents, donne-moi ce dont je suis digne (mesure ta faveur à mes mérites). )) Les inscriptions manuscrites ont le privilège d'être irréfutables. Les deux que nous venons de lire nous prouvent à la fois l'identité de Sancus et de l'Hercule latin, l'antiquité
(1) Ce nom de Sanctus est spécial à l'Hercule Sabin, à l'Hercule Victor.
C'est à Sancius pater que Properce, en termes curieux, recommande Fon livi-e :
Sancte pater, salve; cui jani la\et aspera Juno.
Sanc:e, vclis libro dexter inesse meo.
Hune, quoniam manibus purgatum sanxerat orbem,
Sic Sanctum Tatii composuere Cures.
(( Père Sanctus, salut, toi que ne poursuit plus l'âpre Junon, Sanctus, daigne protéger mon livre par ta piésence... Tes mains vengei-esscs ont affermi, sanctifié, \c monde; de là ce nom de Sanctus que t'ont donné les Tatiens de Cures. » Properce, I"V, ix.
de l'usage d'offrir à Hercule et à Sancus une part du butin, et du contrat passé entre le dieu et le fidèle généreux.
Il s'agit ici du rustre appelé Mummius, qui, facilement vainqueur à Leucopétra des derniers Achéens, commit le crime odieux de livrer aux flammes une ville sans défense, une des plus riches cités de la Grèce expirante. Et par une sanglante ironie du sort, c'est à Hercule vainqueur, à cet Iléraklés, l'honneur et le champion de l'Hellade, que le pieux et grossier imperator vient offrir en toute bonne foi les dépouilles de Corinthe, le dernier soupir de l'Hellade anéantie.
Mais achevons en quelques mots l'histoire et la décadence de l'Hercule latin. Suivant l'exemple des Sylla et des Pompée, tous les puissants se plurent à voir en ce dieu victorieux un patron et un précurseur. Le triumvir Antoine se vanta d'en descendre. Galba, Trajan, Adrien, les empereurs d'origine espagnole, aimèrent à figurer sur leurs monnaies Y Hercules gaditanus^ l'Hercule de Gadés. Commode s'habillait, s'amusait et prétendait se conduire en Hercule. Les Syriens, Septime Sévère, Caracalla, se flattèrent aussi de compter le héros (un Héraklés oriental sans doute) parmi les dieux de leur maison, « Enfin, dit Preller, sous Dioclétien et Maximien, le monde étonné vit un Jupiter et un Hercule, le père et le fils, monter sur le trône impérial. Cette forfanterie entra dans le cérémonial de la nouvelle cour; la dignité d'Hercule, se transmit par l'adoption au successeur présumé, qui fut nommé César Herculius. )) Ainsi, de la divinité, Hercule est descendu au rôle, encore honorable, de héros, puis à la dignité, peu enviable, deprince de la décadence; il en est réduit aujourd'hui à s'exhiber dans les baraques foraines. Grande leçon pour les dieux menus et gros.