SAISONS
Paies, dieu et déesse des troupeaux, du pâturage, du Palatin, de Pallantée. — Traits archaïques conservés par Ovide et Propeice. — Les fêtes de Pa es ou Palilia marquaient le jour même delà fondation de Rome" — Paies s'est confondue avec Dea Roma. — Flora, en osque l'^iuusa, déesse, peut-être Sabine, du printemps. — Joyeuse licence de ses fêtes (avril-mai). — Pomona, déesse des fruits. — Vertumnus, dieu de l'année, apporté ou adopté parles Etrusques. — Feronia (Ferentina, Herentaiis), Angerona (Angttia, C. f. jupiiev Anxur, Ancus, Ancilia), Acca J^arentia, patronne du sol romain, sont réunies sous le nom de Dea Dia. — Le collège des Frères Arvales. — Le Chant des Arvales et ses interprètes.
Si l'intime parenté des divinités de la terre, des semailles, des moissons et des vendanges ne nous avait, pour ainsi dire, entraîné d'Ops à Tellus, de Gérés à Liber, qui forment vraiment un groupe indissoluble, nous aurions dû intercaler dans la série les dieux des prairies et des fleurs. Réparons cette omission, ou plutôt cette infraction à l'ordre logique: car l'état pastoral est d'ordinaire antérieur au régime agricole; au reste, les troupeaux ne sont jamais oubliés dans les dévotions de l'Italie antique ; il n'est pas de divinités qui ne soient invoquées en leur faveur ; Faunus, Sylvain, Mars les défendent des loups et veillent, avec Jupiter, avec Liber et tant d'autres, à leur accroissement. Epona s'occupe des chevaux et Bubona des bœufs. Un couple rural et forestier qui vit de lait, de fruits et de mil vient s'ajouter encore à tous ces amis du bétail : ce sont les deux Paies, un dieu, une déesse, adorés dans toute Tltalie, depuis Brindes jusqu'aux rives du Tibre, et que Rome associait aux souvenirs de sa fondation. Leur fête, ou plutôt la fête de la Paies féminine, car le Paies mâle n'existait que pour la symétrie, tombait le 21 avril, jour où le
berger Romulus traça l'enceinte de la ville éternelle. Paies était en effet la déesse éponyme du Palatin et de tous les lieux qui portaient le nom de Palatium : il y en avait plus d'un chez les Latins et chez les Sabins, notamment à Réaté. La diva Palatua^ à laquelle un Flamen palalualis offrait un sacrifice appelé Pa/a/i^ar, Palanto épouse de Latinus, Pallas et Pallantia fils et fille d'Evandre, le roi légendaire de Pallantée, sont des variantes et des dérivés de Paies, et doivent tous être rapportés à la racine indo-européenne qui a donné au sanscrit les noms de Pala et Palaka^ pâtre et roi, au grec paomai, paître et Pan^ le dieu des bergers, au latin pa-sco^ pa-stor. Cette racine, comme on le voit par les mots pater et le sanscrit pati^ comportait les sens de protection, puissance, paternité. Rien de plus naturel, si l'on songe que la principale richesse de la famille et de la tribu consistait en troupeaux et que le chef du clan était à la foi le roi, le pasteur et le père.
Les Palilia^ Parilia, comme on disait à Rome, réunissaient des caractères variés, des traits archaïques encore saisissables dans l'agréable récit d'Ovide, qui ne les comprend pas toujours. Mais nous en démêlerons le sens très aisément. Traduisons d'abord, en le résumant, le passage consacré à Paies dans le IV^ livre des Fastes.
(( Aima Pales^ nourricière Paies, inspire le chantre de ton culte pastoral, s'il a toujours montré pour tes fêtes un zèle pieux; et, certes, à pleines mains, j'ai porté souvent la cendre de veau, et les tiges de fèves, pures expiations ; certes, j'ai franchi d'un saut les flammes disposées sur trois rangs; du rameau de laurier j'ai secoué la rosée lustrale ! Va, peuple, chercher à l'autel virginal les ingrédients sacrés. Vesta te les donnera ; c'est par les dons de Vesta que tu seras purifié. Le sang de cheval, la cendre de veau, la tige de fève sèche, voilà les trois objets demandés. Berger, à l'approche du
crépuscule, tu sanctifieras tes brebis repues, mais d'abord répands l'eau et, avec une branche, balaie le sol ; décore la bergerie de feuillages et de rameaux, couvre les portes de longues guirlandes. Du soufre vif fais jaillir une fumée bleue dont les exhalaisons provoquent les bêlements des moutons. Brûle le romarin, la torche, l'herbe sabine, et surtout qu'au milieu des flammes le laurier crépite en se consumant ; n'oublie pas les gâteaux de mil, la corbeille de millet : aliment préféré de la déesse rustique; romps du gâteau dans le vase à traire, plein de lait encore tiède, et implore ainsi Paies, hôtesse des clairières : « Veille à la fois, je t'en prie, sur le bétail et sur ses maures ; efface de mes étables les fautes et les peines. Si j'ai profané un pâturage sacré, si je me suis assis sous un arbre sacré; si la brebis a brouté sans le savoir l'herbe des tombeaux, si mon entrée dans un bois défendu a mis en fuite les Nymphes ou le dieu demi bouc, ou si, pour rafraîchir une bête malade, ma serpe a dépouillé un bois sacré de quelques poignées de feuilles; pardonne moi, ne me fais pas un crime d'avoir abrité en un temple champêtre mon troupeau contre la grêle, d'avoir troublé la paix d'un lac. Ah ! Nymphes, pardonnez au bétail dont le piétinement a pu ternir vos eaux. Toi, déesse, pour nous apaise les divinités des fontaines et tous les dieux épars dans les bois ; puissions nous ne pas voir les Dryades, ni le bain de Diane, ni Faunus, quand il dort dans les champs au milieu du jour. Eloigne les maladies, maintiens en santé hommes, troupeaux- et chiens — ces chiens vigilants, troupe prudente.
)) Fais que je ramène au bercail le soir ce qui en était sorti le matin et que je n'aie pas à rapporter en gémissantquelque toison arrachée au loup. Chasse la cruelle faim ; conserve les herbages et la feuillée; ne laisse point tarir l'eau qui lave, l'eau qui abreuve. Des pis toujours pleins, des fromages
iiô l'italie antique
d'un bon rapport, des clayons, d'où s'égoutte aisément le petit lait; bélier ardent, brebis féconde; laine abondante et molle incapable de blesser les mains les plus tendres ; voilà ce que j'implore. Comble nos vœux et, chaque année, à Paies, patronne des bergers, nous offrirons des gâteaux gigantesques. )) — C'est ainsi qu'il faut se rendre la déesse favorable.
(( Tourné vers l'Orient, dis trois fois cette prière ; tu pourras alors, dans une gamelle, en guise de cratère, boire le lait couleur de neige et le vin chaud empourpré ; ensuite, à travers les amas embrasés de la paille qui pétille, tu sauteras d'un élan vigoureux.
» Cet usage, dont j'ai fait mention déjà, est expliqué diversement...
)) On raconte que jadis, des bergers frappant cailloux contre cailloux, en firent jaillir des étincelles; la première périt, mais la seconde tomba sur la paille et l'enflamma. De là le feu des Palilies )), (parce que Paies est la déesse de la paille, palea). Voici encore une origine qui se rapproche plus de la vérité : (( Quand Rome fut fondée, les bergers d'alentour, invités à transférer leurs Lares en de nouveaux foyers, mirent le feu à leurs chaumières abandonnées, sautant, maîtres et bestiaux, à travers les flammes ; et c'est ce qui se fait encore aujourd'hui au jour natal de Rome » . (C. f. Properce) ( i ).
(i) Urbi festus erat — dixere Palilia patres.
Hic prhnus cepit mœnibus esse — dies.
Annua pastoTum conviria, lusus in urbe^ Cum pagana madent fercula deliciis, Cuni que super raros fœni flarnniantis acervos Trajicit ivimundos ebria turba pedes.
C'était jour férié, celui que nos aïeux ont nommé Palilies; c'était le premier jour qu'aient vu les murs de Rome.
Aux banquets annuels des pasteurs où la piquette exquise arrose les gâteaux rustiques, répondent les liesses de la ville, autour de quelques poignées de foin allumé que la foule ivre franchit de ses pieds impurs.
GROUPE DE SATURNE ET LES DIEUX TERRESTRES I ly
Ces deux interprétations, je vous ai fait grâce des autres, ne sont nullement à dédaigner. La découverte du feu devait être un souvenir particulièrement cher aux bergers, et nous savons l'intime connexion des Lares et des Génies rustiques avec le foyer, avec Vesta, invoquée avant et avec tous les dieux. Les feux des Palilia étaient ceux là même que le fondateur de Rome alluma sur la pierre des mânes, au fond du Mundus. Les moindres détails de celte liturgie ont quelque chose de primitif, ces guirlandes de feuillages suspendues à la porte de l'étable, ces libations de laitage, ces fèves, ces gâteaux de millet, tout nous parle d'un âge où le b'é, l'orge même, n'étaient pas connus. Le sang de cheval, la cendre de veau qui entraient dans le mélange lustral, appartiennent également à des cultes antiques, aux Equiries et aux Hordicidia. Paies est donc très voisine d'Ops, de Tellus, du Mars champêtre; comme ce dernier, avant lui peut-être, elle a été associée à la légende romaine ; déesse du Palatin, patronne de la ville nouvelle, elle s'est confondue plus tard avec Dea Roma .
Flore, dont tant de fades allégories ont vulgarisé le nom, était, comme Paies, une très ancienne divinité. Bien avant que les érudits latins l'aient identifiée à une nymphe grecque, à Chloris, amoureuse de Zéphire, Flora, la patronne du printemps, partage avec Paies et Vénus l'empire d Avril et de Mai. Sa fête commence dans le premier et finit dans le second de ces mois. Il se peut bien que le grec Chrôs et le latin Flos, partant Chloris et Flora procèdent d'une même racine indo-européenne; mais la déesse Flora n'en est pas moins foncièrement italique. « Varron la range parmi les dieux de Tatius ; et des inscriptions trouvées chez les Sabins, les Marses et les Samnites justifient son assertion. Son nom osque Fïuusa, d'où tiusasia (Floralia) atteste à la fois son antiquité et une tendance à mouiller le L qui est devenue une habitude de
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l'italien moderne. Les dialectes présentent ce double caractère qu'ils conservent les vieilles formes en les altérant. Ainsi l'osque a retenu VS primitif dans le dérivé Fiusasia, tandis que le latin prononçait tloraria^ puis Floialia, et il vocalise déjà L en I comme dans l'Italien Fiore^ Firen^e, pour Florentia, FiorenT^a.
Voici comme Ovide fait parler Flora : (( Les champs que j'ai reçus en dot renferment un jardin fertile : un vent doux le caresse ; une source limpide 1 arrose ; mon époux l'a rempli des plus belles fleurs, et m'a dit ; toi, déesse, règne sur les fleurs. Souvent j'ai voulu en classer, en compter les nuances ; je n'ai pu, car il n'est pas de nombre pour en exprimer la multitude. Quand les feuilles ont secoué la fraîche rosée, et que les plantes diverses se sont animées aux rayons du jour, alors accourent les Heures aux robes éclatantes, emplissant de mes dons leurs corbeilles légères... Auparavant Tellus n'avait qu'une couleur. La première j'ai répandu de nouvelles semences dans les vastes contrées de l'univers. Peut-être crois-lu que mon empire s'étend seulement aux fleurs dont se parent nos têtes? Mais les campagnes aussi relèvent de ma divinité. Si les blés ont bien flturi, riche moisson. Si la vigne a bien fleuri, bonne vendange ; si les oliviers ont bien fleuri, année d'abondance, et les fruits tiendront les promesses des fleurs. Que la fleur soit blessée, et les pois et les fèves périssent et la lentille périt sur les bords étrangers du Nil. Les vins aussi, renfermés à grand peine en de vastes celliers, s'altèrent, et des nuages montent du fond au sommet des amphores. Le miel est un de mes bienfaits ; c'est moi qui, sur la violette et le cytise, sur les bouquets blancs du thym, appelle ces êtres ailés qui donneront le miel. Et c'est moi encore qui donne à la jeunesse la riche efflorescence de l'âme et la vigueur du corps. ))
Dans les campagnes, des courses de femmes aux
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robes bariolées, coiffées de lierre, de chêne et de roses, des distributions de pois et de haricots, symbo'isaient l'éclat, la grâce et la libéralité de Flora. La pruderie n'était |:îoint dans le caractère de cette déesse. Elle présidait plus à la légèreté qu'à la digni'é des moeurs. Aussi figurait elle dans une infinité de contes joyeux ; et ses fêtes autorisaient la licence la plus entière ; les danseuses paraissaient nues sur la scène ; et les courtisanes en étaient les véritables prêtresses. Ces désordres plaisaient fort à la corruption romaine; et le vieux Caton aima mieux quitter le théâtre que de priver le peuple d'un spectacle traditionnel.
Il y avait à Rome un Flamen Floralis et deux temples de Flora, l'un plus ancien, d'origine Sabine, situé sur le Quirinal, l'autre élevé par deux édiles plébéiens, les Publicius, auprès du cirque Maxime et du temple de Cérès. L'institution des Jeux de Flora se rattache à quelques dissensions civiles, à l'expiation de quelques méfaits qu'on devine dans le texte d'Ovide. Il y avait eu sans doute mauvaise année, disette, révolte. Des amendes publiques furent attribuées en partie à la déesse de la joie et de l'abondance. Les jeux, d'abord accidentels et irréguliers, devinrent annuels à partir de 173 avant notre ère, et prirent avec le temps un développement tel qu'ils occupaient cinq jours, du 28 avril au 3 mai. Les fêtes de Flora restèrent toujours une des solennités les plus populaires du printemps.
L'automne avait aussi ses dieux, Puemunus en Ombrie, à Iguvium, Pomona dans les environs d'Amiternum et dans Vager ou campus Solonnis, entre Ardéa et Ostie, où un bois sacré de Pomonia^ un endroit nommé Pomnnal^ attestait l'antique renom de la déesse des fruits. Pomona eut à Rome un flamine et un culte. Puemunus a laissé peu de traces. Il s'est de bonne heure confondu avec Vertumnus^ un dieu de l'année, des saisons et des jar-
dins. Les Etrusques ont connu Vertumnus sous sa forme féminine Vollumna. S'ils l'ont introduit à Rome, ainsi qu'on le pensait et que Properce le raconte (i), et comme semblerait le prouver l'antiquité de son culte et de son temple dans le Vtcus Tuscus, c'est qu'il l'avaient trouvé avant eux sur le territoire de Volsinies. Le nom est certainement italique, indo européen par la racine et le suffixe ; puisqu'il est un participe archaïque de vertere, aussi bien qu'alum?ius â'alere ; il est latin au même titre que Picumnus^ T^iliimnus , Clitumnus^ Autumnus. Au reste, Vertumne habitait aussi l'Aventin, un des plus anciens centres des tribus latines : c'est de là qu'il est descendu dans le faubourg étrusque, Vicus Tuscus, entre le Vélabre, le Cirque et le Forum. La croyance populaire s amusait aux divers sens de la racine vert, tourner, changer; tantôt voyant dans Vertumtius — (synonyme parfait de amnus, anîius^ annulus) — le cours des mois et des saisons, annus vertens\ tantôt le versant, le déclin de l'année, l'automne, et encore une sorte
(i) Stipes acernus eram properanti falce dolatus
Ante Numani grata pauper in vrbe deus... At tUy Rotna, meis tribuisti prœmia luscis
Unde hodie vicus nomma Tuscus habet.
Tempore quo sociis ventt Lucomedius armis
At que satina feri contudit arma Tati... Tustus ego Tuscis oiior, nec pœmtet inter
Prcelia Volsinios deseruisse focos...
Hac quondam Tiberinus iterfaciebat et aîunt
Remoruni auditos per vada puisa sonos...
(( Avant Numa, au temps où les armes de Lucomedius vinrent briser la force du larouche Sabin Tatius, j'habitais déjà cette ville aimée, dieu modeste alors, simple ironc d'érable, à la hâte équarri par une serpe inhabile... Etrusque et né chez les Etrusques, je ne regrette pas que les hasards de la guerre m'aient arraché à mes foyers Volsiniens... Ici, jadis passait le Tibre, ici, dit-on, les rames frappaient en murmurant les eaux de bordées-, . Toi, Rome, tu as su honorer mes anciens hôtes étrusques ; aujourd'hui encore ces lieux gardent le nom de Vicus Tuscus. »
de Protée merveilleusement agile et prompt aux métamorphoses ( i ) .
Très proches voisines de ces vieilles déités saisonnières, mais d'un caractère quelque peu plus général, plus élevé, sont Feronia, ou Ferentina, ou Herentatis, Angitia, Angerona, Acca Larentia, ordinairement regardées comme doublures, comme variantes locales de personnages plus favorisés, tels que Junon, ou Vénus, ou Fortuna.
Pour Féronia, cette triple parenté n'est point douteuse ; son nom se prêtait, d'ailleurs, à toutes les nuances contenues dans la racine fer, abondance, mouvement, destinée. Le culte de Féronia était partout répandu dans l'Italie centrale, depuis l'Arno jusqu'au Liris, depuis TOmbrie et la Sabine jusqu'aux rives du Latium. Une inscription trouvée à Florence l'y montre invoquée comme patronne des affranchis ; elle avait un lucus^ un bois sacré en Etrurie, un temple renommé et très riche, pillé par Annibal, au pied du mont Soracte, chez les Falisques, si grands adorateurs de Junon ; un autre sanctuaire, rendez vous d'une grande foire champêtre, à Trebiila, vieille bourgade citée dans les Tables Eugubines. Associée, au nord du Tibre, à l'Apollo Soranus, elle Tétait dans le Latium à Picus, qui portait son nom : Picus Féronïus ; à
(i) Vertumnus verso dicor ab amne deus, Seu quia verteniis fructum percepunus anvi}... Aut mihi, quod formas unus vertebar in omnes Nomen ab eveniu patrta lirgua dedtt}
« Dois-je mon nom au retour du fleuve dans son lit?
» Ou aux fruits que l'on cueille au déclin de l'année. Ou bien à ces métamorph(^ses où j'excelle et que ma langue maternelle a voulu signaler ».
Notez que cette patria lin^ua, dans la pensée de l'auteur serait l'étrusque; cependant il n'invoque en ses explications que les sens divers du mot latin verlo. Lui. ombrien de Mévania près de Spolète c'est-à-dire presque étrusque, aurait donc considéré comme des dialectes parents le parler latin et la langue tyrrhénienne?
Terracine chez les Volsques, au Jupiter Anxur, et là, selon Servius, elle était appelée Juno Virgo. Egalement adorée à Préneste, chez les Eques ou chez les Berniques, elle s'y confondait avec Fortuna Prinii^enia, cette divinité qui tenait sur ses genoux Jupiter et Junon enfants.
Ce qui a perdu Féronia c'est l'indétermination de ses attributs. Elle est rentrée dans la foule des simples nymphes, divœ virgines^ qui aiment les bois, les sources, même les rivages marins, qui président à la végétation, et parfois aux vicissitudes des choses ou de la vie. Les médailles des Petronius et des Plœtorius portaient l'image de Féronia, jeune femme couronnée de fleurs.
Avec un peu de magie en sus et une connaissance particulière des herbes salutaires ou nuisibles, la Vacuna sabine du lac Velino, écho des bois (vox) ou déesse des lieux solitaires [vacua] ; VAnoitia marse du lac Fucin, Anguitia^ Ancitia^ habile à guérir les morsures de serpents, sœur des Carmentes, des Corniscœ^ des Furince ; la Kerka de Circéï, la Marica de Minturnes, une des compagnes de Faunus, toutes ces habitantes des forêts, des eaux courantes ou dormantes, toutes vénérables par leur antiquité, se sont effacées, comme leurs adorateurs locaux, devant la Fortune du peuple et du panthéon romain.
cAnorerona^ qui ne diffère d'Angitia que par le suffire, et de Jupiter Anxur que par le sexe, aurait pu leur survivre, si elle n'avait eu la chance de se confondre, comme Paies, avec Dea Roma. Elle passait pour être le génie caché, la protectrice inconnue et le nom sacré de la ville éternelle. Du moins, on la représenta, lorsque l'art dut figurer les dieux, avec un doigt sur la bouche. Elle avait sa statue à Rome dans la Curia Accaleia, à côté d'une certaine Voliipia, quelque Venii^ minor. Les pontifes lui offraient un sacrifice sous le nom de Diva Angerona, ou simplement Diva.
La date de sa fête, 21 décembre, la rapproche de Saturne, d'Ops, enfin dVlccc7 Larenlia, avec laquelle elle est en étroits rapports.
Celle-ci, à coup sûr une des divinités les plus authentiques du Latium, surtout des régions tibérines, puisque la légende a dû en faire la nourrice de Romulus, Acca (Ssc. Akka), la mère des ancêtres divinisés (Lares), n'est qu'une Tellus, une Ops, quelquefois investie d'offices funéraires, mais surtout bienveillante et propice. Selon une tradition, elle avait connu dans sa jeunesse Hercule, soit YHerculus latin, soit le Hérakiès hellénique ; elle avait ensuite épousé un Etrusque, Tarutius^ qui lui avait légué la plus grande partie du sol romain, morte le jour des Larentalïa, on l'avait inhumée dans le Vélabre où Ton montrait son tombeau. Selon la légende ordinaire, un peu moins obscure, elle était, sous les noms de Favola, Faula, l'épouse de Faustulus, le Faunus du Palatin, et encore une courtisane, une autre Flora ; de toute façon, une des patronnes du sol romain, qui avait survécu aux conquêtes sabines et étrusques et qui avait bien le droit d'accueillir dans sa curie, Curia accaleia, son autre elle-même, Diva Angerona, ou. comme nous Talions voir, Dea Dia. Le 23 décembre, un sacrifice lui était offert par le Flamine Quirinal et les Pontifes ; on lui associait, ce jour-là, Jupiter.
Cette déesse si honorée, avait eu de Faustulus douze fils — les douze mois peut-être — frères nourriciers de Romulus. Telle est l'origine que l'on donne à la confrérie des Arvales, ainsi instituée soit par Acca, soit par le fondateur de Rome, en réalité beaucoup plus ancienne. Leur nom, leur couronne d'épis indiquent assez leur caractère champêtre : ils sacrifiaient une fois tous les ans pro agris, pour les champs, à une divinité de la terre dont le nom a été longtemps ignoré, mais qui ne pouvait différer beaucoup de Tellus, ou d'Ops, ou d'Acca, leur mère, fondatrice du culte. Ce
sacerdoce, analogue à tant d'autres, mériterait à peine une mention, si d'heureuses découvertes n'avaient permis de reconstituer sqs Actes, ses cérémonies, durant près de trois siècles, éclaircissant de nombreuses particularités de la liturgie romaine et nous livrant, par chance, le texte, altéré sans doute, et bien trop court, hélas ! de leur antique prière. C'est au XVI® siècle que les premiers fragments de ces procès- verbaux ont été retrouvés et les derniers seulement en 1 898 ; mais, dès la fin du dernier siècle (1795), l'ensemble avait fait l'objet d'un, travail considérable, publié à Rome par Marini : Atti e mojiinnenti de Fratclli Arvali^ in-4° ; renouvelé de nos jours par Henzen. Le centre du culte des Arvales était le bois sacré, lucus, de Dea Dia^ situé à cinq milles de Rome, sur la via Campana. Le nom de Dia^ révélé seulement par les Actes, ne nous apprend rien par lui-même, puisqu'il n'est qu'une forme de diva ; mais nous savons d'avance qu'il ne peut se rapporter qu'à une divinité locale des champs, une Acca Larentia, une Diva Ajigerona.
Dans le bois sacré et aux alentours avaient été successivement construits un temple, un cirque, un tétrastylum ou portique et un édicule, Cœsareum^ que décoraient les statues des empereurs divinisés. Le temple, probablement, avait été réédifié par Auguste. De la via Campana, il n'existe plus aucun vestige ; mais l'emplacement du Lucus est connu avec certitude. Dans la Vigna Ceccarelli, située à quatre milles de Rome, sur la via Portiiese (Portuensis), on a mis au jour, au XVI^ siècle et plus récemment, à la suite de fouilles nouvelles, des fragments d'architecture et de sculpture et de nombreuses inscriptions qui ne laissent aucun doute sur la situation du sanctuaire des Arvales. Des dessins, conservés à Florence et exécutés au commencement du XVI^ siècle, prouvent qu'à cette époque le Cœsareum était encore debout avec ses
niches garnies d'empereurs revêtus du costume des Arvales.
Les Actes du Collège furent gravés d'abord sur les murailles du temple, puis sur celles du Cœsareiim et du Tétrastyle et, enfin, quand ces surfaces n'offrirent plus d'espace disponible, sur les exédres (socles) et balustrades qui ornaient les diverses parties du bois sacré. Le temple fut respecté longtemps, en vertu d'une loi portée. par l'empereur Constant, en 342 ; mais, lorsque le décret de Gratien eut livré au trésor public tous les terrains sacrés (382). les autres monuments, surtout les plus petits, offrirent des matériaux tout taillés pour des constructions nouvelles. Les pierres, toutes couvertes d'inscriptions, furent transportées à Rome, dispersées et, pour la plupart, à jamais perdues.
(( Au contraire, les inscriptions gravées sur les parois du temple et des plus grands édifices restèrent en place. L'action du temps les a lentement détachées des murailles ; mais elles sont tombées au pied même des massifs qu'elles revêtaient. Ces faits, que M. de Rossi a mis en lumière, expliquent comment les Actes les plus récents des Arvales, contemporains de Caracalla, d'Eliogabale, d'Alexandre Sévère, ont été trouvés à Rome dans des décombres antiques ; comment, au contraire, les plus anciens, ceux du P"" siècle de notre ère, ont été tirés, au XVP siècle, du sol consacré à Dea Dia. Par malheur, les inscriptions les plus anciennes, les plus nombreuses, sont en même temps les moins détaillées. Il semble qu'à mesure que s'oblitéraient la tradition et le sens des cérémonies et des symboles, les scribes se soient attachés à décrire plus minutieusement les circonstances de la fête que les prêtres même ne comprennent plus. La table XLI% de Marini, procès- verbal de 218 (sous Elagabal), est extrêmement étendue, et c'est seulement avec son aide qu'on peut reconstituer
toute cette liturgie ; c'est là que l'on retrouve l'hymne des Arvales.
(( La dignité d'Arvale était viagère » et le Collège se recrutait par cooptation, au scrutin secret, per tabellas, au moins jusqu'à l'établissement du principal. Dés lors, les futurs élus étaient désignés par le prince, ainsi que les Actes en témoignent, et le vote était de pure forme. Un Magister, un Pro- Magîster^ un Flatnen et un Pro-Flamen présidaient aux cérémonies. Outre les douze y^a/res, les Actes nomment divers assistants, quatre Pueri ou Camilli de noble iamille (ingénia^ patrimi et matrimi), des Ministri^ des Calatores (hérauts), des Scribœ (greffiers), attachés au service des Arvales. Tout ce personnel, assez nombreux et très respecté, avait des places réservées en diverses régions des Cirques, au Colisée, par exemple.
Les fêtes avaient lieu en mai, au moment où les blés jaunissaient dans les campagnes. Comme la plupart des fêtes agraires, elles étaient mobiles, et le Magîster, au début de l'année, en fixait l'époque, soit pour les 17, 19, 20, soit pour les 27, 29 et 30 mai. La veille des fêtes était remplie par un office, le matin, l'après-midi par un repas commun. Le lendemain, sacrifice d'encens et de vin, dégustation des céréales ou légumes secs et frais, de l'année passée et de l'année courante, nouveaux repas, nouvelles offrandes. On se séparait au cri dQ Jelicite?- (souhaits de bonheur pour la récolte prochaine). Tout cela se passait à Rome. Le surlendemain matin, les Frères se rendaient au bois sacré où avait lieu la grande solennité, élisaient leur Flamine et leur Pro-flamine qui devaient entrer en charge aux Saturnales, présidaient aux jeux, aux courses du cirque de Dia et distribuaient les palmes et les couronnes. Le soir, retour à la ville et grand festin chez le Magister. Le troisième jour reproduisait exactement les cérémonies du premier. Les Arvales, en dehors de leur culte annuel,
prenaient part à beaucoup d'autres solennités, surtout au Capitole et dans la Regia. Les Acla mentionnent encore diverses expiations, antiques et curieuses, qui ramenaient les Frères au sanctuaire de Dia. Tantôt, il s'agit de relever un arbre, tombé de vieillesse ou frappé par la foudre, d'arracher un figuier qui s'est niché sur le toit du temple ; tantôt, il faut graver une inscription, réparer un dégât ; toutes besognes qui exigent l'intervention du fer, métal nouveau, métal sacrilège. Voilà le trait curieux, le témoignage de l'extrême antiquité de la déesse, contemporaine sans doute de l'âge du bronze, peut-être de la pierre. Le fer, en chacune de ces occasions, devait être expié, innocenté par un pïacukun, lustration, offrande, sacrifice de gâteaux, ds truies et de brebis.
Parfois, ces incidents exigeaient la réunion du Collège tout entier, des Siiovetaiirilia majora, des invocations à tous les dieux honorés avec Dea Dia (( et que pourrait irriter la moindre modification dans la physionomie de leur demeure ». Une table, la XXV1I% donne la liste fort précieuse de ces divinités, toutes éminemment latines : Janus pater, Jupiter, Mars, Juno Dea Dia, sive Deiis sive Dea (le Génie du bois), Virgittes divœ, Famuli divi, Lares, Mater Lanim, Fons (Faunus), Flora, Summanus pater, Vesta mater.
Nous avons écarté les accessoires ; revenons au second jour, 19 ou 29 mai, qui est la primitive et véritable fête de Dea Dia. Après le sacrifice expiatoire de deux porcs et d'une vache blanche, offert dans le Tétrastyle, les Arvales, la tête couverte, couronnés sous leur voile d'épis et de bandelettes blanches, entraient au bois en procession. Là, ils immolaient un agneau gras dont les entrailles étaient consultées avec soin : de nouveaux sacrifices étaient suivis d'une distribution de pains enguirlandés de laurier. L'office public était terminé, le temple clos, les serviteurs écartés. Les Frères,
alors, formés en trois groupes, procédaient au tripudium. En dansant autour de l'autel, ils chantaient des paroles dont le texte leur était distribué d'avance et qui étaient répétées trois fois.
(( Ibi sacerdotes^ clusi^ succmctt^ libellis acceptis^ Carmen descmde?îtes, tripodave? unt m verba hcec: ici, les prêtres, enfermés, la robe troussée à la ceinture, ayant reçu le livret, scandant ou chantant l'hymne, la formule sacrée, firent le tripudium, sorte de valse (?) où l'on frappait trois fois du pied (i), sur les paroles suivantes : Enos, Lases^ jiivale (ter) - — Neve Luer ve Marmar sins incurrere 172 pli ores (ter) — Satur fujere Mars limçn sali sta Berber (ter) — Semunis alternei advocapit cunctos (ter) — Enos, Marmar^ juvate (ter) — Triumpe (quinquies). ))
On peut lire sers au lieu de sins,furere pour fujere, saii pour sali.
Ce document, le plus ancien qui nous reste de la langue latine, conservé et malheureusement altéré durant une longue série de siècles — puisque l'unique texte que nous en possédions n'a été q:rav( qu'en 218, au temps d'Elagabal — doit être interprété avec précaution. Il n'y a pas plus de huit noms ou mots dont la forme ou le sens ne puissent être contestés : Lases, dieux Lares; /z^va/e, secou rez, aidez-nous; incurrere, courir sur; Mars, Marmar, Semunis, le dieu Mars, les Semons ; alternei, tour à tour, adjectif ou adverbe ; cunctos pour conjunctos, tous. Tous les autres mots prêtent à discussion. On s'étonne aussi, dans ce qui est clair comme dans ce qui est obscur, de n'entrevoir quoi que ce soit qui ressemble à Dea Dia. Autre difficulté. Le scribe n'a-t il pas mêlé au texte sacré les indications de mouvements liturgiques ? Il semble bien évident que : Semunis advocapit cunctos^ il
(i) Gaudet invisam pepulissefossor Ter pede terrant (Horace)
invoquera ou vous invoquerez (advocabit-is) tous les Semons, ne faisait point partie du chant ; et beaucoup d'interprètes, dont JVlommsen, ont ainsi séparé les mots : limeii sali^ sta Berbei\ qui demeurent en partie inexplicables. Preller les rapporte à Mars. Enfin, ce qui reste n'est-il pas défiguré soit par des abréviations, soit par des négligences involontaires ? N'oublions pas que les Romains du III^ siècle après notre ère comprenaient moins que nous ce vénérable grimoire.
- Parmi les versions du chant des Arvales, nous en choisissons trois : celle qui se rapproche le plus de la traduction pour ainsi dire classique, moyenne ; celle qui s'en éloigne le plus ; une troisième, intermédiaire et cependant fort originale et intéressante. Enfin, nous présentons quelques conjectures personnelles.
1° C. de la Berge [Dictionnaire des Antiquités, Saglio). (( Lares, venez à notre aide (trois fois). — Mars, ne laisse pas tomber la mort et la ruine sur la foule. — Sois rassasié, féroce Mars. — Toi (à un des Frères), saute sur le seuil ! Debout, frappe (le seuil). — Vous d'abord, vous ensuite, invoquez tous les Seniones. Toi, Mars, sois nous en aide. — Sautez (cinq fois). Notons qu'ici enos est rendu ' par (( nous )), luei- ve par « la mort et la ruine », lue rue ou luem. ruem (le m étant omis, ce qui est fréquent) ; que in pleores est compris comme in plures, (( sur le plus grand nombre » ; que satur fufere est divisé en satur, saoul (rassasié), fu « sois )), d'un verbe fuo qui a donné fuit ; fere au vocatif, « farouche, féroce » ; d'autres ont proposé satur furere, (( rassasié de fureurs )). Quant à limen sali, (( franchis le seuil )), sta, « arrête )), Berber, — quelques-uns adressent ces mots à la victime, vervex, le bélier, qu'ils substituent à berber \ ici berber est identifié à verbera (( frappe ».
2° La seconde interprétation appartient à M. Michel Bréal. Ce savant rappelle que les pratiques des
Arvales avaient pour but l'abondance des récoltes: ils prient, ils sacrifient, dit Varron, propterea ut fruges Jerant arva, (( pour que les champs portent des moissons ». On ne s'explique donc pas ce satur fufere ou furere, s'adressant à Mars, qui est ici un dieu des champs cultivés; encore moins ce berber ce verbera, frappe. Quant au texte même, M. Bréa. n'accepte ni ïn pleores dans le sens de sur le grand nombre, ni enos comme équivalent de nos ou de Eheu nos. La forme du S antique, 2, lui suggère la correction enom, analogue à entm et qu'il compare à eia ; in pleores lui paraît la forme archaïque de implores, implore; il montre dans plos, ploris, une contraction de pleFo, plu-o\ il cite la forme endoque plorato «et implore», donnée par Festus. Enfin, ni liîuen sali, ni hier ve ne trouvent grâce devant lui. Quant à Berber qui l'inquiète, il serait tenté d'y voir un doublet de Mar Mar, un Mars Qnvhu-bé ; tels glomus à côté de globus, promoscis à côté de f)roboscis et en grec bormax à côté de inurmex ; il accorde, d'ailleurs, que ce Berber peut être un dieu ou un mot inconnu, disparu. Finalement, il récrit ainsi le document arvalien : Enom, Lases, juvate . Neve luem arves, Marmar, sers {siveris) incurrere [Implores)... Sata tutere Mars ; Clemens satis sta, Berber, etc. (( Maintenant, Lares, soyez secourables ; et ne laisse pas, ô Marmar, la destruction envahir les champs. Implore (prêtre) ! Protège, ô Mars, les terres ensemencées; sois clément aux semences, Berber. » Les corrections de M. Bréal sont vraisemblables, mais hardies, et je n'oserais dire qu'elles me satisfassent pleinement. 3° M. Brinton, notre troisième interprète, les accepte en partie ; il conserve luerue pour luemruern (destruction, ruine), propose de voir dans pleores une forme de flores et traduit ainsi les trois premières lignes : (( Lares, soyez-nous en aide ; ne laisse pas, ô Mars, les maladies infester les fleurs. Protège les semis, ô Mars ; ô Berber, sois-leur.
propice. » Mais ce n'est pas cette version éclectique qui fait l'intérêt de la notice lue dans une séance de VA7nencan philosophical Society ; ce sont les commentaires de M. Brinton sur le mot Berber. Berber ne serait ni une vaiiantede Marmar, ni une altération de verbera (frappe), mais, tout compte fait, le dieu éponyme des Berbères, apporté de Libye par les Etrusques.
M. Brinton, pour des raisons qui méritent d'être discutées, considère les Etrusques comme Africains. Il allègue, entre autres faits, l'étroite alliance des Tourshas ou Tyrsènes avec les Libyens contre les pharaons Ramessides et la récente découverte d'une longue inscription étrusque sur une momie égyptienne, entin le caractère lybien de nombreux crânes trouvés en Toscane. Ces préliminaires posés, il reste à établir que le culte des Arvales est d'origine étrusque et surtout qu'il a existé un dieu étrusque, correspondant à Berber. Sur le premier point, M. Brinton rappelle le mariage légendaire d'Acca Larentia avec le riche Etrusque Taïutius, Tarux ou Turax, propriétaire du sol romain. Sur le second, il s'efforce de démontrer que VerWininus et Fo/tumna, sont des noms étrusques et, isolant la syllabe Vei\ il suppose une forme redoublée sur le modèle de Marmar : Verver durcie en Berber. Par malheur pour cette argumentation par trop conjecturale, Veriiimnus QSi un mot complètement italique, venu de Vert et non pas de Ver ; il en est de même du nom des Arvales, d'Acca Larentia et de tous les dieux mentionnés dans nos inscriptions, depuis Dea Dia jusqu'à Summanus et Vesta. Berber demeurera donc ine.xpliqué, soit épithète ou synonyme du Mars champêtre, soit dieu inconnu, soit exclamation liturgique, particulière aux Arvales.
Les hésitations de tant de savants ingénieux m'autorisent, je pense, à présenter deux ou trois remarques sur la seconde et la troisième ligne de
l'hymne. Je prends le texte tel qu'il nous est venu Nevelvervemarmar . Est-ce qu'on ne pourrait pas lire : Ne Veluer Vejnarmar^ noms formés comme Vejovis : que Velues, que Femarmarne laissent pas envahir les champs du plus grand nombre ! Ou i bien, se rappelant l'invocation à sive deus, sive dea^ ' (( soit dieu soit déesse », traduire : (( que soit Lues . (Lua Saturni), soit Mars, etc. )) Je propose, bien entendu; je n'insiste pas. Et le fameux Satur Jujere > Pourquoi ne pas voir dans Satur une forme archaïque de Sator, semeur (cf. emhratur ■=. imperator) et ddins fiifere une épithète, un composé do, fuo, croître et de ferre^ porter ; enfin, dans limen sali une allusion au naturel sauteur de Mars, dieu des Saliens? Maintenant, si l'on admettait que l'indication ter fut erronée après berber^ peut-être pourrait on voir en ce dernier mot une forme archaïque et redoublée de bis ; ce serait alors une indication rythmique, pour le danseur. Mais il suffit: j'essaie de traduire : (( Ici, Lares, soyez propices. Que soit Lua, soit Marmar ne laisse pas envahir nos champs Dieu semeur, dieu fécond, Mars, saute le seuil, arrête (ou sois présent, sois favorable (Ades), Berber (ou saute! saute! arrête! arrête!) Invoquez tour à tour tous les Semons. Ici, Mars, aide-nous. Trois fois autour! trois fois autour! [tri-umpe =: triajnbi}) Triomphe! triomphe! ))
Malgré les explications quelque peu subtiles auxquelles j'ai été entraîné, je ne me repens pas de m'être étendu sur l'institution et les cérémonies frères Arvales. Les documents qui les ont révélées sont en effet d'un prix inestimable, et la litanie mutilée que chantaient en dansant les prêtres de la Dea Dia, sorte de Gérés ou de Junon rustique, nous reporte aux premiers temps de la vie agricole dans la vallée du Tibre. Ni les Etrusques, ni les Hellènes, assurément, n'ont rien à voir dans ces croyances et cette liturgie profondément italiques et latines. • . '