L*ITAL1E ANTIQUE
des Quirites )) ; il devenait le père, le maître et le juge de cette infortunée ; bien plus, il exécutait luimême la sentence qu'il avait portée.
(( La Vestale qui a violé son vœu de virginité » dit Plutarque (Numa) « est enterrée vivante près de la Porte-Colline. Il y a dans cet endroit, en dedans de la ville, un tertre d'une assez longue étendue qu'en latin on appelle agger. On y construit un petit caveau où l'on descend par une ouverture pratiquée à la surface du terrain. Il y a dans le caveau un lit, une lampe allumée et une petite provision des choses nécessaires à la vie : du pain, de Teau, un pot de lait et un peu d'huile, comme pour dissimuler qu'on force à mourir de faim une personne consacrée par les plus augustes cérémonies. Celle qui a été condamnée est mise dans une litière qui ferme exactement et qu'on serre avec des courroies, de manière que sa voix ne puisse pas môme être entendue, et on lui fait traverser le Forum. Il n'est pas de spectacle plus effrayant à Rome, point de jour où la ville présente un plus lugubre aspect. Quand la litière est arrivée au lieu du supplice, les licteurs dénouent les courroies. Le Pontife Maxime, avant l'exécution fait certaines prières secrètes et il lève les mains au ciel. Il tire ensuite de la litière la patiente couverte d'un voile, la met sur l'échelle, par où l'on descend dans le caveau, puis s'en retourne avec les autres prêtres. Elle arrivée au bas, on remonte Téchelle et l'on recouvre le caveau en y amoncelant de la terre jusqu'à ce que le terrain soit de niveau avec le reste de l'agger. »
Telle était cependant la puissance delà tradition qu'en dépit de ces féroces insanités, de gré ou de force, l'institution des Vestales se perpétua jusqu'aux temps de Constantin, de Gratien môme. Symmaque a pu voir encore des Vestales albaines et des Vestales romaines.
Il n*y a point de culte dans le paganisme qui ait
confiné dans son sujet spécial, et d'avoih donné à croire qu'il ignorait ou qu'il subordonnait au fétichisme funéraire, des éléments religieux beaucoup plus relevés, plus intellectuels, le culte des aspects et des phénomènes de la nature ambiante, de la lumière et des astres, de l'atmosphère, de la terre et du ciel.
Ces éléments mythiques ne manquaient à aucune tribu de culture indo-européenne. Et tout en s'abandonnant à ces minuties liturgiques si commodes à l'ignorante crédulité, les Ausones les plus primitifs ont certainement réservé aux dieux de la vie et du jour les plus hauts rangs de leur panthéon.
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Tous le3 écrivain*^ 'jfii ''>rit trriif^'- '!'■ I.» nr/tli'ili gie latine sont cV^ccnrA pour '^»^m.ïkt I'^ .m . t/r" pastoral et agricole ''Ic'^ :»!u^ au i^'-nr^--. ^i^.j.in vi .fi<? italiques, et des irinorrihr-i!/!/^^ ]\^]\,f'' in^ j.r^;) .•^' par l'animiame âiiY '('H'/HiK j-''TH-;i.»ii^r- m < î:-."»!- 3C8 circonstances de Ui vio.
En s'emoaranr. ^ômm^^ n'-.-i-; '^. "'• : .m î^q premières places cî de-; ;:>remi''.r-; :•'.''•••. I nv. .'- .)in fhéon latin, les dieu ^' d'i ^l'^.l. d-i jm-- l'* .'«!!>u. -.
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GROUPE DE SATURNE ET LES DIEl'X TERRESTRES Çl
néral de chemin. Déjà un ancien vocabulaire chrétien avait comme denné celte explicaiion. qui n'explique rien : Pontifex. saccrdos quasi pontem, iW iier^ aliis Jacieni» : « Pontife : prêtre, taisant en quelque sorte pour les autres un pont ou une route ^^ 'poEl ou route conduisant au pouvoir ou au salut).
Tout cet effort d'érudition ou d'imagination porte à faux, croyons-nous. Les constructeurs du pont Suhh'dus^ qu'ils aient été contemporains dAncus ou de Numa, furent avant tout des artisans habiles et des cœui-s hardis : assez habiles pour jeter sur un cours d'eau peu régulier une passerelle en bois légère et pourtant solide, bien qu'il n'y entrât ni bronze, ni fer : hardis, car c'était chose grave, presqu'un sacrilège, de troubler le cours d'un fleuve sacré, d'éluder la volonté d'un dieu. Des expiations solennelles et ocui-étre la protection d'un dieu plus puissant, Janus. sans doute, qui avait sa tombe, ainsi que Nurna, sur le Janicule, pouvaient seules permettre l'achôvcment de cette œuvre audacieuse. Ainsi s'explique le caractère de sainteté qui s'attacha au nom des charpentiers du pont.
Les cérémonies étranges qui s'accomplirent en cette occasion et qui se sont perpétuées jusqu'au temps d*Ovide, marquent assez la teneur superstitieuse des Romains qui se risquèrent les premiers sur ce frêle pilotis.
Au mois de mai. nous dit-il, « la Vestale, suivant Tusage, précipite du pont de bois les simulacres en jonc des anciens hommes. Prétendre qu'autrefois les vieillards de soixante ans étaient ainsi jetés au fleuve, à la mort, c'est accuser nos aïeux d'im crime. Voici l'ancienne tradition. Du temps où cette contrée s'appelait Saturnia, un dieu fatidique prononça ces paroles : Peuples, en oITiande au dieu qui porte la faux, précipitez dans les eaux du fleuve deux corps humains. »
Ces victimes, qu'on nommait /lr.(,'^tr,s ou Ari^icns
ont fourni aux mythographes un sujet de contes invraisemblables, auxquels nous allons nous arrêter un moment. Retenons d'abord le fait : des sacrifices humains avaient inauguré le pont Sublicius ; ils étaient offerts à Saturne, et le règne de ce dieu remonte aux âges reculés où les Italiotes, comme les sauvages de Viti, se défaisaient pieusement des vieillards superflus, ou tout au moins offraient à leurs dieux des victimes humaines.
Qu'était-ce, maintenant, que ces Argées? Selon Varron, des Argiens, des Grecs, venus en Italie avec Hercule, et qui, après le départ du héros, avaient fondé Saturnia, au pied du Capitole. Ces Argiens, ou bien se seraient jetés dans le Tibre, par regret de leur ancienne patrie, ou auraient ordonné qu'on y précipitât leurs corps pour que la mer pût les ramener en Argolide ; ailleurs (Tite Live), on apprend que Numa avait institué en leur honneur et sur lenrs tombeaux des sacrifices que les Pontifes nommèrent Argea ; indication qui s'éloigne moins de la vraisemblance que la légende des Argiens fondateurs de Saturnia. Au reste, Hercule n'ayant jamais existé, en tant que personne réelle, on ne peut tenir compte d'un récit où il figure et où il a été, nécessairement, forgé après la fusion des mythes grecs avec les croyances latines. Cette fable, toutefois, généralement admise. prouve que ces mystérieux Argées occupaient une certaine place dans les traditions populaires. Sans y donner une adhésion explicite, Virgile y fait diverses allusions aux VII* et VIII* livres de l'Enéide.
Turnus descend d'Inachus, fleuve et roi de Mycènes ; le casque de Turnus a pour cimier l'effigie d'Argus, gardien de la Vierge ou Génisse lo ; les Rutules sont qualifiés dWroiva pubes, Argtva phalanx, Argtva juventiis ; Evandre montre à Enéc le bois sacré de VAr<yilèle et lui conte la mort (lethum) de son hôte Argus.
GSCVPE TE SATCRNE ET LES IMECX TERRESTRES Oi^
Enir, Anior. un compagnon dllerculc, envoyé zA^g.s. qui s'eiaii lîxe pris d'tvand:^,
Hi^.-a-iii .4«Jr'^*« .VM^i^vi ^jkj\ i«iù$s.d( j> .4'V!,<»
se rappelle en mourant son doux pays dWrgos, La cérémonie du ponî SmWcî;*.^. qui se ceiebrait le î5 mai, n'était point la seule qui é\oquàt le sou venir des Argèes- Il y en avait une autre en mars, une procession, où les Argèes figuraient, non comme victimes, mais comme divinités locales. On nommait, en effet, Argcj. des chapelles, S,kv,7.ï, établies dans les 24 quartiers de Rome, et qui ne se confondaient pas avec les autres dédiées aux Lares compitjles. L'origine de ce culte, dont le sens était oublié, remontait sans doute à des temps reculés: les sjce/ijdont il s'agit représentaient, évidemment, ces tombeaux dWrgiens honorés par Numa, par Servius TuUius, ei, après eux, par le collège des Pontifes, gardien soigneux des anciens rites.
.\L Bouché-Leclercq suppose qu'avant la fondation de Rome, Tune des tribus (Rhamnes, Tiliens, Lucères, etc.)éparses sur les collines et les rives du Tibre, avait de menus dieux, analogues aux autres génies protecteurs, aux Mânes, aux Lares et aux Pénates, précisément ces Atgci\ qui continuèrent, à juste titre, à recevoir les oiTrandos dues aux esprits des ancêtres, des victimes humaines d'abord, puis des simulacres, m.inioLx\ oscili.i, mannequins d'osier. Cette conjecture est ingé nîeuse, mais elle laisse toujours le nom sans explication ; elle n'éclaire pas non plus le sacrifice du pont. Pourquoi les Argèes auraient-ils été des Ar gîens du Péloponése, les seuls que les Romains
connussent lorsqu'ils acceptèrent la légende d'Her culc et celle de Diomêde > Avant TArgos achéen, il existait un Argos pélasgique. Pourquoi les Pélas{4es, avant même que les Sicanes et les Sicules prissent possession de Tltalie centrale, n'auraientils pas transporté dans le Latiumces noms qui leur étaient si familiers : Argessa^ Argos^ Argivi^ Argcj. Arcades (les Arcadiens d'Evandre)?
La racine indo-européenne arc « briller », d*où .'\fc iTS, (ils d'Apollon et de la nymphe Callisto, paraît identique à la forme atg, d'où Arg-os, le pasteur des étoiles, le navire Arg-o, Argos et Ariicssj des Pélasges, ar^-uros et ar^-entum, qui a, visiblement, le môme sens de a lumineux, éclatant, épiihéies dont les anciens peuples aimaient à se parer. Qui sait si les Argées, tribu pélasgique, n'avaient pas été les premiers Pontifices, constructeurs (lu pi>nt de bois, et s'ils ne s'étaient pas offerts en expiation au lleuve violé par leur charpente hardie. Ainsi s'expliquerait à la fois le nom d'Argées donné aux simulacres que les Pontifes précipitaient dans le Tibre, et aux divinités funéraires des quartiers de Home, assimilées aux Lares, c est-àdire aux Mânes et aux ancêtres, étroitement associées au culte du foyer national, de Vesta. C'est pouiquoi la grande Vestale présidait avec les Pontifes, au sacrifice du pont Sublicius, en l'honneur des anciens hommes et des anciens dieux Tibris, Dispateret Saturne.
On rattache d'ordinaire le nom de Saturne à satum, la terre ensemencée, forme substantive, infinitif et participe d'une racine sa ou se, dont le redoublement sese adonné le verbe sesere, seiere, semer. Au mêmegioupe appartiendraient semen^ semence, germe, les Semo7ies, génies des champs cultivés, et Semo Sancus, le Semeur Sacré, un des grands dieux sabins. La première syllabe de satum et de serere est brève ; dans Saturnus, elle est longue ; mais elle Test aussi dans semen, semo qu'on