GROUPE DE SATURNE ET LES DIEUX TERRESTRES I
prenaient part à beaucoup d'autres solennités, surtout au Capitole et dans la Regia. Les Acia mentionnent encore diverses expiations, antiques et curieuses, qui ramenaient les Frères au sanctuaire de Dia. Tantôt, il s agit de relever un arbre, tombé de vieillesse ou frappé par la foudre, d'arracher un figuier qui s'est niché sur le toit du temple ; tantôt, il faut graver une inscription, réparer un dégât ; toutes besognes qui exigent l'intervention du fer, métal nouveau, métal sacrilège. Voilà le trait curieux, le témoignage de l'extrême antiquité de la déesse, contemporaine sans doute de Tàge du bronze, peut-être de la pierre. Le fer, en chacune de ces occasions, devait être expié, innocenté par un piaciilum^ lustration, offrande, sacrifice de gâteaux, de truies et de "brebis.
Parfois, ces incidents exigeaient la réunion du Collège tout entier, des Snovetaurilia majora, des invocations à tous les dieux honorés avec Dea Dia « et que pourrait irriter la moindre modification dans la physionomie de leur demeure ». Une table, la XXV1I% donne la liste fort précieuse de ces divinités, toutes éminemment latines : Janus paier, Jupiter^ Mars, Juno Dea Dia, sire Deits sive Dea (le Génie du bois), Virgines divce, Famuli divi. Lares, Mater Lanim, Fons (Faitniis), Flora, Summamts pater, Vesta mater.
Nous avons écarté les accessoires ; revenons au second jour, 19 ou 29 mai, qui est la primitive et véritable fête de Dea Dia. Après le sacrifice expiatoire de deux porcs et d'une vache blanche, offert dans le Tétrastyie, les Arvales, la tête couverte, couronnés sous leur voile d'épis et de bandelettes blanches, entraient au bois en procession. Là, ils immolaient un agneau gras dont les entrailles étaient consultées avec soin ; de nouveaux sacrifices étaient suivis d'une distribution de pains enguirlandés de laurier. L'office public était terminé, le temple clos, les serviteurs écartés. Les Frères,
I tH I lIAt.lR ANriQCe
iilot i. (oiiiir.n fil (rois groupes, procédaieac an £r:l^itiintm \\\\ rl.iiriani Hutour de l'autel, ils chanliiif'iii rir". |iiii<flr/^ rlniit ic tcxtc leur était distribae r| iiviifK r. rt (|iii(^.t;iinnt répétées trois fois.
« //'/ %jindnli!\^ tlusi^ mtccinctt^ Ubellis icceptù. t tnnrtt lifs, inJrnlr\, itipodaveruntin verba haez : ici. Ir-i |iiritr:. nilr.imé'i, la lobc troussée à la ceiaiinr, iiyiiiit ic'(,u le livret, scandant ou chantant I hytiinr, lii luiiniilc sacrée, firent le tripuiium^ qtMir (ir viiUr ( r*) ou 1 on frappait trois fois du piril (i), Mil li'H pai oies suivantes : Enos, Lases^ fiif.iir {\ri) Nt'vr Luat ve Marmar sins tncurrere m pliniru (tri) Saint fit/ere Mars limen sali sia lirihri (ici) Scnmnis allernei advocapit cuncios (iri) Inos, Mumar, juvate (ter) — ^riumpt
(i|iiiM(|uirii). »
( >ii |wiil Im- \ct\ au lieu de tins^furere pour fu-
//■»/', '..tu pnili %j//
( .V (|iM iiiiirni, le plus ancien qui nous reste de la l.in^riir liiiinr-, « oir.civr et malheureusement altéré «liiiiint \\\\r l'.fi^iic sciiie de siècles — puisque Tuiiii|iir. |i xif. <|ii(: MOUS en possédions n*a été içravé 'jii en .'iX^ iiii i(:ni|)-, d'IOIa^'abal — doit être inter- \)\(\\^. i\wvx pir^( aulion. 11 n'y a pas plus de huit noiii'i i)\\ mot ( dont la foiine ou le sens ne puissent (\\v (ofitrM^M : Iaiscs^ dieux Lares; /t/ra/e, secou \i/., aidr/ flous; itiaiDcre, courir sur; A/ars, Marnittt , Snniinis^ le dieu Mars, les Semons ; alternei, tour a loin, adjectif ou adverbe; ci/wc/os pour co«fumins, tr»us. Tous les autres mots prêtent à disons'.ion. On s'étonne aussi, dans ce qui est clair comme dans ce qui est obscur, de n'entrevoir quoi que ce soit qui ressemble à Dea Dia. Autre difficulté. Le scribe n'a-t il pas mêlé au texte sacré les indications de mouvements liturgiques > Il semble bien évident que : Semunis advocapit cunctos, il
11) Gaudet invisam pebulisse fossor Ter peJe terrant (Horace)
GROCPE DE SATURNE ET LES DIEVX TERHl^TRE^ I i^
invoquera ou vous invoqueœi [JiJwwM^isi) kuiî^ les St^mons, ne faisaii point partie du ch^ini ; c( beaucoup dinierpr^ies, dont Mommsen. oiU «ùv?îi séparé les mois : hmcn j^t/t, .</.» Ijierhn\ qui vicmc\ïrent en partie inexplicables. Pixllcr les rapporte A Mars. Entin. ce qui reste n est-il pas déliguix" soit par des abréviations, soit par des ne^ïli^^rnccs nwo* lontaires ? N'oublions pas v^ue les Uoiuains du m* siècle après notre éro comprenaient moins que nous ce vénérable grimoire.
Parmi les versions du chanide^^ Arvalcs. nous en choisissons trois : celle qui se rapproche le plu** tie la traduction pour ainsi dire classique» moyenne ; celle qui s'en éloigne le plus ; une troisième, inier médiaire et cependant fort originale et inieresîittnie. Enfin, nous présentons quelques conjectures personnelles.
i^ C. de la Berge (ihctionnanc Jcs Antùfuités^ Saglio). « Lares, venez î\ mure aide (trois fois). - Mars, ne laisse pas tomber In mort et la ruine «ur la foule. — Sois rassasié, fOrv>co Mars. Toi (A
un des Frères), saule sur le seuil ! Dci^jut, frappe (le seuil). — Vous d'aboid, vimis ensuilr. mvoqnr/. tous les Senioncs. Toi, Mars, sois nous on ai»lc. Sautez (cinq fois). Notons qu'ici rnt^s est remlu par (( nous )), lucr vr par « hi mort et la rtiinc », lue lue ou liiem. tueni (le ;;/ étant omis, <e qui rst fréquent) ; que m picores est compris comme /// plures^ (( sur le plus grand nombre » ; (jue s.itut fiifere est divisé en s.itur, scinul (rassasié), /// « sois )), d'un vcrhc J'iio qui a donné /i/i7; /etc au vocatif, « farouche, féroce »; d'autres ont proposé saturfurere^ « rassasié de fureurs ». Quant ù hmcn sali^ {( franchis le seuil », s/a, « arrête », Bcrhcr^ quelques-uns adressent ces mots <\ la victime, vei • vex^ le bélier, qu'ils substituent à berher\ ici herhcr est identifié à verhera « frappe ».
2° La seconde interprétation appartient à M. Michel Bréal. Ce savant rappelle que les pratiques des
130 L*ITALIB ANTIQUE
Arvales avaient pour but l'abondance des récoltes: ils prient, ils sacrifient, dit Varron, propterea ut friiges Jetant arva, (( pour que les champs portent des moissons ». On ne s'explique donc pas ce satur fufere oyifurere, s'adressant à Mars, qui est ici un dieu des champs cultivés ; encore moins ce berber ce verberji, frappe. Quant au texte m6me, M. Bréa. n'accepte ni in picores dans le sens de sur le grand nombre^ ni cnos comme équivalent de nos ou de Eheu nos, La forme du S antique, 2, lui suggère la correction cnoni, analogue à enim et qu'il compare à eij : in picores lui paraît la forme archaïque de itnf^lores, implore; il montre dans /)/os, ploris, une contraction de pleFo, plu-o; il cite la forme endoqiic plorato «et implore», donnée par Festus. Enfin, ni limen sali, ni liier ve ne trouvent grâce devant lui. Quant à Berber qui rinquiète, il serait tenté d'y voir un doublet de Mar A/ar, un Mars Qnvhu bé ; tels glomus à côté de globus^ promoscis à côté de tt'^boscis et en grec bormax à côté de mu 1 m ex ; il accorde, d'ailleurs, que ce Berber peut eue un dieu ou un mot inconnu, disparu. Finalement, il récrit ainsi le document arvalien : Enom^ Lases,jiivate. Xeve litem arves, Marmar^ sers [siveris) incurrere (Implores).., Sala tutere Mars ; Clemens salis stci, Berber^ etc. (( Maintenant, Lares, soyez secourables ; et ne laisse pas, ô Marmar, la destruction envahir les champs. Implore (prêtre) ! Protège, ô Mars, les terres ensemencées; sois clément aux semences, Berber. » Les corrections de M. Bréal sont vraisemblables, mais hardies, et je n'oserais dire qu'elles me satisfassent pleinement. 3" M. Brinton, notre troisième interprète, les accepte en partie ; il conserve liierue pour luemritem (destruction, ruine), propose de voir dans pleores une forme de flores et traduit ainsi les trois premières lignes : « Lares, soyez-nous en aide ; ne laisse pas, ô Mars, les maladies infester les fleurs. Protège les semis, ô Mars ; ô Berber, sois-leur