‹ L'Italie antique (origines et croyances)Chapitre 22 sur 51 · JANUS · texte numérisé non relu

JANUS

gésdt butin et de dépouilles. Il présidait au début et à la fin des expéditions, comme de toutes choses. Une explication si simple et si évidente n'avait pas frappé les anciens ; il est vrai qu'elle semblait hors de proportion avec les cérémonies imposantes, le déploiement de processions et de sacritices solennels qui accompagnaient, aux temps brillants de Rome, l'ouverture du temple de la guerre.

Virgile, considérant cet usage comme des plus antiques chez les Latins, l'a sobrement et fortement décrit au Vil' livre de l'Enéide : Mos erat hesperio in Latio. (( Il y avait en Hespérie, dans le Latium, une coutume, religieusement observée depuis par les villes albaines, et que Rome, maîtresse du monde, observe encore au moment de s'élancer au combat, soit que sa main redoutable menace les Gétcs, les Hyrcaniens ou les Arabes, soit qu'elle regarde l'Inde et l'Orient, ou qu'elle redemande aux Parihes ses étendards. Il est deux portes jumelles, les portes de la guerre, ainsi les nomme-t-on, consacrées par la religieuse terreur qu'inspire le farouche Mars, portes closes d'invincibles ferrements, de cent verrous d'airain. Janus, gardien fidèle, ne s'écarie pas du seuil. C'est le consul lui même qui les ouvre aujourd'hui, tandis que résonnent à Tunisson les trompes de bronze. En ce temps-là c'était à Latinus d'obéir à l'usage, de pousser les portes lamentables el de déclarer la guerre aux compagnons d'Enée. Mais le vieillard, refusant sa main à une œuvre de sang, s'est enfui, s'est caché dans les ténèbres. Alors, glissant du haut du ciel, Saturnia, la reine des dieux elle-même, fait tourner sur leurs gonds les vantaux de fer ; elle disjoint de sa main les terri blés portes. »

Janus paraît un peu sacrifié dans ce morceau ; Virgile ne se doute guère que Junoii, forme fèrni ninc de Jovis, est assez intimement liée f\ Janus pour que celui-ci ait compté ./««/^«im.ç au nombre

de ses épithètes. Virgile répète une tradition, mais il a quelque scrupule à faire de Janus un dieu de la guerre, comme si ce rôle ne seyait pas au gardien paisible des places et des marchés. Nous savons que cette fonction, tout au contraire, convenait parfaitement à celui qui préside aux débuts de toute chose, qui ouvre les jours, les mois, les années et les portes ; disons aussi au Soleil, combattant céleste. Fit puis, le long du Tibre, dans la campagne de Rome, vers Tibur à l'est, vers la Sabine au nord, Janus avait rencontré beaucoup d'autres divinités locales, épousant les déesses, fraternisant avec les dieux pastoraux ou guerriers, Faunus, Picus, Mars, Quirinus, et prenant, à l'occasion, un peu de leur caractère belliqueux.

Il existait un Janus Quirinus, ainsi nommé, dit Macrobe, ab hastâ quant Sabini Curtn vocant, (( de la lance que les Sabins appellent Curts)) ou Quiris et qui a donné son nom à la capitale sabine Cures^ ainsi qu'aux habitants, latino-sabins de Rome, où les patriciens auraient siégé en armes : Quirites. C'est à sa confusion avec Quirinus que Janus a dû en partie son ministère guerrier.

Ce nom de Quir ou Ciir, d'origine inconnue, est lié (comme celui de Janus) à Tune des plus célèbres légendes de la vieille Rome, celle qui présente d'une manière si dramatique l'abaissement et la ruine d'Albe la Longue. Les Curiaces n'ont, croyez-m'en, jamais existé, pas plus que les Horaces ; leur histoire n'est que Tarrangement, fort ingénieux, de lambeaux mythiques : Quelques explications sont ici nécessaires.

Lorsque les Sabins arrivèrent dans les gorges de l'Apennin central, c'étaient, sauf la langue, des demi-sauvages. Comme certains Sibériens adorent des perches plantées en terre, comme les Scythes d'Hérodote rendaient un culte au cimeterre, les Sabins, tout en connaissant des dieux plus relevés, avaient pour fétiche national la lance.

/:a:Êc les ans plastiques, ceiie ..miTc fui pito^c eaire les saa-.ns dun po ne lance. {^i<3-:n,\s . pms oc porîc-lince civinisc fut assimile ^r.iàiselicnienî ;^ des pcr>;?:3rîa*re> de plus haute voiee. Mars. l;:pj ter. Janus. à mesure que les S.^hins en:: mont c.i con:aci avec -es Maises, les.i-Cqucs et ies l .,U!n> W n'en garda pas moins son nom. à Rome, s m le mont Quirinal où s'èiaieni iKes les S;îlMn> Je Vatius. les Tiiienses: et, ce qui indique une KM\fiiic> prépondérance de l'élément sabin. il >c* Mib>iihi:i au héros éponyme. à Romulus. iian.si^M lu.' pui Tapothéose en Quirinus, père des iJuiMU>. I c k\\ riace ou les Curiaces albains soni des \ ^n imi\u\n. des compagnons ou des prêtres de ijmunus. Ils étaient d'ailleurs connus des Omhllen^ ci ile> Osques sous la forme altérée ou diale.iidc /•«»»»<• dier^ qui équivaut au pluriel KoicJus, ('«M.i/n. Cette concordance prouverait loui au nu>tns ipie le groupe ausonien tout entier avail priiiiqué le iiihe de la lance ou cun's. Maintonjini. qui éial>lu»i ridenliié de Quirinus et de (airiatius;' ( '/e.si notre Janus.

Janus porte égalemcni l'un et l'auiif sniimm. (( A côté du TiiTclluin soKyjium, dit l'idici, ,\ i r»tc^ du Poteau de la sœur, si connu par la U'f^rndc d'Horace, on voyait deux autels consacMS â junn Sororia et à Janus ("uriatiu^, l'un i\ « au'.c du meurtre de la sœur, l'auirc à cau-cdu nituiiir des Curiaces. » C'est là TintcrpriMalion cun^a' irr ; mais il est permis de doulcr cju'tdli: !é|)()udr à un fait réel, et de voir dans ce poteau ci ces auiri--, un antique monument dédié à Junon, soin de janii'i: et à JanusQuirinus ; d'autant (jint \c nom d I l'ua» r est tout aus^i lié C|uc celui rlc Cuiia'<: au « ulir t\r Quirinus. Il est difficile de n': pa» le lappoii^; a une vieille divinité *-ahi/ie : lloia, llo;a <J\ùnin, liera don apparentée â cette Ih-i .ilii <:nlrv'';': i^a» Romulus), dont le temple restait toujoui»» otjvrit,

pour marquer que la déesse était toujours à la disposition de ses adorateurs, qu'elle leur offrait un perpétuel appui. Si Ton admet que Hora (dont Horatius est une forme masculine), celle Hora, compagne, parôdre de Quirinus, était une divinité guerrière, si l'on se souvient en même temps que Janus était identifié à Quirinus, on comprendra mieux peut-être pourquoi le temple de Janus restait ouvert pendant la guerre, pourquoi il était fermé pendant la paix, ouvert tant que les armées avaient besoin de la protection du dieu, fermé aussitôt que son concours n'était plus nécessaire.

La conjecture, je ne le nierai pas, a sa large part en ces déductions sur la pointe, non d'une aiguille mais d'une lance. Il faut toutefois passer quelques hardiesses à ceux qui, remontant le cours des âges n'ont pour guides, à défaut de monuments écrits ou figurés, que des vestiges épars, recouverts, effacés, altérés par les Etrusques, les hellénisants et les historiens de Rome. Combien la tâche est hasardeuse, on en pourra juger, quand j'aurai rappelé que, des anciens dieux du Latium, Janus est celui qui a le plus fidèlement gardé sa physionomie native. Tel je vous l'ai présenté, tel, à bien peu près, nous le retrouverons dans le premier livre des Fastes d'Ovide. Quelques passages de cet agréable morceau résumeront, pour ainsi dire, l'enquête à laquelle nous venons de nous livrer.

L'auieur explique d'abord qu'il veut tirer des antiques annales, des registres tenus par les pontifes, tout ce qui concerne le nombre et l'ordre des mois, les différents jours, fastes et néfastes, les comices, les marchés, les cérémonies du culte. Le jour néfaste est celui où ne se font pas entendre dans les tribunaux les trois mots sacramentels, ûfo, dîco, ac/dïco, je donne, je prononce, j'adjuge. Le jour est faste (ouvrable) lorsque l'exercice de la justice et permis. Nef as, il est défendu ; Jas^ il est

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« Quel dieu es-:u > C: zi-jL-.>in: :i j^- r' ~: v . J"* .* .' ,: r . -; Janus r Car li Grî>:e ne çcs^jîJi iu.*u-.*.i »: ^i:•-v.:;: qui te ressemble. E':s-n:us rcuj^.u."':. <i--:'. v.c< ::umortels tu vois ce qui e<: cerr:ir;: «s: ii*\ .m; :." Je prends mes tibler.es et voie: qu'un -.-u: -^ ;:> ^ ■.:' éclaire ma aemeure, ievjnc a:.."-. p,r. .r.: c .vc,:. C *est b ien lui. un b îlo u d ans ■ .i :ii .1: n .: . .* . : v , u . : c clé dans la mai a gauche. Ces; bii.i so' cz^a/.szc et double tète ; ses deux visage:? me regard en:. ^* nio sens frissonner : mes cheveux se dressent d épouvante.

« Mais lui : vi Cesse de craindre, chantre ialv> rieux des jours : apprends ce que tu desitos ci prête l'oreille. Les anciens — car je suis chose antique — m'appelaient Chaos. \'ois quel passe lointain je vais révéler. Cet air transparent, et les trois autres corps, le feu, les eaux, la terre, ne \ov maient qu'un monceau. La lutte de ces principes rompit la masse originelle, les éléments s'éia^tMoni selon leur poids, la flamme dans les hauteurs, l'air au-dessous, la terre immobile, au centre, avec 1rs eaux. Alors moi, qui n'étais qu'un amas -..ms forme, je repris une lij,une et des nieinluc'» tlinM»'» d'un dieu. Seulement, trace lé{V(^re iWiwr iimluMun primitive, mes traits maintenant pir-iriitml en. .m', par derrière et par devant, le. in/^im- .i'j|.rri Hmraison d'ailleurs m'a fait ^'aidn m-.ii«- Iumui ; m l'apprenant tu connaîtras mon oIIp '• l"iii . iqu embrasse ton regard, cir.i, lu'i, fiu.iK'- .. i' nr. tout cela est ouvert et fermé par ma III. iMi '.m m. «h seul repose la garde de Iiinivri •. iiiiim«h:.« I ' droit de faire tourner Taxe du inond'-. m ;nip.ii n» >.<

tout entier. M'a-t-il plu d'ouvrir le calme asile de la Paix? la Paix marche libre en des voies toujours unies. Si je ne liens la Guerre enfermée sous de rigides verrous, le monde troublé sera couvert de .' sang et de carnage. Avec les Heures tranquilles, je r garde les portes du ciel ' Jupiter même ne peut sortir et rentrer sans moi. De là mon nom, Janus f (dejafiuj). Quand le prêtre pose devant moi le gâ- i. teau de froment, la farine mêlée de sel, tu rirais j des noms qu'il me donne : c'est Patitlcnts, c'est Clu- /; SUIS encore ; eh ! bien, par ces vieux mots, nos ' frustes aïeux ont vouludéfinir ma double mission. 1 Mon pouvoir, que tu connais maintenant, explique ma forme, tu le devines déjà. Toute porte a deux faces, Tune pour les passants, l'autre pour le Lare domestique. Et de même que votre portier assis près du seuil voit les sorties et les entrées, de même, portier de la cour céleste, je regarde à la fois l'orient et Toccident. Hécate possède trois visages divergents afin de surveiller trois voies qui se rencontrent ; moi, pour n'avoir pas à tourner la tête, sans me déranger, j'embrasse à la fois deux horizons ».

— Dis encore, repris-je encouragé par sa complaisance, pourquoi le nouvel an commence dans la saison des frimas } Ne valait-il pas mieux choisir le printemps ? Alors tout fleurit, tout renaît. Le bourgeon gonflé éclate sur la branche et l'arbre se revêt de feuilles fraîches écloses. La pointe de rherbe monte et dépasse le sillon ; le bétail joue et s'ébat dans les prés. L'hirondelle, attirée par le doux soleil, revient suspendre à nos poutres sa maison d'argile. N'est ce pas là le renouveau, la jeunesse de Tannée r — Moins prolixe que moi, le dieu répondit : « C'est en hiver que commence et finit le cours du soleil ; l'année part avec le soleil».

— Pourquoi, fis-je encore, lorsque je m'adresse à quelque autre dieu, te dois-je les prémices de l'encens et du vin } — Parce que je garde la porte ;

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