‹ L'Italie antique (origines et croyances)Chapitre 43 sur 51 · CHAPITRE douzif:.mf · texte numérisé non relu

CHAPITRE douzif:.mf

Dès le VI" siècle avant noire crc, nombre de cliviniics ctrus ques et helléniques ftonr entrées dans .'c pantlicon rr.main. Les unes ont pris des noms latins ou latini>és, Cù.c^. l*ioserpine, Hercule, Vénus, etc. f>'autrcs. Corn. ApoiU.n, Phœbé, laf^mc, Enée, etc., ont gardé leur nom. Mais lous ont pris une physionomie latine et adopté le culte et les rites de leur nouvelle patiic; ils se sont contentés d'enrichir de leurs légendes la mythologie romaine. Oue'qucsuns, d'ordre secondaire, il est vrai, mais dignes encore d'intérêt, peuvent être i anges dans l'une ou l'autre de ces catégories ; les (iémeaux, Mctcurc, Clupidon, HNcula; c. — Castor et Pollux, Dioscuic-», Tyndaiides, également révérés dans l'Italie méridionale et dans l'Htruric {f^ollux est l'étrusque 'Puttuke et non le grec l'oluJcukès), ont été naturalisés à Rome sous les rar(|uins. — Ils combattent au Lac F<égille (496) et viennent à Rome annoncer la défaite des Latins. — Cavaliers célestes et patrons de Tordre équestre, ils sont encore les pioiccieurs de-» barques et des trirèmes à t^te de cheval. — Astres jumeaux, ils président à la navigation. — Les exclamations Mecasior, Edepoll témoignent de leur popularité. Le Sénat siège dans le temple de Castor, Horace leur conlie la nef qui poite Virgile. — Ce fut aussi aux temps étrusques que .Mercurius, obscur génie des limites et des échanges, imposa son nom au grand Heimcs, comme lui fils de Maïa, ravisi^eur des bœufs lumineux, meurtrier d Argus étoile, dieu du soir et du matin, qui porte au fleuve Léthé les essaims d'âmes fatiguées, l'inventeur de la lyre l'éloquent messager de Zeus. Son premier temple à Rome fut élevé en 495, à l'occasion d'une famine. D'abord confiné dans son modeste office de protecteur du commerce, il ne tarda pas à s'approprier tous les exploits et to'is les attributs d'Hermès. Il n'est pas facile de s'expliquer par quelle méprise singulière Gétar et toi»» i^« Romains après lui crurent reconnaître Mercui '*^

suprêmes des Gaulois et de$ Germains. La hauie fortune de Mercure dans la Gaule romaine est attestée encore par divers noms de lieu; et les langues germaniques ont traduit Mercredi par « jour d'Odin o : anglais, Wednesday; allemand, Odinstag. — Autant Mercure a gagné en s*incor- IK»rant Hermès, autant le puissant Eros d Hésiode, le poétique Erâs de S^pho ou de Platon, est déchu en Cupido^ mince génie lubrique des IndigitamêHîa, Virgile, pour tf lever quelque peu ce fade Cupidon, l'a dég^uîsé en lulus pour séduire la reine de Carthage. — Un dieu plus salutaire, le médecin Esculape, vint s établir à Rome, dans l'Ile du Tibre, sous forme de serpent sacré ramené d'Epidaure en 391. — Quelques notes sur la médecine des Romains. Recettes empruntées à Caton et à Varron contre les écorchures, les luxations, la goutte. Elog^ du chou. — Avec la Mère idéênne, le mysticisme oriental fait son entrée dans le monde latin. — Après le désastre de Cannes, on découvrit que les Lives Sibyllins conseillaient à la République de recourir à la plus antique divinité de leurs ancêtres (lardanicns, la Mj**na Mat^r. simple acrolithc adoré à Pessiimmc. — Clràcc aux bons offices d'Attale, roi de Pergame. k's envoyés de Komc obtinrent le caillou sacré et le rapportèrent sans cnc>mbîC à Ostie. La déesse, menée en grande p'>mpe dans la maison du plus honnête homme do la République, Scipion Nasica, ne tarda pas à obtenir un temple ditrne délie, «>ii ses prêtres furieux, mutilés en l'honneur d'Aitis mort et ressuscité, pussent exploiter le désœuvremeni et la s >iiise du populaire, la curiosité dépravée des dames romain-js (2()V'90- — ï-^s lêies de la Magna Mater, les Mégalésies, parurent d'abord tout à fait analogues à celles de Cérôs, et, de fait, Ma i;na Mater n'était qu'un autre nom d'Ops. Tellu» ou 1 erra Mater, — Mais le mythe dont elle est 1 héroïne, et tout l'appareil de son culte, ont et gardent un caractère asiatique et chihonicn. Aitis est une variante d'Adonis, de Saba^-Jos et de Zagreus, un de ces Soleils dont la mort et la résurrection sont célébrées par des douleurs frénétiques et des extases délirantes. — De là toute une liturgie nouvelle, qui a passé dans les Mystères d'Eleusis et dans les Mystères du Bacchus orgiastique. — De là ces Bacchanales nocturnes dont le consul Posthumius découvre les criminelles pratiques. — Le Séualus-Consulte des liacchanales, 185; importance de ce document. — Rapports nombreux des Mystères de la Ma^na Mater, de Bacchus, avec ceux d'Osiris et de Sérapis. — Priape.

Tant que Rome ne sortit pas de l'Italie, les dieux qu'elle reçut de Cumes, de la Grande-Grèce, de la Sicile, furent natui*alisés dans le panthéon latin.

L INVASION DES CULTES ÉTRANGERS 4 l I

Les mythes dont ces dieux étaient les acteurs s'ajoutèrent et s'accommodèrent aux légendes nationales ; les cérémonies et les solennités de leur culte alternèrent ou se confondirent avec les fétcs et les rites de l'ancienne liturgie. Nous avons vu Héraklès, transformé en Hercule, hériter des ex ploits et de l'autel du Sabin Semo Sancus, Dius Fidius ou Récaranus, et des fonctions plus modestes dHerculus, patron de l'enclos, du domaine et des industries. De même Enée et \'énus, dédou blement d'une déesse phrygienne, Aphrodite. Ainéias, ont été associés, mêlés intimement aux origines de la Ligue latine et de la (^ité romaine» l'un comme P.iter InJii^ès, porteur des Pénates sacrés, gendre de Latinus et ancêtre de Romulus, l'autre en qualité d'aïeule des Jules, mère de l'empire et parèdre de Dea Roma. Apollon aussi, bien qu'il semble, au premier abord, entièrement grec, a singulièrement diminué en venant s'établir, au Vi'^ siècle, près de la porte carmentale. Il se releva, grâce à Enée, ei comme ami des Troyens ; l'importance croissante des Livres sibyllins augmentait d'ailleurs son prestige ; enfin il réussit à entrer, lui aussi, dans la famille des Césars, à s'incarner dans Auguste. Si bien que, en somme, sous les traits consacrés du Phoibos grec, un dieu tout nouveau, un Apollon romain siégeait clans le temple du Palatin.

Ce fut seulement quand les prov()cati«)ns de Pyrrhus et la grande querelle punique, entraînèrent le Sénat, même avant la conquête assurée de l'Italie entière, à mettre la main sur la succession d'Alexandre, que le scepticisme, la cuiiosilé, parfois la superstition, introduisirent à l^ome. et sans retouche comme sans déguisement, les dieux et les cultes des peuples vaincus ou soumis. El cette fuis, les étrangers ne se fondiicnl pas en général, sans doute — avec le*- anciennes divinités italiotes ; souvent ils les remplacèrent entièrement v

souvent ils demeurèrent à côté, comme des variantes, en gardant leur caractère et leur physionomie individuelle.

Il y eut donc deux catégories d'emprunts, qu'on

Bourrait nommer l'incorporation et 1 importation, lous avons terminé avec la .première. Avant d'aborder la seconde, nous devons an moins une mention à quelques figures indécises plus ou moins teintées de latin, mais qui n'appartiennent

f^as au vieux fonds italique, ou qui, sous un nom atin, recouvrent un dieu grec ; traductions imparfaites de conceptions trop raffinées pour Tesprit positif des Ausones.

Les plus anciens de ces dieux mixtes, ceux qui, peut-être, sont entrés le plus avant dans la croyance populaire, ce sont Castor et Pollux, que nous connaissons sous le nom de Gémeaux, de Tyndarides et de Dioscures.

Si, c\ travers l'agréable mythe grec de Léda et du (^y^rne, nous remontons jusqu'à l'origine des deux frères, nous nous trouvons en présence de deux phénomènes célestes déjà personnifiés avant la séparation des diverses familles indo-européennes, les deux crépuscules, époux ou frères des Aurores, compagnons du Soleil, les Açvinau^ cavaliers du matin et du soir. Fils du Jour, du cygne éblouissant (l)ivos Kouroi) et de la Nuit (Léda, autre forme de Lélo), ils sortent de Tœufcosmogonique, accompagnant, l'un llélénè [Svaranâ] la brillante aurore, l'autre Clutemnestra(la« célèbre fiancée )),M;ies/er), qui, par opposition à llélénè, ne peut être que Taurore du soir, la lueur assombrie, avant-courrière de la nuit funèbre où doit s'éteindre Agamemnon, un des synonymes ou épithètes du jour, de Zeus.

De ces métaphores, si transparentes encore dans les Védas, les Grecs avaient perdu le sens ; les Dioscures étaient devenus pour eux des héros, comme tant d'autres, fils de Zeus ou de Tyndare (le mari de Léda), compagnons des Argonautes.

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code de l'abréviation étrusque Pultuk et non du grec Poludeukcs,

On peut admettre que, vers la fin de la monarchie» au temps des Tarquins, Rome connaissait les Dioscures ; 1 ordre équestre les avait adoptés avec empressement ; et nul ne doutait que leur appa* rition ne fût un présage de victoire. Tout au commencement du cinquième siècle, à la fameuse bataille du lac Kégille, ils combattirent en tète de Tarmée romaine ; ils vinrent même à Rome annoncer la défaite des Latins et abreuver leurs chevaux à la fontaine de Juturne. Du temps de Cicéron, l'on montrait encore sur un rocher Tempreinte du cheval de Castor. On contait aussi qu'ils apparurent à Rome lors des batailles de Pydna ( i68) et de \'erccil ( loi).

Le prodij^e du lac Régille fut consacré par la fondation d'un temple, à l'endroit même où les Dioscures (itaient apparus pour annoncer la victoire. Une fcte annuelle, fixée au 15 juillet, fournissait aux chevaliers l'occasion de défiler dans tout l'éclat de leur équipement. C'était une pompeuse procession, la trjnsveciio, où la fleur de la jeunesse romaine célébrait une sorte de triomphe. Partant de la porte où jadis le dictateur Postumius victorieux avait fait son entrée, de nombreux escadrons couronnés d'olivier, couverts de la trabée à bandes de pourpre, décorés de leurs insignes militaires, s*a\ ançaient vers le Forum pour rendre hommage aux Dioscures, et, montant au Capitole, venaient saluer Jupiter, le père des cavaliers célestes, Castor et Pollux, souvent désignés sous le nom de Castojes. Le temple s'appelait d'ordinaire, pour abréger, temple de Castor ; le Sénat s'y assemblait souvent, parce que ce vaste édifice était situé sur le Forum. Rappelons en passant que l'omission fréquente du nom de Pollux est confirmée par un bon mot du consul Bibulus, collègue impuissant de César : « Je suis traité, disait-il, comme Pollux, à

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côté de Castor». Geminiis Pollux, dira Horace, ou même, sans le nommer, « jumeau de Castor », ^cwelie Casions. Toutefois Tcxclamation bien connue Edepol ! Par le temple de Pollux ! montre que ce héros n'était pas oublié. Les femmes disaient plus volontiers Me Castor (que Castor me protège ! ), par allusion à casliis^ castitas (chaste, chasteté). Les ides d'août ramenaient tous les ans des Jeux spéciaux en l'honneur des Gémeaux, patrons nés des luttes athlétiques.

En passant dans le panthéon latin, les dieux du matin et du soir avaient perdu leur caractère cosmique. Les Romains n'en avaient retenu que les attributs utiles, la protection des armées, surtout de la cavalerie, et aussi des combats du cirque. Cependant, comme dieux de la navigation, ils étaient adorés dans les ports, à Ostie notamment, et confondus avec les Kabires, soit de Phénicie, soit de Samothrace ; et comme astres, guides des navires, ils inspiraient la muse, d'ailleurs tout hellénisée, d'Horace, qui leur recommandait ainsi le vaisseau de Virgile :

Puisse, avec la reine de Cnide El les frères cl llélcne, jsiics di-mcuts et purs.

Le père des Veius «.|iii te guide Ne déchaîner pour toi que des /éphyies sûr-.!

C'est vers le même temps, au V" siècle, que les Romains entendirent parler d'une autre divinité grecque, Hermès, appelé Turms (peut-être Terminus) par les Etrusques, protecteur reconnu du commerce, même du vol, qui n'en différait guère. C'était l'attribut qui avait le plus d'intérêt pour des peuples maritimes. Quant aux grands mythes célestes, diurnes et nocturnes, qui rattachent précisément aux Açvins, aux bioscures, le messager du dieu lumineux et le conducteur des morts vers les royaumes sombres, Hermès (Saramiyas), jumeav.v

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ddtaché d\ia couple (qui apparaît dans le duel xétique : S^raméyaH], les Latins ignoraieni tout cela cl n'en avaienl nul souci. AUiis, comme les bateliers du Tibre avaient besoio d'un dieu qui patronnât leur mince tralic^ ils apprécièrent cet Hermès qui procurait tant de richesse à Cunies et aux cités méridionales ; et ils auraient sans douie adopté son nom s'ils ne s'èlaîent apert^^u qu'un vieil et obscur gtni^ é&s lndti>itamL*nki^ Meicurùfs, bu sens assers indélerminé, soit qu il faille le rapporter à Mamercus^ c'est à-d ire à Mars (c. f, Aîamuniis], soit y chercher un gardien des limites (Marg-inss)^ pou« vait aisément s'occuper des denrées, merx^ merces^ et des marchands merc-alores . Mercure devint donc le substitut, le synonyme dlicrmÉs^ et vit grandir son culie, ses fonctions, à mesure que les épopées, les hymnes d'Homère et de ses successeurs, révélaient aux Romains quelque face nouvelle du fils de Zeus et de Maia ; d'autant que l'Italie, comme rilellade, possédait une déesse Maia.

Le premier temple de Mercure à Rome fut fondé le jour des ides de mai 495, à propos d'une famine, vers l'extrémité sud du cirque Maxime; puis, de proche en proche, les chapelles, les autels, les statues se multiplièrent dans les rues commerçantes. Les marchands formés en corporation, Mercalores, Mercuriales, venaient aux ides de mai sacrifier à Maia et à son fils, et joignaient à leurs offrandes une pratique des plus curieuses, qui nonseulement rappelle la foi, si ancienne, aux vertus purifiantes des eaux lustrales, ou bénites, mais encore révèle chez les commerçants antiques certains scrupules assez inattendus. Prés du temple se trouvait une source consacrée au dieu. Le marchand y trempait une branche ou goupillon de laurier et en aspergeait sa tête et ses marchandises, priant Mercure d'effacer les fautes, les menues ou grosses finesses, qui pouvaient entacher les transactions passées, ou même à venir. Chez Plaute,

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dans le prologue d'Amphitryon, Mercure est encore uniquement le dieu du commerce. Mais déjà son Caducée (Kèrukéion) est considéré comme le symbole des relations pacifiques. Horace résume élégamment les offices variés de l'éloquent peiit-tils d'Atlas, messager du grand Jupiter et des dieux, inventeur de la lyre, adroit voleur des bœufs et du carquois d'Apollon... : (( Toi qui as conduit Priani chargé d'or à travers le camp des Atrides, c'est toi dont la baguette guide vers les demeures fortunées Tessaim léger des âmes pieuses...; agréable aux maîtres de l'abîme comme aux divinités d'en haut. » Dés la fin de la république, il n'existe plus de dilTcrence entre Hermès et Mercure, ou, s'il y en a, c'est plutôt en faveur de Mercure. 11 faut en effet que celui-ci eût singulièrement grandi pour que (^csar l'assimilât au dieu principal des Gaulois, et pour que les Gaulois aient accepté si volontiers celte fusion bizarre, consacrée par des noms de lieu fort répandus, iSlercœur, Mercurey, etc. Néron lit exécuter par un artiste grec une statue fort précieuse du Mercure des Arvernes, sans doute pour le Mercurius diimias qui occupait le sommet du Puyde-Dôme. Enfin, ce dieu gréco-latin est resté en possession d'un des jours de la semaine, le mercredi, Mercurii dies, lequel correspond au Wed nesciay, Odinstag germanique, jour d'Odin, de \'uotan, le roi des dieux Scandinaves et saxons. lOn Alsace, en Lorraine, dans la vallée du Danube, on retrouve encore nombre de vestiges d'un culte de Mercure, importé sans doute par les trafiquants romains, mais greffé sur des cultes nationaux. Une inscription du 11*= siècle en fait (( le très saint, l'auguste et très grand conservateur du monde ». Saint Justin le considère comme (( la Kaison divine » ; Ammien Marcellin l'appelle mundi vclacior scnsus « la rapide intelligence de l'univers ». ('es expressions procèdent visiblement du symbolisme hcnnc tique, un des amusements du néo-pythagorisme

alexandrin, qui déjà s'exerçait avant notre 6re à subtiliser les vieilles fables, amalgamées et distillées pour ainsi dire en ses alambics.

Un autre dieu, plus encore que Mercure, est grec sous un nom latin : c'est le trop classique et trop fade Cupidon ; et il faut avouer que le grandiose Eros d'Hésiode qui a présidé à la naissance des choses, ou même le galant et tendre Erôs des lyriques et des statuaires n*ont pas eu à se féliciter de leur incarnation en ce terme trivial : Ciipido, génie mâle ou femelle (plutôt), qui figure dans les vieilles nomenclatures rituelles, représentait uniquement le désir. Capables d'affection ou plutôt d'habitudes conjugales fort dignes et rigoureuses, mais peu scrupuleux dans les plaisirs de rencontre, les anciens Latins ont connu bien plus tard que les Grecs ce sentiment raffiné, délicat dans son ardeur môme, que les modernes nomment amour. Et lorsque les Romains élevèrent Ciipido à la dignité criù-ns, uii Mer eu ri us à celle d'I termes, ils leur lircnl certes un honneur peu mérité. Virgile a pris soin, pour relever Cupido, de l'associer étroitement à sa Ic^cncic d'Enée. C'est cet enfant perfide qui, sous les traits cVIulus, insinue au cœur de Didon la funeste passion, d'où sortiront les guerres puniques. Mais laissons cet archer ridicule et méchant, dont les blessures envenimées ont trouvé trop d'indulgence auprès des faiseurs de madrigaux.

Vn dieu plus salutaire nous réclame, le bon médecin h>sculape.

La médecine, chez les anciens Latins, était des plus sommaires : cjuelques précautions sans doute avant et après les couches, quelques infu>-ions et applications d'herbes fébrifuges, des ablutions plus ou moins opportunes, en constituaient toutes les ressources rèelies. Le reste était l'affaire des dieux. l']n échange d'offrandes appropriées, de prières correctes, de lustrations spéciales et d'innombrables ex rolo, Mars Avxrruncus, Jupiter

sauveur, Juno Lucina, Apollo medtciis, Miner va medica^ et quelques déesses obscures : Strenua, Cartiea ou Cardea^ Salus^ Febris même, la Fièvre en personne, à défaut de quinine, devaient procurer parfois à leurs clients dévots le soulagement ou la guérison. Mais très souvent la maladie mettait en défaut le savoir divin. Les épidémies, les pestes se riaient des médecins surnaturels. Alors la pieté aux abois se tournait vers des oracles nouveaux, vers des dieux étrangers, dont la bienveillance pouvait être déterminée par un hommage inattendu. C'est ainsi qu'en 291, à l'occasion d'une peste, Esculape se trouva mandé à Rome par les Livres Sibyllins, pour suppléer son père Apollon. C'était un ami des hommes. Il avait été foudroyé par Zeus pour avoir guéri un mécréant.

Ordre fut donné d'aller quérir Asclépios dans son sanctuaire d'Epidaure. Aussitôt que les envoyés parurent dans le temple, le serpent sacré se mit de lui-même en marche et les accompagna jusqu'à leur vaisseau. Le dieu était évidemment flatté. L'animal, cependant, faillit s'échapper. Dans une relâche qu'on fit à Antium, il disparut, mais au bout de trois jours il était revenu sur le navire: il n'avait fait cette fugue que pour visiter un bois d'Apollon et s'enrouler autour d'un palmier, marquant ainsi l'emplacement d'un temple qui jouit depuis d'une grande réputation. Arrive à Kome, le serpent gagna à la nage l'île du Tibre, et s'y choisit une place. La peste s*enfuit aussitôt. L'n temple fut le prix, bien mérité, d'une telle délivrance. L'édifice s'élevait à peu prés au milieu de l'île, aujourd'hui consacrée à l'écorché Barthélémy, saint peu guérisseur de son métier, comme on le sut aux temps de Charles IX. Le serpent valait mieux, paraît-il, et l'on a retrouvé dans sa demeure b«jn nombre d'ejc voio en terre cuite, offrandes de malades reconnaissant"». Les i^oinains avaient admis volontiers la signification symbolique du serpent,

dôoi ï là ^cotff aient depuis longtemps le cavi :^*:rc. le p^>u\oir magique et bieiîfaisanL Beaucoup de divinii4^ nationaks, Mmcrve, k§ Génies, lo L^re^s.. «tiTeciiano aient ce coaipagnon ; et les cou* icp\res cuicnt tolénh^ )USi|iie daoi le lit nupliat. Le Serpent dûnaait donc, en quelque sorte, àimi de cite à Esculape. Celui-d partageait, le 6 janvier^ la fétc de son \'aisja V'djoi^s, hc^ïc ancien de Tile; bieotôl il le fit aoblier; Hte entière devint son do maillet et pour éitmi&cr le souvenir de I arrh'ce du serpcot» elle re^ut la forme d'un vaisseau. Le dieu pciitafit âon bâton et sa couronne faisait boQoe mine a ses nQOveauî adorateurs, quand ils loi avaient immolé le coq ou le chicQ tradilionoel ; et» la nuit« il coûsolait et soigûaii les malades endormie dans une salle couligué à son temple*

Aicv lui ctaieot venus tome sorte de médecins ei de charlatans, à commencer par ses prêtres. Mais Caion protestait contre les remèdes de ces Grecs et ne cessait de recommander à ses concitoyens les vieilles recettes de sa médecine domestique. On en a conservé quelques-unes. Celles qui se réfèrent aux nombreuses propriétés du chou ne sont pas les moins étranges. « Le chou, dit Caton, est le premier des légumes... // se digère admirablement, entretient la liberté du ventre et des urines. Il est salutaire de toutes façons. » Suivant la préparation, il sert de vomitif, de purgatif, de remède contre la colique et la dysurie. II en existe une espèce qui, appliquée sur les abcès, les tumeurs, les blessures gangrenées « fait ce qu'aucun autre médicament ne peut faire. )) Pour les luxations et le cancer au sein, il laut employer un cataplasme de chou broyé. Le chou tire les humeurs et dégage la tête et les yeux. Enflure de rate, maux de cœur, douleurs du foie, du poumon, du péricarde, la goutte même, rien ne résiste au chou. Avec l'urine d'un homme qui a mangé du chou, on prépare un bain salutaire, fortifiant pour les en-

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fants, une lotion excellente pour les yeux, la surdité, la gale, le polype du nez.

A défaut de cette panacée, on peut recourir à certaines pratiques adroites — mais il faut les exécuter correctement :

(( Tu préviendras les écorchures pendant la marche en portant sous la boucle un brin d'absinihe du Pont. » — Il y a encore ici une apparence de raison; mais quel sorcier de nos campagnes n'envierait la savante chirurgie incluse dans le passage suivant?

« Pour guérir une luxation, il suflit de prendre une baguette de coudrier, longue de quatre ou cinq pieds, de la briser par le milieu et d'en faire rapprocher les deux moitiés sur ta cuisse par deux hommes, en chantant : In .liio S, F. (;) wot.is vœla darius (Jatier?), dard.iries astataries dis sttnn piter (Jjne?)l jusqu'à ce que les deux morceaux soient bout à bout. Agite un fer au-dessus. Quand les deux parties seront réunies, il faut les couper en tous sens et les attacher sur le membre démis ou cassé; cependant, aie soin, pour une fracture, de répéter tous les jours l'une ou l'autre formule suivante (c.irmen d'apparence ombrienne) :

Huai, Hauat, huât ist.ï pista sista, dumiabo^ damniaustia . Iluat, haut, haut isla sistar sis ardannabon dunnaustra. (alias) : ista pista sis ta dimia bndanua ustra. (Ancienne ncnia^ pcuicirc: o l.fi ncnia marse mcice de i-un> ma'ziqwcs. )) lloHACK. i

J'ajoute ce conseil de Varron : Contre la goutte. Arrête, à jeun, ta pensée sur un tiers, et dis trois fois neuf fois en touchant la terre et en crachant : n Je pense à loi, sois en aide à mes pieds ! Que la terre prenne mon mal et que la santé me reste ! »

En fait, Rome s'est longtemps défiée des médecins, et Tari médical y est prescjue toujours resté l'apanage exclusif des (iiech. Ix dieu n'en fui que plus révéré, avec toutes les bupcr.slilions d^ sotv

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LfTAUe ÂfîTIQUB

Ciiltc, M Ne aous en moquons point »>, dirait La Foniaine» « ooue nous laissons séduire sur aussi peu de fondement o,.. El nul ne s'étonnera qu*Esculapc, te roi* le savant. Fa mi des hommes, ah eu la vie plus dure que beaucoup de dieux païens. C est un de ceux qui ont rdsisté le plus loogteaips au prùgr6s du christianisme. Ne préside-t-il pas encore, boste inoffensif, auprès d'iiippocrate, à la médeî^iûc moderne, prccoaisant, je pense, avec discrdtioQ toutefois, Faccord de deux choses inconciliables, la religion et la science?

11 serait facile d allon^'er cette énumératioa de dieu\ et de cultes grecs annexés, jusqu'à Fencorabrcmcni, â la mythologie latine, A partir du second siècle» le syncrétisme va faire son œuvre et sans éliminer, nous le verrons, les vieilles cro^^ances populaires, élabore ce paganisme hybride qui amusera les lettrés sceptiques et provoquera le dédain des philosophes. Mais jusqu'ici le panthéon romain est demeuré conforme aux données indoeuropéennes. Les hôtes qui s'y glissent chaque jour prennent discrètement leur par^ des offrandes traditionnelles : ils acceptent sans mot dire les sacrifices, les rites et les gestes des flamines et des pontifes. Le Sénat ne souffrirait pas d'innovations trop marquées dans la liturgie dont le patriciat garde jalousement les secrets. Plus d'une fois, bien qu'il admît des invocations sommaires aux dieux des peuples vaincus, dieux nouveaux, novensiles, il avait fait chasser du forum, du cirque et de la ville, les devins étrangers et les introducteurs de mimiques inconnues. Dés le cinquième siècle avant notre ère, en 426, les édiles avaient ordre de veiller à ce que « l'on n'adorât pas d'autres dieux que les dieux romains, à ce que l'on conservât au culte sa forme nationale )) {Tite-Live).

Encore en 2 1 3, lorsque l'invasion d'Annibal rejetait dans Rome des fugitifs de tous les pays voisins, celto-ligures, étrusques et campaniens, \ti

préteur Atilius faisait main basse sur tous les livres de prières et formules magiques, répandus par les charlatans errants ; toutes les superstitions et pratiques suspectes étaient sérieusement pourchassées et refoulées hors des murs. Mais quoi ! Si le mysticisme malsain de l'Orient, auquel le ^ùnie grec est déjà en proie, n'a pas encore allciiil dans ses forces vives l'énergie romaine et détrempé, pour ainsi dire, le caractère des peuples occidentaux, il s'approche, cependant, il s'annonce par l'arrivée inévitable du Bacchus orphique et rinlrusion singulière de la Mère des dieux, la déesse chthonienne de la Cappadoce et de la Phrygie.

Celle-ci est venue, à la fin du troisième siècle, et comme toujours, dans un temps de crise et de calamités, mais, à ce qu'il semble, bien avant rheure, et quand Rome n'avait encore mis la main ni sur l'Asie, ni même sur la Grèce. Il est vrai cjne la légende d'Enée, native de l'Ida, avait habilué les Romains à regarder comme leurs proches j)arents les peuples de la Phrygie et de la 'i'roade; déjà Rome était en relations amicales avec la boni gade qui se parait du nom d'Ilion. Les des. cndants d'Enée pouvaient trouver de puissants |)iotecteurs dans les divinités qui régnaient au berceau de leur race.

On sortait à peine de l'étreinte d'.Xnnibal. Le désastre de Cannes avait mis en question le 'Oii du monde. Les dieux de Rome l'avaient mal d'Hcn due. Jupiter sélait détourné. Apollon avait épuiHi"; son carquois. C'est en vain qu'on avail at!( ndu Castor, el PoUux ne donnait pas signe de vit*.. L<- ■ Livres Sihyllins, comme toujcnirs, furent i\\i\iy,r . de traduire la pensée commune. Ils conscijlrirui de transplanter à Kome, en cet extrême péiil, le culte le plus primitif de la patrie antitjuc, d'ann-nri dans la ville la Grande Déesse de Pesitinuiil' . l.i Mère Idéenne, A cette cor n. jU promettaient Ia

victoire. Ju«^e aii ii^ \«k V*^\\\\*\ A^*

424 l'itaue antique

Delphes, consultée, annonçait un triomphe prochain. Elle avait appris, sans doute, la récente défaite d'Asdrubal sur les rives du Métaure. Ainsi, l'heureuse inspiration des Livres Sybillins avait suffi déjà pour ébranler la fortune de Carthage. Que ne serait-ce pas, quand leurs ordres auraient été accomplis^ Scipion venait de concevoir sa diversion audacieuse; il allait envahir l'Afrique pour arracher l'Italie à Annibal. Il fallait s'assurer de la iMèrc Idéenne.

Altale, un grand ami de Rome, était alors maître de l'Asie Mineure occidentale. C'est à lui que s'adressèrent les envoyés du Sénat. Une ambassade solennelle vint le trouver à Pergame, encouragée en chemin par l'oracle de Delphes. La Pythie complaisante leur avait annoncé que la déesse les suivrait en Italie, et qu'il conviendrait de lui donner pour hôte le plus honnête citoyen de la République. Attale les recul de son mieux et les conduisit lui-mcnie à Pessinunte, la vieille et célèbre métropole de la Mjqna Mater, et leur remit la déesse, une pierre assez petite, de couleur sombre, de surface raboteuse, — et de transport facile. Oui, recuhuu de dix siècles, Rome allait revenir au cultes des acrolithes. Ce qui était loin de lui nuire, elle n'en serait que mieux vue de Jupiter (I..ipis), Cybèle était un caillou, comme la divinité de Delphes, comme les fils de Kronos dévorés par leur pcre. Plus tard on l'enchâssa d'argent et on en fit le visage de l'idole Munis de cette Caaba (205), les envoyés détachèrent l'un d'eux pour annoncer rheurcuse nouvelle et hâter le choix de l'honncte homme demandé. Tous les suffrages se portèrent sur l'homme au nez le plus long. Scipion Njsica, proche parent, d'ailleurs, de Scipion l'Africain, et surtout patricien renforcé. (>clui-ci. en temps utile, se rendit avec les matrones à Ostie, où l'objet précieux débarqua sans naufrage.

fù ce fut une belle piocession : les dames por-

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