L'INVASION
laienl la déesse; derriérô ou devant iiiarchaieol les imbassadeurs ei le plus honnête des citoyens; quelque distance de Rome, toule la population ^'etait portée à la rencontre du cortéf^e; dans louie ïs rues fumait l'encens ; partout des pontifes, de saintes corporations, psalntodiant des ciintiques de bien venue, imploraient pour la Republique la puissante proieciion de la divine pierre. Tant de keux furent exaucés^ grâce à Thabilelé de Scipion "et de Rlamuiinus (Zama, 202 ; Cynoscéphales, 196). Tite-Lîve raconte gravement ces choses — qui courraient d'ailleurs se passer exactement de même aujourd'hui; mais il a négligé quelques menus enïlivements qu'Ov^ide a consignés dans ses Fastes. La Mère, nous dit-il^ a toujours aimé les monts Dmdymos et Gybélé-> l'Ida sourcilleux et la riche llion. Lors qu'Enée transféra Troie aux champs Italiens, peu s'en fallut qu'elle ne suivit les navires auxquels îl confiait ses dieux. *> Mais la déesse attendait queF^ome, après cinq siècles d'existence, levât fiéremenl la tête au dessus de Tunivers Compté. C'est alors que le prêtre lut dans les livres sibyllins ces mots obscurs, mais bientôt élucidés par la Pythie; n La Mère est absente; lomaiiis cherchez la Mèrel A son arrivée, qu'une 'la-^te main la reçoive. » Les députés viennent â 'ergame; Attale, une première fois, refuse, mais la :rre tremble, une voix sort du sanctuaire, disant ; ! C'est moi qui ai suggéré lademande des Romains ; Joint de délais! Rome est di^^ne de réunir tous les lieux dans son sein. Rome a les Phrygiens pour âeux. » Aussitôt, sous la hache tombent les pins emblèmes d'Attis ressucité), les pins u contempo* îins de ceux que le pieux Enée abattit pour sa îiîte >h Ovide raconte le voyage, à peu prés calqué celui d'Enée, et l'arrivée du navire à l'embouchure du Tibre. Il peint le concours de peuple, 'levaliers, sénateurs austères, les mères et les filles les brus, et les vierges préposées au culte des
CîTAUE A^mO^JE
foytii sacrds. Ici la légende place un trait demioalf, dtmi-miilin. Parmi les Vestales, il en était une la plus noble* une Claudia, dont la t-eoommèe avait quelque besoin de réparation; la déesse voulut bien lui venir en aide; elle se tit toui à coup îii pesa Ole que tout rcffort des mariniers tirant sur unccôrdc ne put faire dtimaner le faateuu engravé dans un banc de sable. Claudia sort des rangs, se met trois fois un peu d'e^iu sur la ïête* et, les cheveux épars. prononce ces paroles : n Mère des dieux, on nie ma purètïï. Si mon crime ^^\ imaginaire, tu dooncras kt un gage démon innocence, et, chaste, tu céderas à de chastes mains. ï) O prodige, Claudia lire le câble, et la déesse, redevenue légère, la justifie en la suivant Le lendemain — api as un petit divertissement sacerdotal au confluent du ruisseau Aimone, bain de la pierre sainte; hurlements de prôtres, glapissements de flûtes, roulements de tambours, — Claudia radieuse, — et qui douterait dune venu attestée par une telle déesse >— marche devant le char que traînent des vaches attelées de festons fleuris.
El la peau des tambours tonne au choc de leurs mains,
El la cymbale éclate, et les cornets farouches
Avec le tilVe aigu glapissent sur leurs bourbes;
Le mode phrygien exalte leur fureur;
La pique au bras, joyeux, ils courent; et l'horreur
Effare et traîne aux pieds de la Mère Idéenne
L'ingratitude impie et le vice et la haine.
Muette elle s'avance à travers la cité,
Aux âmes comme aux corps dispensant la santé.
Semés sur son chemin, l'or et l'argent résonnent;
D'un nuage odorant les roses la couronnent. . . (Lucrèce).
Enfin la Grande Mère entre par la Porte Capéne et c'est là qu'elle est reçue par l'homme au grand nez, jusqu'ici totalement oublié par Ovide.
La noblesse, d'où était venue, évidemment, l'idée de cette bizarre translation d'une divinité tout à fait inutile à côté d'Ops, de Tellus, de Gérés, et
l'invasion des cultes étrangers 427
même de Vénus, propre mère de l'ancêtre troyen, la noblesse, qui pensait se rehausser par là aux yeux de la plèbe crédule, affectionna particulièrement ce culte exotique. D'abord logée dans le temple d'une vieille Victoria paLiiinj, la Mère des dieux ne tarda pas (191) à posséder une demeure digne d'elle. Une fête, le 12, 4 ou 10 avril, des Lectisternes, des jeux Mégalésiens, à l'instar des Mén^jlésies grecques, des représentations scéniqucs où l'on joua le Pseitciolits de Plaute, signalèrent l'installation de la déesse. Son temple, voisin de l'Apollon palatin, plusieurs fois brCilé, fut rebâti à diverses reprises; et le peuple, non moins que les patriciens, adopta une divinité si intimement liée aux origines romaines, et qui prenait la première place parmi les jeux du Cirque. Les nobles échangeaient, aux Mégalésies, de plantureux banquets, mutitationes \ repas simples d'abord, puis si riches, si coûteux que, dès 161, les principaux du Sénat durent s'interdire par serment de dépasser une certaine somme. La plèbe aussi avait ses réjouissances, ses banquets, mais aux fêtes de Cèrôs qui suivaient immédiatement les Mégalésies.
En apparence, rien n'était changé aux coutumes ni à la liturgie. Magna Mater, en somme, n'était qu'un autre nom de Terra Mater ou toute autre déesse de la fécondité terrestre. Ses importateurs avaient pris soin d'exclure tout fanatisme trop violent, de taire ou de voiler à moitié l'histoire mythique de celle qu'ils présentaient comme une chaste matrone. Tous les chants sacres de ce culte étaient rigoureusement en grec; il était défendu aux citoyens de prendre la flûte et de revêtir le costume bariolé pour suivre la procession annuelle qui circulait dans la ville, quêtant pour les besoins de l'église: — car le prêtre et la prêtresse phygiens à qui il avait bien fallu confier leur déesse, et encore moins la confrérie d'eunuques et de mutilés inséparable des déesses asiatiques, ne pouvavcuV s^ cotv-
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tenter du fromage blanc à la ciboulette, nourriture sacramentelle delà Mère Idéenne. Ces gens avaient faim. Aussi vendaient ils à qui mieux mieux des drogues, des amulettes, des reliques excellentes pour philtres d'amour et fétiches de jeu. Ils contaient aussi d'invraisemblables et vilaines histoires qui étonnaient le populaire et amusaient, dit-on, la curiosité des dames romaines.
En somme, et Ton s'en aperçut bientôt, l'arrivée à Rome de la Magna Mater de Pessinunle marque une limite entre deux époques très différentes de l'histoire religieuse des Latins. Le culte phygien de Cybèle ouvre à l'Asie les portes de Rome; et ce ne sont pas seulement de répugnantes horreurs, d'obscènes cruautés dont il va suggérer, ramener peut-être, Tusage depuis longtemps aboli, c*est une lamentable et vaine puérilité, dramatisée par l'hystérie, qu'il va insinuer, glisser et enraciner dans l'esprit latin : en résumant d'aussi près que possible une de ces fables, toutes similaires, et que le lecteur connaît déjà, Attis et Cybèle, Adonis et Aphrodite, Thammouzet Istar, ou encore Sabazios et Ma, lacchos et Dèméter, Sérapis et Isis, on voit à nu le fond, si pauvre, sur lequel.se sont édiliées certaines religions qui se croient profondes et sublimes. On y retrouve jusqu'à trois idées, dont l'une est fausse et les deux autres banales. Chaque soir le jour languit et s'éteint, chaque matin il se réveille etgrandit. (Chaque automne, l'année incline vers l'hiver stérile; à chaque printemps, elle refleurit et prépare les riches moissons. La nature semble pleurer la disparition du jour ou des beaux mois, et saluer joyeusement le renouveau de la lumière et de Tannée. Voilà l'observation, vraiment enfantine, qui a servi de thème à des divagations infinies.
Le principe lumineux, fécondant, salutaire, est un dieu qui meurt et qui ressuscite ; c'est par des larmes, des cris, des mutilations, qu'il faut celé-
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brer sa perte ; par des chants, des danses, cl de folles débauches qu'il faut célébrer sa résurrection. Les souffrances, les épreuves sanglantes, la passion du dieu mouranl. sonl les conditions même de son retour à la vie et, par siiicroît, expient, effacent les fautes et les cha^^rins des mortels. Ce dieu tour à tour pleuré et salué de transports délirants, ce dieu qui meurt et qu\ revit, qui souffre et qui expie, dieu victime et lédcnip teur, c'est Attis, qui se mutile lui-mc-me et nieuil de sa blessure entre les bras de sa mère nu ('-pnusï' affolée, la déesse de l'Ida ; c'est .\ttis ressuscilc, (ici de sa vigueur nouvelle. I£n son honneur, des fana tiques imbéciles, comparses de ce ch'aine ilhi .nue, s'inlligent des dégradations sans nom, el se < mi-io lent de leur frénésie meurtrière par les jnics Imicu ■ ses de l'ivresse mystique et les prostrations dr l'estase. Puis ce délire, d'abord sinccic, devient une obscène comédie, une simulation honteuse et hue tueuse. Les eunuques volontaires, les (î.tlhs fnwcnés. ne sont plus que des fakirs mendiants, nmn tieurs de fétiches et de reh^iues, maichaiKh. (\r litanies, d'eaux miraculeuse-) el d«; foi nuil'". r.\j»i.i toires.
Tel était en Asie, tel lut à Uome, vern la lindrlH republique et durant la période impériale, le vil métier, l'enseignement corrupteur qni reconnai^unit pour patronne et fondatrice l'au^^uste déessrr de hi terre féconde, la mère des dicu<, aïeule d'I'jiée «M du peuple romain. Les sa;^es teinpérameni-. «lur. le Sénat et quelques empereurs essayèrent d'inipuscr à ces folies ne purent tenir contre la corruption f,'énérale des mœurs, contre la curiosité dépravée de matrones oisives.
De pareilles théories, rlc» piatiques afjalo;<ucs n'étaient pas étrangère v au culi't de \Uiir\\u-..
Nous savons qu'aux déboi déments naturel . à un dieu du vin, surtout à un dieu de la Thracc barbare, Dionysos avait jr^ini très vite les subsl\V\\tA
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vicieuses des Sabazios» des Bagaios phrygiens, du Zagreus crétois et de l'Iacchps d'Eleusis. Ce triste mélange de métaphysique et de luxure s*était opéré en Grèce, dés le Vl* siècle, sous l'influence de l'Or-
f>hisme. 11 fut apporté en Italie par les colons de 'lonie et de THellade, et la Grande-Grèce en fut tout entière infectée ; il se propagea aisément chez les Etrusques, opulents et sensuels. Dès le troisième siècle, les exploits et les mystères de Bacchus ont envahi la céramique et fournissent la plupart des motifs qui décorent les vases italo-grecs.. Le monde latin ne pouvait éviter la contagion. La vieille triade nationale Gérés, Liber et Libéra, si naïve et si fruste, se prêtait à l'assimilation. Sous le couvert de ces dieux innocents et de leurs joies rustiques, l'incestueuse famille d'Eleusis, Démêler, lacchos et Corè, se glissa dans les temples et dans les fêtes dédiés aux débonnaires patrons des vendanges. Les prêtres, les poètes, les populations même accueillirent sans défiance les légendes qui enrichissaient une mythologie indigente et donnaient à leurs dieux obscurs une histoire, un éclat nouveaux.
Rien ne semblait changé dans la religion et dans le culte public. Mais voici que, tout d'un coup, le Sénat, bien que devenu fort tolérant pour les fables importées de Cumes, de Tarente ou de Corinthe, se voit forcé d'interdire absolument les Bacchanales. Un décret est lancé, le fameux Sénalus consulte des Bacchanales, et des milliers de personnes se trouvent impliquées dans un vaste procès. Que s'était-il donc passé ? Ceci : que, sous prétexte de se livrer à des ébats très équivoques en l'honneur de Bacchus et Libéra, il s'était formé des centaines de sociétés secrètes qui. d'un bout à l'autre de l'Italie, ourdissaient des complots criminels contre les personnes et contre l'Etat. Dans ces conciliabules, véritables nids d'infamies, couvaient des révoltes et des trahisons absolument ignorées.
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Un jeune homme, que son beau père voulait faire disparaître au moyen des fêtes de Bacchus. fut prévenu par une aflranchie qui l'aimait. liispasa Fecenia. 11 porta plainte au consul Sp. Postumius Albinus, et une enquête révéla d'horribles désordres : on apprit qu'à peu de distance de Rome et d'Ostie, dans le bois d'une antique déesse Stimiih^ ou Simula (Sémélér), des assemblées secrètes d'hommes et de femmes se livraient, cinq fois par mois, aux excès les plus effrénés de la fureur orgiastique. Selon Tite Live, cette religion mystérieuse, d'abord réservée aux femmes, avait été apportée d'Etrurie par un Grec, prêtre ou devin. Puis, une Campanienne aurait découvert une retraite sûre dans ces bois riverains du Tibre, (^e fut cette femme qui admit des hommes à l'initiation. Dés lors les Bacchanales nocturnes ne furent plus qu'un prétexte à débauches obscènes. ^( Tous les crimes, rapporte Tite-Live, y trouvent place. Si quelques uns se montrent rebelles à la honte et trop lents à s'y prêter, on les immole comme des victimes. Le grand principe religieux consiste à ne rien considérer comme interdit par la morale. Les hommes se mettent à prophétiser avec les mouvements violents d'une ivresse frénétique. I^es matrones, en costumes de Bacchantes, les cheveux épars, plongent dans le Tibre des torches allumées que l'eau n'éteint pas, (le soufre vif y est mêlé à la chaux). Des hommes, attachés à des machines, sont entraniès dans des cavernes, et on ne les revoit plus; ils ont été enlevés par les dieux. Les initiés sont en très grand nombre, déjà tout un peuple. Il y a là des hommes et des femmes de noble naissance. Depuis deux ans on a décide de ne plus initier personne au dessus de vingt an^. » Telles furent les révélations de rafhanchie. Mais elles mirent sur la trace dune failc de faux, de meurtres, d'empoisonnements, entin d'une l'onspiration politique diiigée par deux plébcica-^, Vvis
LITAUi AKTÏOI'B
Catiniu!§. yn Falit^quc, Opiternius, et un Campa nicn, Mirtius Ccrrinius, Les révélalions do constil ICI ri tinrent le Seoai. La répression fut aussi rude qu'elle dlait urgente» Et. ce qui est bien rare, elle fut efficace. Le Sénat mit le pied sur les Mystères, cl il les écrasa du CQup* En Apulie. sept mille hommes pddrcui \ a HoiTic un nombre presque ûgHÏ de victimes, grands prêlres et inili6s, fut jeté tn piisoû ôu supplicié* Les femmes étaient remises (( *:o^fiatis aiiY in quorum manu essent w pour être ï^upprimécs à huis clos.
Un Séfiatuâ'Coosulte fameux décida que les statuer et les autels de Bacchus seraient conservés ; mais qu*il n'y aurait plus jamais, à Rome, eten Italie, ni bacchantes, ni grands prêtres, ni maîtres de collèges bachiques, ni initiés, ni trésoriers.
Un exemplaire de ce décret a été découvert en 1640, aux environs de Tirioli, en Calabre sur une table de bronze, tel que les envoyés du Sénat Tont fait afficher dans toute l'Italie. Et ce texte, fidèlement résumé par Tite-Live, se trouve être le spécimen le plus étendu et le plus authentiquedu latin officiel au temps d'Ennius et de Plautè. Il est conservé au musée de Vienne. Quelques lignes, empruntées à la restitution de feu Egger, pourront être rapprochées de l'inscription de Duilius, sans doute rajeunie et restaurée vers le commencement du II' siècle :
Q. Marcms L. f. S. Poslumius L. f. Cos. senaium cnnsohierimt IV Octoh. apiid œdem Duelonai. S. c. avf, M. Claudi. M.f. L, Valert. P. f. Q, Miniici. C. f. De bacanalibus quel foideratei esent^ ita exdeicendiim censuere : fiei qiiis eoriim bacanal habuise velet. Set ques esent^ qiiei,- sibei deicerent necesiis ese bacanal habere^ eeis utei apiid pr. iirbamm Romain venirent.., Bacas vir ne qiiis adtese velet civis romajiiis, neve nominus latini.. . is que de senatiios sententiad , . . Neve pecuniam qnisquam eorum
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comoinem abuise velet :.,. ncve pro magistr.iUio.., qiiiqit.im fecise velef:.., sacra tu oquoltoJ^ ncrc in publîcoci, neve in privatoJ^ nevc extrad urbcm... \ nevc interibei virei pions duobus, . . ai/iiise relent . . . Atque utei hocc in tabolam ahenam inceiJerctis^ iia scnatns aiquoni censnit^ nteique eam figiei jouhcatis. iibeifacihnned gnoscier possit... al que uici ca bacanalia» . . ita utei siiprad scriptuni est in diebus X quibus vobeis tabelai datai eriint^ faciatis utci dismoia sient in agio Teurano.
En voici la traduction : « Q. Marcius, fils de Lucius, S. Postumius, fils de Lucius, Consuls, ont consulté le Sénat dans le temple de Bcllonc, aux Noues d'octobre. Ont assisté à la rédaction [Scnatns consulto arfuentnt)y M. Claudius, Lucius \'alcrius, Q. "Nlinucius. — Au sujet de ceux qui se sont associés pour les Bacchanales, le Sénat décrète : Défense à qui que ce soit d'entre eux de tenir bacchanale; s'il en est qui se croient obligés à célébrer bacchanales, qu'ils viennent à Rome en faire déclaration au prêteur urbain ; sur leur demande, leurs explications entendues, le Sénat décidera, pourvu que cent sénateurs aux moins soient présents... La présence aux bacchanales est interdite à tout homme, soit citoyen romain, soit de nom latin... Le Sénat interdit à tout homme d'être prêtre, à tout homme et à toute femme d'être chef de l'association ; défend entre eux tout engagement, par serment, par vœu, par promesse, par compromis, tout échange de parole, tout sacrifice secret, public, privé ou hors la ville, sauf autorisation du préteur urbain approuvée par cent sénateurs au moins ; et dans ce cas aucune réunion pour un sacrifice ne comprendra plus decinq personnes, deux hommes au plus, trois femmes au plus... Quiconque manquerait à ces prescriptions encourrait la peine capitale. Vous ferez graver ce décret sur une table d'airain, et vous le ferez afficher en un lieu où il puisse aisément être lu ; et toutes baccV\'AtvvAQ.s,..
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devront être, dans les dix jours, supprimées dans tout le territoire Teuranien ». (La désignation, naturellement, variait avec le lieu).
Bacchus, sans doute, ne périt pas. Marius et Antoine eurent le droit de Testimer comme conquérant et comme buveur. Il resta le frère et le synonyme de l'antique Liber. Mais jamais on ne revit ces mystères orgiaques supprimés parle Sénat. La République avait échappé cette K>is à un grand péril. Qu'importait, hélas ! cette victoire d'un jour) Assez d'autres cultes secrets offraient déjà et offriront plus tard un refuge aux déserteurs des religions nationales et aux ennemis de la civilisation antique. Déjà l'Egypte alexandrine envoie aux dieux ressuscites et rédempteurs un puissant allié, nouvel Attis, nouveau Bacchus-Zagreus, Sérapis (Osor-Apt) qui résume en lui les dieux solaires Osiris et Apis. Dès les premiers Ptolémées, fin du IV^ siècle, Sérapis, regardé comme une sorte d'Esculape, Isis, patronne des femmes ei assimilée à la vache lo, en compagnie de leur chien Anubis, passèrent en Grèce, et y furent bien reçus. Ils pénétrèrent aussi en Occident d'assez bonne heure, par Malte, la Sicile et l'Italie du sud, où l'on trouve encore aujourd'hui tant de traces de leur culte. De là, ils gagnèrent TEtrurie et se fixèrent à Florence. C'est la marche habituelle. Le Latium se trouvait investi. Rome, il est vrai, résista longtemps, mais elle n'était plus enfermée dans des murailles, et des infiltrations continues y amenaient de toutes parts les idées et les croyances étrangères. Sylla en était particulièrement curieux, lui qui reconstitua les Livres sibyllins, farcis de fables orientales, lui qui ramena d'Asie une autre Cybèle, une autre Istar, la déesse barbue de Comana, plus lard confondue avec la guerrière latine Duellona, Bellone. Ce n'est pas sans raison qu'un collège de Pastophores, prêtres de Sérapis, se vantait d'avoir officié à Rome, du temps de Sylla. Cette installa-
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lion toutefois fut précaire Toute une série de dé fenses vint frapper la religion égyptienne, en lui interdisant le Capitole et la vieille ville En l'an 58 avant Jésus-Christ, malgré la résistance du bas peuple où leur culte avait jeté de profondes racines, Sérapis, Isis, Fîarpocrate et Anubis furcni expulsés du Capitole. En 53, nouvel anctdu même genre. En 50, nouvelle exécution ; mais colle fois, aucun ouvrier ne voulant loucher l'autel, le consul est obligé de prendre la cognée. Les amoui^s de César mirent î Egypte à la mode ; il était dieu làbas, ainsi que Césarion,le fils deCléopàlre. Entin en 42, les Triumvirs eux-mêmes élevèrent un temple à Isis et à Sérapis, en plein champ de Mars, dans une partie fort peuplée de la ville, mais en dehors du Pomœrium. La lettre de la loi nélail pas violée. Auguste la respecta. Sous Tibère, en 19 de notre ère, un décret très sévère du Sénat bannit encore les superstitions juives el égyptiennes. En fait, le culte proscrit ne cessait de grandir. Sous les F'iaviens, il avait franchi l'inutile Pomxrium, les Anlonins le protégèrent, et après Caracalla, Rome se trouvait pleine de Sérapis cl d'Isis ; TEspagne, la Gaule, la Suisse, cl jusqu'à la Cicrmanie, si l'on en croit Tacite, adoraient ou connaissaient les dieux de Memphis. Mais leurs cérémonies auront leur place dans le tableau de la décadence.
Qu'est-ce, maintenant, que ce pcrsonnaf;e si séduisant pour des adorateurs de la Mère des Dieux et du Bacchus orphique > Sérapis, frère époux d'Isis, la déesse voilée, père d'Ifarpchioli, de I fnrus enfant, qui met un doigt dans sa bouche, cl dont on a fait Temblôme du silence?" Une combinaison d'Osiris, le soleil vaincu par la nuit, mutile par le dieu des ténèbres, Typhon, el réduit au rôle de roi des morts, avec Ilapi, âme d'Osiris, soleil ressu*^ cité, éternel. C'est un travail grec, assurément, et compliqué de métaphysique ; on a parlé, \va\\
Sérapis, d'origines orientales, d'une image rapportée de Sinope (sur l'Euxin), d'une légende native de Séleucie en Syrie. Tout cela n'est ni vrai ni faux. Le sens du mythe était aussi connu sur rOronte ou en Paphlagonie qu'aux rivages du Nil, ou bien encore sur la colline d'Eleusis. On pouvait à bon droit, dans les magnifiques Sérapéums de Memphis ou d'Alexandrie, honorer sur le même autel Pluton, Asklèpios, Zeus, Bacchus et le dieu du Soleil. Mais la part des éléments égyptiens, et des plus antiques, est absolument prépondérante dans le mythe de Sérapis. 11 ne renferme, en somme, rien de plus, et c'est beaucoup trop, que l'histoire du grand dieu de la moyenne Egypte, Osiris, dieu de Téni et d'Abydos, tandis qu'Amoun et Chnoufis régnaient de Thébes aux Cataractes, Rà d'IIéliopolis à Suez, et, dans le Delta Neith et Pacht sur la côte, Phta dans la région de Memphis. Isis, Hes en égyptien, c'est la déesse associée à ce principe masculin, lumineux, qui, tous les soirs, tous les ans, quand le jour baisse, quand les feuilles tombent, meurt sous les coups du vent brûlant des déserts, sous l'haleine du dragon ténébreux. Isis, c'est la Démôter, la Cybèle, etc., qui doit à Osiris toute sa fécondité, et qui, désespérée, cherchant partout la virilité perdue d'Osiris, suit son époux jusque dans l'Amenti, dans les enfers, puis remonte victorieuse pour donner le jour à Ilor, autre Osiris, chargé de venger son père et de ga gncr chaque jour, chaque année, la revanche inévitable d'une défaite également fatale : car l'éternel combat ne cesse pas même une heure de mettre aux prises la puissance ignée et fécondante, le démon funeste de la nuit et de l'aridité. \'ous voyez dans quel cercle étroit tourne la pensée religieuse, surtout chez les races à demi perfectibles de l'Orient, races dont la suture cérébrale s'était fermée, rivée, soudée, il y a plus de deux mille ans. Ces races n'ont jamais pu dépasser la conception qui a été le
ff^^gm
suprême efforl de leur philosophie : un dieu, mort» ressuscité et rédempteur. .Mises en contact, par Ténorme folie d'Alexandre, avec le monde grec fatigué, puis avec le monde romain, malade et incohérent sous une apparence d'uniié, ces races bornées et pourries ont infuse dans l'âme occidentale leur courte sagesse et leurs espoirs décevants. C*est pourquoi Sérapis, mystérieux et grave, Isis voilée, reine des enfers et des mers, image de la nature féconde, alternant des charnelles amours aux extases de la douleur, et le bon Ilapi, le bœuf du Nil, bien étonné s'il eût pu savoir qu'Osiris résidait en lui, et le brillant épervier, le soleil des vivants, Horus, flarmachis, F larpocrate, et le vieux chacal Anubis, chien des morts, nourri de rituels funéraires et de formules saintes, qui, les oreilles dressées, la queue entre 'les jambes, escorte et garde la divine triade, voilà pourquoi ces êtres, déjà familiers, sous d'autres noms, aux superstitieux et aux désœuvrés de Rome, obtinrent dans le monde gréco-latin une hospitalité si universelle et si durable.
Moins funeste cent fois que ces dieux à prétention, était un autre visiteur de même origine solaire, ramené d'Asie Mineure par les légions de Lucullus et de Sylla : le patron de Lampsaque, dieu générateur et guerrier, Priape, que le scepticisme et la lubricité romaine ont ravalé aux simples fonctions de terme et d'épouvantail peu décent. Horace l'a rencontré dans un jardin des ICsquilies, qui remplaçait un ancien cimetière et qui, malgré l'aspect riant des allées et des parterres fleuris, attirait encore les vagabonds et les sorcières. Tronc de figuier qu'un rustique sculpteur a fait dieu (maliiit esse cieiim)^ le suppléant débonnaire de Terminus, Sylvanus, Ilerculus, etc., a perdu tout souvenir de sa grandeur antique. Il n'est v^v\s c^ doublet, évident, de Priam, cet êmu\e dcSv\\^^v^V^s. d'Atthis, de Dionysos ; le vieux paVvon àcVi\ Wv^vC^^
et de la Troade s'amuse désormais à écarter les oiseaux pillards, à terrifier les magiciennes en faisant éclater comme une outre d'Eole son derrière de bois. 11 ne sait pas que Crepitus a tonné jadis. Et le poète qui transcrit ses confidences facétieuses ne s'en soucie pas plus que lui-même. Saluons en passant ce lancier honoraire, dieu rare que le ridicule a fait inoffensif.
Nous venons de traverser une époque de transition où la mythologie latine, perdant sa puissance assimilatrice, cesse d'imprimer sa marque sur les dieux et les mythes empruntés à la Grèce et à TOrient. Cette empreinte latine, on la distingue encore en des personnages mixtes, tels que Castor et Pollux, Mercure, Cupidon, Esculape; elle s'affaiblit et s'effacede plus en plus sur les divinités décidément étrangères, la Mater de l'Ida, le Bacchus orphique, enfin Sérapis. La masse populaire demeure sans doute attachée à ses vieilles cérémonies, à ses croyances, pour ainsi dire originelles. iMais elle n'en est pas moins pénétrée d'un virus délétère qui la livrera, énervée, anémiée, à la fureur des Barbares.
Auguste essaiera, bien vainement, de restaurer les vieux usages ; il réussira mieux, en apparence du moins, à fonder, sur l'apothéose que l'adulation lui décernait, rattachée ingénieusement au culte si tenace des pénates, une sorte de religion civile, seul lien moral de l'immense agrégat romain. Mais l'empire succombera fatalement au mal contracté en 204 av. J.-Ch., tant cette peste revêtira de nuances et de formes, tant elle débilitera les hâves héritiers de Numa et de Cincinnatus.