CHAPITRE TREIZIKMF LES REFORMES D* AUGUSTE
Hpuisement de l'univers sou< le poids de la puissance iom,ii«ie. — Abaissement du niveau moral dans la populaiioii vlo Rome : en fait, il n'y a plus qu'un ramassis d'atVr.nu his ci d'étrangers, qui ont, par la force dos choses, pris la place du peuple romain. — Invité au pouvoir absolu par la servitude universelle, .\ugusie — et c'est là ce qui l'olcvo audessus de l'exploiteur vulijaire — cnireproiul d'a>suior la durée et la dig^nité de l'empire. — Maljîié le conctnirs d'Horace, de Virgile, de Tiie-l-ive. il ccluuto et devait échouer dans le relèvement des mœurs publiques ci privées.— Impuissance des Lois Juliennes ctmiro le célibat el l'adultère. — Succès apparent des réformes reliuieuses. Auguste restaure les temples cl les cérémcMiies, mais non les croyances. — 1/tvhémcrismc d'Knnius, l'ironie de I ucicce, le scepticisme de Ciccron, le symbolisme ^t<>ù•ien, ont lue les dieux. — Une seule religion est restée \ivaee, celle ilev Pénates des Lares, des (îénies. Auk^'?*i<^' « t'n ciupnie. Sur le culte des Cîénies de Kome et des Clèsai s divinisés, il loiule la religion impéiicilc, laïcpic cl uniNcrselle. I 'adwIaiiiM) publique accepte avec enthousiasme l'apoiluMise des oinpe reurs. — La hiérarchie des S(tiitli's jui^ustiiux n'étetul comme un tilet sur toutes les villes el les |ir«»viiu("; «lu monde civilisé et préparc les cadres de la hiéinrchie ehirlienne. — Pour iiucUpus ^iéclcs eiK'oie, «lie rMumiluli' lunité factice de l'empire.
Lorsque, trente ans av.int noire Orc, le imnnvii Octave, neveu et fils acloplif de juIeH <'.ùn^l|•, «if trouva le maître inconteHié de loip» Ici pny«* <\\\\ bordent la Méditerranée, lein<m(\c ^M\\^\\^^ \\\\ v^m\ mandemc/7f de Home Ici cnt \r, v(:\ \\a\»\»- ^.*' w^ »\v.^\
mois — Imperium romanum — n'était qu'un vaste et incohérent agrégat de nations mortes ou de peuples brisés dans leur force avant d'avoir vécu. L'Orient hellénisé avait subi tour à tour, depuis six siècles, les satrapes de la Perse, les successeurs d'Alexandre, les généraux et les gouverneurs romains : sans doute, les côtes et les riches vallées ne manquaient ni de villes, ni d'hommes industrieux, même instruits et intelligents ; mais le ressort moral, le sentiment de la dignité — collective ou individuelle, — étaient oblitérés pour jamais. L'Occident, gaulois, espagnol, n'était pas aussi avachi, aussi usé; mais les peuples n'avaient pas eu le temps de prendre conscience d'eux-mêmes ; ils demeuraient comme ahuris devant une civilisation qu'ils allaient très promptement s'assimiler, mais dont ils n'avaient aucune idée cent ans auparavant. Ces deux moitiés, si différentes, du futur empire, n'étaient pas hostiles à leur vainqueur ; l'une par lassitude, l'autre par une sorte d'admiration, reconnaissaient volontiers le bienfait relatif d'une administration à peu prés régulière, qui laissait à chaque bourgade, même à chaque ville importante, un certain nombre de hochets et de menus plaisirs inoffensifs, les religions, les soleniiitôs, les institutions et magistratures locales. De là, un cniiettement de petits et moyens centres cproïstes, garantie de sécurité pour le pouvoir central, mais dont l'Empire ne pouvait tirer aucune force, aucune énergie active. Cirave danger pour l'avenir, et qui devait livrer, d'abord au caprice des légions, plus tard aux incursions des barbares, ce régime d'inertie ou de désarroi, vainement dissimulé sous le titre de paix rojiuiine. L'heure du péril était proche, mais elle n'était pas venue. Rome faisait équilibre à l'univers ; des milliers de lils y rattachaient les innombrables parcelles de ce chaos, royaumes, proxinces, alliés, sujets, cités, municipes et colonies : autant de satellites, nota-
ÎLES SMFOW'JCZS' l'^r-UTî^rî u.i.
bles et in;:nii35C3a:is, «grïTriiir:. iiif un j:-i.-c précaire aîii-jïir d'cm a-^rr-Ar: p risi:zit:i.i- i 1« ::".5 réel et iîLusoîre. — i^imii i-issarre -i; je-rlt romain.
La îûote paissas^e txi^i^i : e-c ?« ftri s^n::: quelques siécSes cr.jore. Mais :I r/j a. a:: ?"u> ^e peuple romain. Cétaiî un e^îcz:, 1 zzirre i ur: n:n^. nominis umbra. comme a ci: ]e r-c-êie : ■"e>: 5>>-5 l'ombre de ce com ^^ue se ztzZiZSiiii r^n:\e:<. Le> conquêtes et les guerres civiles avaient eruisé ia race. Une cohue d'étrangers, c'attrar.chis, de mendiants oisifs, remplissaient l'immense \ ille. A la deperdition physique, était venue s'ajouter la déchéance morale. Au-dessus de la foule serviîe. une aristocratie décimée faisait encore tiguro. Tn grave Sénat, un ordre équestre dont les vides avaient été comblés par les enrichis et les tinanciers, se partageaient les honneurs et les fondions publiques. Les capacités n'y manquaient pas, mais bien la décision, l'initiative, le ressort. Minuti c.i/>i tisi Cette expression forte, appliquée par le droit aux condamnés frappés de mon civile, caractérise parfaitement toutes ces épaves des proscriptions et des factions. Ces chefs officiels de la ROpubliouc étaient et se sentaient (( diminués de la tête ». La plupart ne demandaient qu'à abdiquer entre le» mains d'un maître, à se réfugier dans l'irrcspoiisa bililé.
Telles sont les circonstances cl le* iaiM»ns qui . engagèrent, ou mieux, qui forcèrent le vainqueur de Philippes et d*Acliuin î^ suivie lc«» conseils de sa propre ambition, à conccnMo dnii»; ses mains tous les pouvoirs, tontes Ich fondions du gouvernement. Avec une prudence pic^jur innlilr, avec une lenteur hypocrite, et loulc une roni/^rjic dr reculs étudiés, de détachement a|)|»ai('nt, (\r ln«;«;itudes feintes, il s'approche pas ;*i pim dr. rrV ^Nwywv absolu qui lui était offert d'avance c\t\\M\ - «»\\\\\\ 'î»*' faire imposer. I^our dix ;iri<i d'uboiA, \i\u'5. >\ 'j\^' . ^^
accepta le fardeau, prenant soin de se munir, chemin faisant, de tous les litres, de toutes les armu-
res qui rassuraient contre le retour du sort; la direction souveraine des mœurs (censure dàgui-
sée), qui l'autorisait à composer|â son gré le sénat B et l'ordre équestre ; la puissance tribunitienoe, qui le rendait inviolable ; enfin, le suprême pontifacat, qui lui soumcitait les cultes et les dieux Le contraste qu'on remarquait entre la modération de ses actes^ entre la simplicité de sa vie ei l'énor mité de sa puissance, changeait en gratitude, sou* vent sincère, l'adulation elïrénée de l'univers pacifié. Appuyé sur le génie militaire et administratif d'Aj^rippa, surThabiklé modeste de jMécéne, qui assurait le concours des gens d'esprit. Octave — auquel le scepticisme et le bon sens tenaient lieu de grandeur — Octave parut s'élever à la hauteur du rôle que lui marquait la destinée» Plus subtil que fort, plus froid qu'imposant, il poursuivit sans défaillance, pendant plus de cinquante années, — car dix ans avant la chute d'Antoine, il régnait déjà sur rOccident, — la tâche vraiment glorieuse qu'il s'était assignée^ la double tâche, doit-on dire : Tapothéose de la famille Julienne et la reconstitution du peuple romain. Son œuvre fut incomplète et elle ne fui pas durable. Elle se heurtait à des impossibilités radicales : le sang des Jules était épuisé, tout autant que l'énergie romaine. Octave était un neveu et n*avait qu'une fîlle. la trop fameuse Julie, De plus, le pouvoir absolu d'un seul est inconciliable avec la régénération d'un peuple; puisqu'il supprime d'avance, puisqu*il rend inutile et dange* reux l'exercice des vertus qu*il prétend ranimer. Mais l'histoire ne peut refuser unt- certaine admiralion à la pensée et à Tindomptable persévérance d*Octave, d'Auguste. — C'est le nom qu'il se fil décerner, qu*il se choisit lui-même; lorsque, dépouillant le triumvir, il revêtit la majesté divine, €1 se présenta au monde com ne le fondateur d'un
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ordre nouveau, comme le médiateur entre l'avenir et le passé.
Nous avons vu comment cette ère de paix et de prospérité, habilement annoncée par les Livres Sybillins, avait inspiré à Virgile les belles hyperboles de sa quatrième églogue. Accomplissement du vœu universel, l'entreprise d'Auguste méritait l'enthousiasme qui l'accueillit. Sans nous attacher à la chronologie — que l'on trouvera dans toutes les Histoires romaines, ( i ) — nous envisagerons séparément les deux faces de l'œuvre d'Auguste : restauration du passé ; préparation de l'avenir ; nous verrons que Tune est la contre-partie de l'autre et qu'un lien secret les unit, à savoir l'intérêt d'Auguste et de la famille julienne.
Les alternatives de triomphes et d*orgies sanguinaires, l'afflux des richesses pillées dans toutes les villes conquises, enfin la substitution d'une foule cosmopolite et d'affranchis gâtés et viciés par l'atavisme servile à Tancienne plèbe énergique et vaillante qui avait, un à un, arraché aux patriciens tous leurs privilèges, tous leurs monopoles, toutes ces causes avaient dépravé tristement la population romaine. S'il y restait quelques éléments sains, ils ne tardaient pas à se disperser, soit dans les campagnes où les vétérans obtenaient quelque lot de terre, soit dans les colonies que Rome avait soin d'établir en toute région. Les mœurs publiques avaient péri, depuis que les brigues et les cabales, et les massacres, tenaient lieu de comices et d'élections, régulières ou à peu près. Quant aux mœurs privées, comment auraient-elles résisté A l'incertitude du lendemain, aux dissensions qui avaient rompu le lien familial, à l'invasion des baladins et des courtisanes > Le luxe épuisait les patrimoines. On ne se mariait plus ; ou bien on se hâtait d'échapper par le divorce à un ruineux cscla-
(i) Voir notre volume : L'Histoiti-.
Ho: ,iv-c 0.0 > vV: c; \ ^r. tVîVâr.; >;-oe.c;:<^ pê« sa v<m\ : a l.'ôôu'u^.e ;*.c sou-r-e r.i;< r.C5 îVi&-.50i'i5. Les ni*>:;::> c; 'c$ "0:$ on; ;: iv ;v.p>.^ c^: v^ce -r/.pv.: . i^:*; fc>.v.tc >.< r.\^^^os crAvoir v:<?s î;.s^-oî ressc^^M'Cr.; à
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1 ,î ïv,;^ :s *. '. ". i;s; v^ :;5 p'. u s \ a : rv<:5 r e !\; ; v r. x y'. U5 c . iic '. îemcrî oc<o.c$. je rc v'Cî*^^^ r^^ eu Mo^ace 'es aiî iamais rarîAii^s. mais Avt^iusîc a ;'U y c.Oîre : îoo.; ne pîi,^;: ï, pas SvHis îui : Sa xoU^r.te n e;AÙ eViC pas la îè^rle ci; u\v^rtvre " Kh ' bic.-.. «v^rt seiï-enier.î la ser\;!iîe univcrscl-c fuÇ v«^pv.issar.;e è W.\ .^Î^O;:. mais ces: c.aos sa pu^ï^îx? famT^-e x;v.e s . 'sîa.'Orer.î les vices pîoscrUs pauses lo> l. ac.vi.;<.^ro. v;vï'Hcrace viisa;; iMv.ni vie l\v^;ne. tlo.i'isau v'.rtrs e pAA,'» împor;aî» Ixs vieux Julîe^. 5;\ ùlle ei sa peîïîo vr.".e. pr^sidatcm A la ^laade c^r^ie. Le iOK>ima;eur uompo les fuippa l une ap^x^s Tauire avec une rajic inipiiv^NaHe ; il punit viu bannisscmer^l v^u vie la moii leurs complices cl leurs cvMuplaisanis. Mêlas 1 il eut be^ui cviier che? les VîvMes Telegani et incons valable i^xivlc. iVoiaii KvMue. c\.' lait la s>vkMO i^n»; cnliOre quM evM fallu v^ép^Mier lVt\!0«c ;e p»"0ic conviamné» l'incurable midaviie Cv^;uinuait se»- ravages. »« Le nuMulc viue nous viOciixent ^» ti^ioiemeni les .W'iotif.'c cl IM».' .r^nX-v* »» n csi vloi;^ plus celui dont Horace a IracO le tableau trop rn^belli. Il a descendu la pente» où nul f»vin n'a pu Tarr^ler. Auguste Ta laisse piie v^u'il ne lavait rcsu.
Les inteurs ne vv>nt pas sans les insuiuiivMis : celles-ci» \\ les avait fauss<Jes vui oludCcs ; oonunont pouvait-il relevercellcs li\ : POs que le devoir cesse d'être corrOlalifau droit, le plaisir cl le bas <?^vMsn>e ont libre carrière. A vjuoi bon la lermetO, la jusiicc» r(ilOv]uence» la dignilO, quand un maître jaloux assume tous les pouvoirs r
L'échec fondamental cl complet d'Aun:usle. en ce qui touche les mœurs, les venus publiques cl privées, ne peut ûtrc pallié par le succès relatif de ses
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rtiformes religieuses. Il ne s'agissait ici que d'appa rences et de cérémonies, toutes choses qui amusent la foule, occupent les désœuvrés et s'obtiennent avec un peu d'argent. L'erreur d'Auguste fut de croire, avec Polybe, que des liturgies sans doctrine, des rites symboliques dont le sens était oublié, pussent concourir à la réforme des mœurs. .Mais, ce point écarté, il eut raison de compter, non sur la croyance, mais sur la crédulité populaire. Et nous verrons que parmi tant de pratiques indifférentes, il mil la main sur la plus ancienne, peutêtre, et la plus solide des dévotions latines, qui servit de base à une sorte de religion universelle.
Plus d'une fois, dans nos digressions, sur la pisle dune légende ou d'un dieu, nous avons été entraînes jusqu'au.x derniers temps de la Répu- Miqiie. plus loin même parfois*, et l'on a pu se Tiuc une idée sufiisaniment exacte de Tétat religieux. l'U irrcli^neux, de Rome et de ritalie après les ;;uLM-res ^.'cialcs et les «guerres civiles. Les divi- ::ile<. pcuv ainsi dire indigènes, après avoir empiuntèaiix dieux ^recs des mythes et des aventures que l'ima^Mnation laline n'avait pas su conserver t)U inventer, avaient, sous l'influence de l'art, perdu leur physionomie propre, et quelquefois même leur nom. (>e mélange, en somme, ne rapprochait, ne confmdait que des éléments indo-européens. Mais l'antagonisme des Latins et des Grecs ayant conduit les premiers à se chercher et à se donner des ancêtres troyens, les insanités mystiques de l'Asie mineure pénétrèrent dans Rome à la suite d'l']née et d'autant plus aisément que les conquêtes d'Alexandre avaient déjà livré aux dieux de l'Orient tout le monde hellénique. La nouveauté des rites, la cruauté sensuelle, l'extase hystérique des mystères expliquent assez le rapide succès de la Mère idéenne, de Hacchus-Sabazios, de Sérapis auprès des femmes ennuyées et avides d'émotion. Le succès n'était guère moindre parmi les masses
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populaires de Rome. Les gens de la campagne, partout où les pieds des armées n'avaient pas stérilisé la terre, demeuraient dévots à leurs vieilles divinités des bois, des prés, des moissons et des vendanges. Mais à Rome, où les patriciens se réservaient avec tant d'àpreté les fonctions sacerdotales et les formules officielles du culte, la plèbe, réduite à l'adoration des menus dieux domestiques, se souciait fort peu de la religion de TEiat ; elle était donc toute disposée à accueillir les dévotions étrangères suspectes à ses hautains adversaires. 11 est vrai que, dès le temps de la seconde guerre punique, les plébéiens forcèrent l'accès des sacerdoces ; mais cette victoire, si longtemps disputée, ne ranima pas chez le peuple une foi que l'aristocratie elle-même ne possédait plus.
Les grandes familles gardaient bien les usages du passé, quand ils étaient oubliés ailleurs. ICllcs leur avaient dû, en partie, leur longue suprématie. Mais quoi ! Nul, mieux que les Flamines, les l^ontifes et autres nobles corporations, ne connaissait à fond la puérilité des momeries auginalcs ou divinatoires ; plus d'un goûtait, je pense, dans VAsi naria de Plante, cette agréable parodie d'une formule consacrée : « Les augures sont favorables, dit un esclave avant de faire un mauvais coup. Le pic et la corneille volent à gauche, le corbeau vole à droite; les dieux approuvent mon dessein ! » Caton l'Ancien s'étonnait que deux augures pussent se regarder sans rire. .Même à une épocpic où rien ne paraissait changé dans l'intérieur, dans le céré monial du culte, les gens instruits, les nnliires quelque peu dégrossies, regaidaient les cVwaw ave** une parfaite indifférence. \)t]h l'annexion de la Grande-Grèce, après Pyrrhus, avait frayé l.i voie à la littérature grecque; épopées, odes, \\\^'AUi% philosophies, tout, pèle in/:lc, s'était pn':ripité, comme un large fleuve d'idé<;H et de connais-. ;ni' c^, a dit Cicéron, au milieu d'une société jui'iue-l-i
LtTALl» A^TIQtJE
tournée vers l*acliori, veis la guerre et les travaux des champs» En dépit de quelques résistances maussades, le goût des choses de l'esprit se propagea dans la jeunesse, grâce à des précepteurs, à des grammairiens grecs. Un grand poète. Ennius, se chargea d'initier le cercle des gens distingués, dont il prétendait faire des Grecs accomplis, aux subtils et hardis commentaires des philosophes sur la nature et Torigine des dieux 11 iraduisit pour eux r Histoire sacrée d'Evhémôre, où les dieux sont présentés comme des hommes divinisés ; et encore un poème d Epicharme, qui en faisait de simples allégories ; de sorte que les incrédules pouvaient à leur gré voir dans Jupiter — ce qu'il est en réalité, — Téther lumineux, ou un ancien roi de Crète» élevé au ciel après sa mon. Ennius était un libre penseur : n Je crois, disait-il, qu*il y a des dieux, mais j'affirme qu'ils ne s'occupent pas du genre humain. S'ils en avaient souci, les bons seraient heureux, les méchants malheureux. Or c'est le contraire qui arrive », C'est h: propre langage d'PJpicure et de Lucrèce. Cicéron qui rapporte ce fragment, ajoute que de telles maximes, desttuctrices de toute religion, étaient accueillies au théâtre par des applaudissemeius unanimes.
V^eis la même époque, cinq ans après la répression des Bacchanales, un faussaire inconnu, peutêtre un fabricant d'oracles Sibyllins, semble avoir essayé d'accommoder la religion romaine soit au scepticisme d'Evhémère, soit au mysticisme oricûtah Tite-Live raconte qu'un scribe découvrrit daos son champ deux grands coffres de pierre, scellés de plomb, qui portaient des inscriptions grecques et latines. L'un, qui fut trouvé vide, était le tombeau de Numa Pompilius. fils de Pompo. L'autre renfermait» en deux paquets, quatorze volumes trop neufs, où de prétendues institutions de Numa étaient accompagnées d'un commentaire philosophique écrit en grec. Un préteur avertit le Sénat
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que ces livres contenaient ces principes coturaires à la religion nationale ; ils furent btùlès publique ment sur le Forum, et la fraude neut pas de suites. L'ouvrage, cependant avait etc lu ; et il ne fut pas étranger, sans doute, à la tradition qui tit de Numa un disciple de Pyihagore, né cent ans apu^s la mort du vieux roi sabin.
Le siècle qui suivit la seconde guerre punique fut consacré tout entier à la conquête du monde» surtout de la Grèce et de l'Asie, la moitié du suivant aux discordes civiles, à la guerre sociale, à la fusion de la plèbe avec le patriciat, du peuple romain et des populations italiques. Aucune période ne pouvait être moins favorable au relèvement de la religion nationale. Sylla, en sa qualité de palri cien renforcé, manifesta quelques velléités religieuses. César lui-même, le plus incrédule des grands pontifes, en l'honneur de son aïeule \énus. et dans l'intérêt de sa propre divinité, songea, pa raît-il, à s'appuyer sur les dieux antiques. Il laissa du moins Antoine organiser une confrérie de l.uperques Juliens, qui devaient, au nom de l''aiiniis et de Mars, offrir au dictateur la couronne ri>\alc. Cette invention pieuse eut, comme on sait, im foii mauvais succès; mal vue au ciel et sur la tcric, elle aboutit au complot de Hrutus. Que pouvait on attendre de dieux qui n'avaient pas su pioiéf^ci César? Mais l'audacieux Lucrèce n'avait pas lusoin de cet argument pour nier, après blpii'uic ri Ennius, l'intervention des dieux dans It-s iho^rs humaines. Au nom de rexpéricnct-, icllr qu'elle pouvait être alors, --- au nom d'inie liismo^nnir approximative, mais tout au moins i.itinnnrllr. il reléguait ces antiques fantômes dans une Ixtih tude honoraire :
Quant aux dieux, horn rlu iiiomlf n il»--, . ||f^^.f■■» Iiimiihiii' -, I.a loi de leur natnir \sn\r Irmt iIoih.hmi :-. hans la supicmc paix 'U- I itiiiiMxhiiiii''. Toui péiil csi al)-cnt de k:«ii (« h' m-
|^0 l/lTALIE ANTIQUE
Saiislaits de leurs biens, ils n'en cherchent pas d'autres;
Kt, libres de tous maux, ils ignorent les nôtres.
Ni vice, ni vertu, ni pitié, ni courroux
N'ont de prise sur eux : ils sont trop loin de nous.
Cet ironique hommage a dû faire sourire plus d'un de ses contemporains; et Cicéron, bien qu'il ait flotté volontiers d'Arcésilas à Platon, aurait pu l'inscrire en épigraphe de ses agréables traités sur Li Nature des dieux et la Divination. Horace, N'irgile même, avaient été fortement imbus de la doctrine lucrétienne, et nul doute que Tibulle, que Mécène, qu'Auguste, avecdesnuancesindividuelles, n'en fussent également pénétrés. Ce dernier, comme César, se rapprocha des dieux, parce qu'une certaine intimité convenait à ses desseins. Entre collègues, la politesse est de rigueur. Horace, pour lui plaire, le suivit dans la religion comme dans la morale, et, de converti, passa prédicateur officiel.
Celui qui, parcus deoriim cultor et infreqiiens^ disait librement à Jupiter : (( Assez de neige ! Assez d'éclairs ! )) celui qui plaisantait les Mânes, /li/^z//^ Mancs. et la barque fatale, se mit à vanter la justice des dieux, l'impartialité de la Fortune d'Antium, la majesté de junon. L'amant de Lalagé, etc.. chanta la pudique Diane, et la pure Minerve, et l'agile xMercure. Avec plus de gravité que d'enthousiasme, il composa l'hymne séculaire, Carmen, en l'honneur d'Apollon. Nous savons, de reste, que cette dévotion de commande, si parfois elle gêna son talent, n'a guère embarrassé sa conscience. Dcsipere in loco resta sa devise ; il savait s'égayer à SCS heures; et jusque dans ses Epitres, œuvre charmante de son âge mûr. il signe : Epiciiri de ^^'re^i^c pnjciis^ (( un porc du troupeau d'Kpicure )>. (>cs disparates ne choquaient personne.
\'irgilc. âme tendre, et génie d'une plus large envergure, entra plus avant dans les projets d'Auguste. Encore dans les C}coroicjiieS, il avait mis <( sous ses pieds le vain bruit de ra\are Achéron » :