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mais dans V Enéide^ soit reconnaissance, soit admiration sincère de la grandeur romaine, soit penchant naturel aux mystiques rêveries, il revêtit d'une majesté idéale la pensée habile, ingénieuse qu'on lui avait suggérée : la religion nationale aboutissant à l'apothéose des Jules ^ Enée saluant aux champs élyséens le plus illustre de ses descendants ; la fortune d'Octave rattachée aux ori gines de Rome, la République préface de l'Empire. Ainsi, le christianisme saura se vieillir de tout le passé biblique, s'inféoder le dieu farouche et solitaire, se porter légitime héritier du culte qu'il venait détruire.
C'était là pour Auguste ce qu'on nomme la pensée de derrière la tête ; et c'est pour la masquer décemment qu'il consacre des millions à l'embellissement et à la construction des temples, qu'il augmente le personnel sacerdotal et rétablit une foule de pratiques, de cérémonies oubliées. 11 se rappelait que Varron, le théologien érudit, attribuait la décadence de la religion à l'ignorance et à l'abandon des anciens rites. Et il se faisait dire par Horace: Delict.i majonim... ((Nous expierons les crimes de nos pères, jusqu'à ce que tu aies relevé les temples et les demeures ruinées des dieux ».
Les sanctuaires les plus célèbres étaient noirs d'incendies. Jupiter Férétrien n'avait plus de toit ; Juno Sospita n'aurait su où poser le pied sur les daJles souillées de sa demeure; l'araignée tissait un voile à Minerve. Auguste mit (in à cette déso lation. (( Pendant mon sixième consulat, dit il dans l'inscription d'Aacyre, j'ai refait à Rome, p:ir ordre du Sénat, quatre-vingt-deux temples, n'en négligeant aucun de ceux qui avaient alors besoin de réparations ». Il acheva le grand temple de X'cnus f^euelrix, voué et construit par César en souvenir de Pharsale; il éleva un petit et un grand temple à M.irs LUtnr^ avec portiques, inscriptions, statues de grands hommes en costume triomphal. Enlin
Apollon-Palatin, celui même qui, à Actium, « avait tendu son arc et dardé ses traits inévitables », fut somptueusement logé, entre deux portiques-bibliothèques, porte à porte avec son impérial protégé, pu protecteur. Enfin, disait Ovide, (c ce n*est pas assez d*étre utile aux hommes, il oblige même les dieux. Sous lui, les édifices sacrés ne connaissent plus la vieillesse. O saint fondateur de temples, puissent les dieux te rendre tout ce que tu fais pour eux! »
Les vieilles cérémonies de VAugurium saiutis^ où les Augures priaient pour TEtat, ne se célébraient plus depuis la guerre de Mithridate ; on n'avait plus nommé de Flamine de Jupiter depuis Sylla ; on omettait le plus souvent de désigner un " roi des sacrifices ». Auguste y pourvut. Le Sénat se réunissait dans les temples, sans autrement songer au dieu. Auguste ordonna qu'en entrant, chaque sénateur déposât sur l'autel une offrande de vin et d'encens. Lui-même ne négligeait aucune formalité de ce genre: il alla jusqu'à reproduire dans le temple de Hellone la mimique et les formules des l^'êciaux jadis envoyés à la frontière voisine pour d(iclarer la guerre aux petits cantons rivaux de Rome naissante. Tous les collèges sacerdotaux reprennent avec lui leur importance, Luperques, Saliens, N'estales, Arvales ; et non pour un jour, pour trois et quatre siècles. Il accroît le nombre des prêtres, il ajoute un jour aux Saturnales, encourage toutes les fêtes et réjouissances pieuses dans la ville et hors des murs, et surtout les jeux des carrefours, compitalia, en l'honneur des Lares et des Génies. Sans se montrer hostile aux cultes étrangers, puisque chaque divinité, avec sa ville ou sa nation, faisait partie désormais de l'empire, Auguste les éloigna volontiers de Rome, et réserva toute sa sollicitude aux dieux de la patrie.
Impuissant contre les mœurs, on peut dire qu'il remporta, dans le domaine religieux, un succès vé-
ritable. Non pas quil ait atténué en rien le scepti cisme et rincrêduiité des ^er.s -eitres. ".^n pàs qu'il ail enrayé ie mouvemen: cui empv.^r:aîi la foule vers les mystères de Cybë.e e: dlsis : nuiis il a certainement restaure les noms ôes v:cîiios divinités et perpétué, en ies rajeunissant quolovîo peu, les formes de l'antique liturgie iaiinc. La réussite ici lui était d'autant plus aisée que le liire de pontife et celui de grand pontife — qui lui échut après la mort de Lépide — lui donnaieni légalement tout pouvoir sur les choses saintes, cl aussi que toutes ces parades, ces éditices rétablis dans leur splendeur, réveillaient dans les âmes dc> souvenirs glorieux. Un retour sincère aux cr^n anccs frustes et naïves du vieux Latium aurait d ailleurs moins bien répondu au plan dWugusle, que ces manifestations demi-oftîcielles, demi populaires. On ne restaurait le passé que dans la mesure com patible avec la transfiguration du maitie, dans le présent et dans l'avenir. On entendait que la religion reconnaissante rendit plus de services qu'elle n'en avait reçu. Et comment eût elle été ingrate, puisque nul ne pouvait résister à la volonté d'Au guster Car, pour le dire en passant, toutes ces coquetteries, toutes ces avances étaient comédie pure et superflue. L'adulation universelle eul suppléé à tous ces ménagements. Mais le eau teleux empereur jugeait prudent — il n'avait pas tort peut-être — d'occuper ses conlenipoiains. d'amuser les loisirs où le monde tombait tout d'un coup au sortir des tempêtes civile^. 11 .c lit donc ou se laissa revêtir peu à î)eu de i ou les ic' dignités sacerdotales. Tout jeune, nonuné poniKc, par le peuple à la place d'un Domilius moi i ;i IMiai sale, il fut ensuite associé aux collèges des Au^u res, des Quindécemvirs Sibyllins, rlc;'> Scpicnivii'i Epulons, des Kéciaux, des Tilien», de-. Aivab:-.. Il voulut bien attendre jusqu'à lan 12 avani noir'-, <';ic le grand pontificat, où l'an'jicn tiiuinvii L'';pi'l': •.';
retranchait comme dans un asile inviolable. Mais on savait que Jules César avait eu la ferme intention de léguer ce titre à son fils adoptif, et cela suffisait. C'était une dignité nominale et inoffensive sous un régime entièrement laïque, où la religion se trouvait subordonnée au pouvoir civil. Mais quand, des mains d'une oligarchie variable et élective, toutes les magistratures, toutes les fonctions tombèrent aux mains d'un seul, cette sinécure devint un complément redoutable de la toute puissance. Elle ajoutait à l'inviolabilité tribunitienne une sainteté à laquelle nul ne pouvait porter atteinte sans sacrilège. Aucune attribution ne fut plus chère aux empereurs et plus funeste à l'humanité ; c'est elle en effet qui, usurpée par les papes et revendiquée par les rois, devait courber si longtemps les peuples sous le double joug de l'infaillibilité théocratique et du droit divin. 11 est fâcheux qu'Auguste l'ait transmise à ses successeurs. Pour lui qui, — c'est une justice à lui rendre, — n'en lit pas mauvais usage, il n'en avait nul besoin. La légende julienne l'égalait aux dieux, et son titre de paicr pairiœ, père de la patrie, transformait ses ennemis en parricides. Divisum impcrium cinii Jovc C.vs.ir Jiahct, disait déjà Mrgile : a César partage l'empire avec Jupiter ».
Virtuellement, comme fils du divin Jules — dî'rus Juliiis — , Octave était dieu. 11 le fut en personne loi'squc, rejetant le nom obscur et sanglant d'Octavius ou Octavianus, il se fit décerner par le Sénat, 17 av. J. Ch., le titre sacré d'/h/^^z/s/z/N, qu'on ne donnait qu'à la divinité, accrue pour ainsi dire (aiiocrc), exaltée, enrichie parles hommages et les dons des mortels. Il eut son mois à côté de César. Qiiiiililis était Jiilius ; Sextilis devint Au<^uslus, Août, il eut ses cvangclistes et ses hagiographes : il laissait raconter que, tout enfant, on l'avait trouve un matin au sommet d'une tour, regardant en face le soleil levant; que, lorsqu'il commençait
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à parler, il avait ordonné à des grenouilles de se taire ; quand il vint à Rome réclamer l'héritage de César, les rayons du soleil formèient une couronné autour de sa tête ; et, dans la suite, tous les événements heureux de sa vie furent annoncés par des présages. Non seulement son nom fut ajouté à toutes les formules rituelles, à toutes les prières domestiques, inséré dans les actes des Saliens et des Arvales, mais la religion sanctifie et célèbre, par des fêtes et des jeux toutes les circonstances de sa vie et de son régne.
On sacrifie le 16 janvier, parce qu'il a reçu en ce jour le titre d'Auguste ; le 4 février, celui de Pateipatriœ ; le 6 mars, de Ponïifex inaximus. Le 12 octobre, la Fortune du retour [Fortuna redu.x) l'a ramené vainqueur d'Egypte et de Syrie. Le 4 juillet, c'est la Paix Auguste, P.ix Augusta, qui l'accueille à son retour d'Espagne. Tous les cinq ans en souvenir d'Actium, tous les dix ans pour le renouvellement de ses pouvoirs. Pontifes, Vestales, magistrats, président à des solennités. Ces fêtes encombrent le calendrier, à tel point que Marc-Auréle crut devoir réduire à 135 le nombre des jours fériés. Un jour, dans ce Sénat qui ne savait plus qu'inventer pour flatter le maître, un tribun, Sexlus Facuvius, imagina de se dévouer à lui, à la manière espagnole, paralt-il ; et comme Auguste essayait de le calmer, il s'élança hors de la Curie, et, courant la ville, par les rues, par les places, il invita le peuple à se dévouer avec lui. De là, sans doute, est venue la formule, qu'on rencontre si sou\ ent dans les inscriptions : Devotus numini majestatiquc imperatoris « dévoué ou dévot à la divinité et à la majesté de l'Empereur )).
Qui croirait que ces adulations d'un peuple qui se ruait à la servitude pussent être dépassées par les provinces, proches et lointaines} A I^ome, Auf^ustc affectait de les contenir dans les limites de la décence ; mais d'où qu'elles vinssent, il les savou-
rail sans dégoût. De tout temps, la manie de l'apothéose a sévi dans le monde, et sur ceux qui la donnent comme sur ceux qui la reçoivent. Née du culte des morts, elle a rapidement dégénéré en adoration des vivants. Dès qu'on admet la survivance des âmes, rien ne paraît plus naturel que d'anticiper leur divinité future. Par toute la terre, avec un merveilleux ensemble, les sorciers, les chefs, les rois, les vainqueurs, les sages ont exploité cette conséquence logique de l'animisme.
L'Afrique sauvage a ses hommes fétiches, la Polynésie ses Aréoïs ; le Pérou civilisé, la Chine, le Japon, l'Inde, eurent des rois sacrés, fils et aller ci^o du Soleil ou de la Lune; en Egypte, où chaque mort devenait un Osiris, les Pharaons et les Ptolémées prenaient place à la fois sur le trône et sur l'autel. Compagnons favoris et doubles d'Am- . mon, de Ra, de Phtah, on voit partout leurs statues ) associées à ces dieux ; on lit dans toutes leurs inscriptions le long formulaire de leurs titres divins. Lysandre, vainqueur d'Athènes, s'était fait adorer en Asie. Alexandre se déclara fils d'Ammon. et le souvenir d'iskander aux deux cornes s'est perpétue jusque dans les Mille et une nuits et dans les chroniques malaises. Les Grecs, sincèrement évhénicristes, ne refusaient pas plus des temples à Flamininus que les honneurs divins à Mithridatc. Le premier fut adoré, en compagnie d'IIèraklès et d'Apollon. L'autre, qualilic de dieu sauveur, reçut tous les surnoms de Bacchus. Mais déjà Smyrnc et Alabanda de Carie avaient institué le culte de la déesse Rojua,
A Rome enlln, l'apothéose d'Enée et de Romulus Quirinus préludait à celle de César. Celui-ci, déclaré d'abord demi-dieu, puis dieu complet. Jupiter Julius, par décret du Sénat, eut des temples, desservis par des prêtres, les Luperques Juliens. De son bûcher, son âme s'élança vers l'empyrée. Oc tave se fit garant de cette ascension, il avait vu dis
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tinjicmen: son père mon:er au cie! e: <e changer en t:î:»aw. méiamûrphose chantée p:^.:" \ ircire cians son cgiûput. inlituiee Z>jr'V»;;>. e: ci«r.< ics oo.-'-y:"qitL's. où 1- monire \ enus acciîci.!an: son ciivin îî.s. Au£ru?:e. pacificateur du mo:^ce. naait-i! p;îs droi: à dt:s honneurs au mo:n5 CÂrauv > So\:iîs Pompce se donnai: bien du Neptune, et Ar.tv^irîo se faisait appeler Bacchus.
Dci^ Actium. <Jctave se laissa dresser dos temples à Pergame et à Nicomédie, sous la condition qu*il fût associe à la déesse Roma. L'exemple doniié. dei^ temples s'élevèrent dans toutes les jurandes villes de l'Orient en l'honneur de Rome ei d'Auguste. L'Occident se décida un peu plus tard, les Cantabres en i8 ou 17, les Gaulois on i»' ou i 1. A l'occasion d'un mouvement dos Sicambros. soixante peuples de la Gaule, pour témoij;nor de leur lidé lité, résolurent d'élever un autel de Rome ot d'Auguste à Lyon, au confluent do la Saône et du Rhône. 10 av. J.-C, Xarbonne s'onf^nj^ca par un vœu solennel u à honorer perpétuellement la di\initéde César-Auguste, pérc de la patrie ». 1 .0 dieu vivant affectait parfois de sourire de celle idohUt ie. Des gens de Tarragonc étant venus lui conter qu'il avait fait un miracle, qu*un tîguicr était né sur son autel; u on voit bien, dit-il, ipic ViUis n'v biOlt»/ guère d'encens ». Mais celle aimable. bo»itadr ne découragea pas les devins. L'Italio. mal^n' Ifs défenses un peu molles du tout puissant piu' v Man't rire, ne tarda guère A imiter les prnvin- •••.. Av.ml sa mort, Auguste - les inHcriptiDim w p«'i ninifiil pas d'en douter — avait de« lrmpl<'«> »■! d»"» • Umh»'*'», Flamines, Sacerdolcs, A l*on//.olf n m {'.«nip» i il à Naples, à Pise, â AsHinc, ni^in»' m l*irfi«- u-, nu* portes de Rome. Rf)nic 'tculc, fioii un. fi"ip«'«fM h"! scrupules du mallrc. Mîii«i, "«ri", paifi* in» » an • nh« direct, elle en était Ui «iimIm*, piiM-|ii*' II' m- «i. mil Auguste à tous IcH H iciM . I ,«• piihu: tti/in« '!• I » m» pereur, situé entic Ap'/llon » 1 V**.- fn (" h'un 'Ii»iif
I ITALIE \NTIfJlJK
ensemble *i, disait ringcnieux Ovide), avait toule l'apparence d*un temple, le fronton, le porlique, cl deux lauriers à rentrée- P.ix LittgusLi^ Cicmefiiî.i auf^iislA^ nouvelles divinités sénatoriales n'éiaientelles pas de simples prète-nom du dieu t- Sa siaiye ne se dressait-elle pas depuis longtemps (27) sur le seuil du temple dédié par Agrippa à Jupiter, et qui devint le Panthéon ?
Auguste, en somme, se prêtait âlii canonisaliùû ; mais il avait trouvé mieux. Certes, ces hommages* lui plaisaient, parce qu'ils sanctifiaient son pouvoir. Mais son esprit réfléchi n'y voyait que Texpression fragile, précaire, surtout factice, d*un engouement destiné n s'éteindre avec lui. Rêvant une divinité moins fictive et plus solidement assise que celles d'un Alexandre-Ammon ou d'un Bacchus-Marc-Antoine» il eut la chance et Fart de greffer la sienne sur la plus vieille et la plus vivace superstition des peuples latins. On sait qu'à Rome, ainsi qu'en toute autre ville de l'Italie centrale, chaque maison, chaque rue, chaque carrefour avait des Lares ou Pénates protecteurs, qui présidaient à la vie familiale et aux réjouissances de quartier. Ces dieux du foyer et de la rue représentaient des ancêtres, des mânes divinisés : à càit d'eux était adorée leur variante, pour ainsi dire, les Génies — dont le christianisme a fait ses anges gardiens, — personnages très complexes, germes cachés au fond de chaque être, de chaque chose, même de chaque idée, compagnons et guides des vivants» qui existaient avant la naissance et subsistaient après la mort. Ces Génies, à vrai dire, descendaient, eux aussi, et en ligne directe, des fantômes révélés par le songe. S'il est vrai que la puissance des illusions réside dans leur antiquité, quelle invention mythologique avait des droits plus sérieux à la crédulité des hommes) Toujours est-il qu'en prononçant de façon congrue, avec accompagnement d'oiïrandes et mimiques appropriées, des
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invocations telles que : « Salut, Génie de Jupiter, de Junon, de Mars, Génie de Rome ou de Pompée, ou de César, Génie de la Concorde ou de la Liberté ! » les Romains croyaient atteindre et émouvoir le fond même de la divinité. Le Génie est plus que l'objet ou le dieu invoqué, c'en est la quintessence. Eh bien ! Auguste, dans la personne de ses Lares et de son Génie, bénéficia de cette métaphysique naïve. 11 avait eu soin de se faire associer à toutes les menues cérémonies et à toutes les fêtes intimes ou locales qui se célébraient chaque jour, à toute heure, autour des chapelles, des autels de ces divinités bénévoles ; partout reçus avec enthousiasme, les Pénates impériaux avaient pris rang à côté et au-dessus des Lares de foyer et de carrefour ; et le Génie de Tempereur devint la garantie des serments solennels, la véritable divinité de la patrie, le signe de Tunité politique, le lien de toutes ces provinces disparates qui se reposaient sous la tutelle de Rome.
Sans doute, Tapothéoseet le culte du Génie sont deux produits de même nature, mais Tune est toute extérieure, toute verbale, l'autre est intime et profond. Les honneurs divins décernés à Jules César, ce temple, ces jeux, ces Sociales Augusiaux voués à Auguste mort, et toutes les adulations prodiguées à ces dieux qui se sont appelés Caligula, Caracalla, Héliogabale, tout cela n'était que pompeuse formalité, consécration tout accessoire de la religion impériale.
Pour cette forme familière de son culte, aussi bien que pour l'apothéose officielle, Auguste n'avait eu qu'à laisser faire ; mais on ne peut douter qu'il en ait rapidement compris la portée. 11 est probable qu'une flatterie domestique de l'impératrice Livie attira son attention sur les avantages d'une divinité unique, divinité propice, sans aucune visée dogmatique, tolérante pour tous les autres dieux — à condition d'en être respectée, — enfin d'une ve-
!e antique
ligion laïque et universelle. Livie avaii iostiiut dans Tairium impérial ce culte privé des Lares au* gustea* du Géoie d*Augustc. Ce fut un de ces traits mconscienls qui frappent soudain les espnts avisés. La religion d'une maison qui était le centre, Timage même de Tempite pouvait, à ce titre même, devenir aisémenï la foi du monde entier. Une fois assimilé au culte fondamental de rhumanilé, à la forme la plus durable de Tanimisme, et particulièrement chère aux Romains, sans être négligée dans aucun autre pays de l'univers, le culte impérial pouvait braver désormais le démenti des crimes et des inepties, le ridicule des apothéoses. Ce n*étaitplus, véritablement, un homme qu'on adorerait, mais une idée, le Génie de l'empire ; et l'empire, qui n'était qu*une domination, deviendiait une patrie.
Telles furent les réilexious et les espérances d'Auguste, les idées qu'il propagea dans loutes les classes, dans loutes les couches sociales, dont U bl la sauvegarde de loutes les institutions, A sa mort^ se formait déjà toute une hiérarchie sac;:rdotale ! Fia mi ne ou grand prêtre (Archiereus) ou Néocore de la province; Flamines des cités; Maîtres des bourgs et des rues, Maj^islri vicorum ; et Sevus et Sodiiles jugustA/es, — hiérarchie préposée au culte du Génie impériaU
La plupart de ces p rôties civils, négociants, bourgeois aisés, investis de fonctions aussi onéreuses qu*honorifiques- en construisant dans les plus petites villes des temples, des basiliques, des théâtres, en donnant des jeux, en distribuant des vivres au nom de divus Any^usltis^ rendirent partout présente la divinité nationale.
Cette esquisse de IVeuvre tentée par le créateur de Tinévitable et funeste Empire romain, nous mettra du moins en garde contre Tadulation et le dénigrement historiques. Auguste a été porté au suprême pouvoir au moins autant par le désarroi et le vœu universel que par sa propre ambition. U