‹ L'Italie au travailChapitre 10 sur 14 · LA QUESTION MÉRIDIONALE 20Î · texte numérisé non relu

LA QUESTION MÉRIDIONALE 20Î

Les travaux pour la construction du canal principal ont été terminés en 1914. C'est l'artère vitale de tout l'ouvrage : son produit est de 5 mètres cubes et demi par seconde, ce qui représente "un débit journalier de 4/5 millions de litres. En calculant deux millions d'habitants dans les provinces de Foggia, Bari et Lecce, et en établissant une moyenne de consommation de 100 litres par habitant, consommation plus que suffisante, cela ne fait que 200 millions de litres par jour. Il reste donc encore une disponibilité de 2/5 millions de litres pour la production d'énergie électrique et pour l'irrigation. C'est un avenir assuré pour bon nombre d'entreprises industrielles et agricoles.

Du canal principal se détachent les embranchements pour les trois provinces intéressées.

Le réseau de la province de Foggia se développe sur un parcours d'environ 4.S0 kilomètres. On a dû traverser le fleuve Ofanto par un siphon qui mérite une mention spéciale. C'est un des ouvrages les plus importants de l'aqueduc, si l'on en juge par les données suivantes. Il a près de 6 kilomètres de longueur : exactement 5 870 mètres. La différence de niveau entre les deux branches est de 42 mètres et on a dû, pour la franchir, créer une chute ayant 400 mètres de longueur. L'embranchement de Foggia n'est pas terminé : on a bon espoir de pouvoir l'utiliser en même temps que celui de Lecce, c'est-à-dire vers la fin de 1916. Les difficultés n'ont pas manqué à l'exécution de ce second réseau. Le projet préparé par les soins du Gouvernement et accepté par l'entreprise, prévoyait la construction de 73 réservoirs, dont quelques-uns d'une capacité de 20000 mètres cubes, situés en pleine montagne. On a dû y renoncer. De nombreuses modifications ont été apportées au plan primitif de cet embranchement qui se développe sur une longueur de i 3oo kilomètres environ.

La distribution de l'eau dans la province de Bari n'a pas présenté de grandes difficultés. C'est une région de plaines qui est desservie et où il y a peu d'imprévu

pour ces sortes de travaux. Les tranchées, les conduites s'étendent dans cette dernière partie de Taqueduc des Fouilles sur 780 kilomètres. Il y a là encore une cinquantaine de réservoirs ayant une capacité de plus de 100 000 mètres cubes. L'embranchement de Bari sera terminé en décembre 1914 ou au début de 191 5.

Les chiffres, que j'ai tenu à rapporter, permettent au lecteur de se faire une idée de l'importance de l'œuvre entreprise. Quand on songe que ces centaines de kilomètres de tranchées, que ces travaux d'art, d'une hardiesse toute moderne, ont été ou sont exécutés dans des régions souvent absolument désertes, sans routes, sans moyens de communication, dépeuplées, sans ressources; lorsque l'on se rend compte qu'il a fallu tout faire, tout créer sur place, on ne peut se défendre d'un sentiment de sincère admiration.

Les Italiens sont, en cette entreprise, les dignes descendants de la Rome impériale, de celle qui a laissé en témoignage de sa prospérité et de son initiative grandiose ces aqueducs du Latium que le soleil des siècles a dorés. Dans la campagne qui meurt de soif et oii la ûèvre monte, ces ruines sont une leçon vivante dont l'Italie moderne a compris la forte éloquence.

L'Italie agricole

Les grandes cultures. - Le droit sur le blé. - Les oliviers Les fleurs. — Reboisement, pâturages et bétail. — La transformation de la culture. - Coopération et motocul-

T ^^ T J'"'^ ^"^ '""■" conquises sur la mer : les Bonifiche de Ferrare.

L'économiste dilettante, qui voudrait assez superficiellement se rendre compte de la prospérité agricole ita benne en se contentant de procéder à ses investi-

Se'du P6 '" ''"^'^" '^^ .^'^■"' ^" traversante plaine du Po, ne pourrait arriver qu'à des conclusions générales, qui chatouilleraient agréablement le DeVr^à V'^'"""'"""""^''^'"^^ ^^1- Péninsule! à Plailance il"'""'/ ^T' '"'" 'î"" "^^ Domodossola

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Ivec ce;J H.'P'' V" ^°T'' ''^ ^^°"^"t alternent avec ceux des seigles et des orges plus frêles S'ik cessent ils sont remplacés par lef rizfères quise'dévé loppent a perte de vue dans les larges espaces rertJn gulaires bordés par de hauts frênes^ cultTresquWe" la clarté joyeuse des ruisseaux et des canaux étfnc !

lant au soleil. Puis, les céréales reparaissent et les sillons ne sont interrompus que par la grasse verdure des prairies... Notre homme sera ravi et étonné de constater que cette succession n'a aucune solution de continuité, que p-as un pouce de terrain n'est perdu, que les moindres parcelles sont transformées en vergers aux environs des fermes. Il pourra se demander si la richesse de la terre n'impose pas ici les périodes de repos, il diagnostiquera la subdivision de la propriété foncière poussée à l'extrcme en contemplant la promiscuité des cultures qui laissent supposer l'insuffisance de terrain. En Piémont, en. Lombardie, il évaluera le rendement des longues rangées de mûriers qui rayent les champs de blé aussi bien que les prés de leurs troncs déformés ou de leur ombre épaisse.

Entre Vienne et Padoue, comme le président de Brosses, il s'extasiera sur « la beauté des vignes, qui sont toutes montées sur des arbres dont elles recouvrent toutes les branches, qui, en retombant, retrouvent d'autres jets de vignes qui descendent de l'arbre voisin avec lesquels on les rattache, ce qui forme, d'arbres à autres, des festons chargés de feuilles et de fruits ». Et tout comme le spirituel Bourguignon, il conclura très probablement ses remarques en af&rmant après avoir parcouru a tout ce chemin garni d'arbres en échiquier ou en quinconce », qu' « il n'y a point de décoration d'opéra plus belle ni mieux ornée qu'une pareille campagne ».

Notre économiste dilettante affirmerait ainsi plusieurs choses parfaitement exactes et bon nombre d'autres n'ayant aucun fondement de réalité. Il aurait le tort de se fier aux apparences, et, en s'extasiant sur cette décoration d'opéra qui enchantait le président de Brosses, il ne se douterait pas qu'elle masque souvent une réalité moins attrayante.

(( Si l'Italie unifiée peut constater l'unification correspondante de son activité industrielle et commerciale, nous chercherions en vain, après uri" quart de siècle, les traces d'.une Italie agricole vraie et objec-

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