LA QUESTION MÉRIDIONALE
l'Etat, ni aux particuliers, mais les travaux publics étaient absolument négligés. On se laissait vivre dans rindolence. La concurrence universelle est venue troubler singulièrement cette organisation.
A côté des facteurs naturels et économiques qui agissent sur la richesse publique, il faut tenir compte des facteurs ethniques. L'aristocratie de la naissance, celle de la richesse et de Tintelligence, le clergé, la bourgeoisie et la classe laborieuse ont joué, chacun, un rôle particulier.
La vieille aristocratie délaissait la campagne dont le séjour n'était du reste, autrefois, rii agréable, ni confortable. Quelques-uns de ses représentants cependant, conscients de leur rôle, vivaient sur leurs terres; ce n'étaient que des exceptions. S'il faut maintenant aux grands propriétaires une conception différente de la notion traditionnelle des attributs du droit de propriété, que modifie notamment la reconnaissance légale de l'emphytéose, ils conservent cependant un rôle considérable à remplir. L'aristocratie nouvelle, enrichie dans le commerce ou les travaux publics, n'a plus guère de goût pour la terre.
C'est presque dans toutes les provinces, en plaine que se rencontrent les principaux latifundia. Quelquesuns représentent 2000, 3 000, 4000 hectares et plus. Dans les Fouilles, sur le territoire de Bari en particulier, existent de vastes domaines avec des vignobles de plus de 800 hectares, quelques-uns, toutefois, grevés de lourdes hypothèques. On estime, en Sicile, à cent cinquante environ, le nombre des familles qui possèdent plus de 2 000 hectares ; dans ces derniers temps, quelques-uns de leurs héritiers ont pris en main l'administration de leur culture.
L'aristocratie de l'intelligence recherche les professions libérales; elle néglige les campagnes pour se créer une positiofi à Naples, à Palerme ou à Rome.
D'après M. Eugenio Faina, le clergé n'exerce aucune action appréciable dans la plus grande partie de
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ritalie méridionale. Depuis quelques années, cependant, il s'est manifesté un réveil d'activité dont, il est UifËLcile de dire si le caractère est plus religieux que politique. Quoi qu'il en soit, les locations collectives et les associations coopéra.tives sont des moyens dont les prêtres se servent avec succès, en vSicile surtout, pour lutter contre le socialisme. Les quatre cinquièmes des caisses rurales sont sous leur direction, et ce n'est que justice de dire qu'elles sont généralement bien administrées.
La bourgeoisie, désorientée par les transformations économiques, ne sait quelle place prendre dans la nouvelle société. Rien, dans les petits propriétaires, ne rappelle ni le haucr allemand ni le paysan propriétaire qui joue un rôle social si considérable en Belgique, en Hollande et dans bon nombre de départements français. Beaucoup d'entre eux n'ont d'autre ambition que de vendre des parcelles de terre aux émigrants de retour au pays, en leur faisant payer des prix excessifs, sans aucun rapport avec le revenu que peuvent donner leurs fonds.
La classe ouvrière, qui comprend près de la moitié de la population, se compose essentiellement, en dehors de quelques centres industriels, de travailleurs des champs, de « contadini ». La situation des petits cultivateurs ou des auxiliaires de la culture a été décrite minutieusement : on la connaît. Elle est d'autant moins pénible que la culture est plus riche et les contrats agraires mieux adaptés aux exigences des populations, ou d'autant plus déplorable que la terre est moins fertile ou moins bien préparée aux nécessités de la production agricole/et les rapports entre propriétaires et occupants du sol plus durs pour ces derniers. Ce sont les paysans des Abruzzes et Molise, ceux des riches plaines de la Campanie (provinces de Caserte, de Naples, de Salerne, vallée supérieure de Voltino, etc.), qui ont relativement plus de bien-être. Leur petite aisance semble due à la prédominance du contrat de meszadna^ sorte de colonage parcellaire, et