LA QUESTION MÉRIDIONALE
aux produits de leurs cultures. Le malaise s'accroît à mesure qu'on avance vers le Sud.
Des travailleurs agricoles, la plupart sont de petits locataires qui occupent une modeste demeure et disposent d'un peu de terrain. Ce n'est que dans les centres de grands domaines à cultures intensives que le nombre des domestiques et des journaliers, vivant uniquement de leurs salaires, prend une certaine importance.
Sans reprendre les observations consignées dans les rapports spéciaux sur chaque province, M. le sénateur Faina insiste plus particulièrement sur le logement, la nourriture, l'instruction et la moralité.
Le logement est presque partout aussi exigu que misérable. Ce sont des caces plus que des maisons, qu'habitent les contadini. Dans le plus grand nombre d'entre elles, on ne trouve qu'une pièce, souvent avec une porte unique pour toute ouverture; la famille entière vit entassée dans une seule chambre ; Ja séparation n'est pas toujours bien nette entre les personnes et le bétail. Suivant les ressources du pays, le gros œuvre des constructions est en pierre, -en torchis ou en terre ; parfois la couverture est faite de gazon ; quelques familles s'abritent dans de véritables cavernes de troglodytes. C'est le « tugurio », le taudis des champs dont devraient se préoccuper les lois sociales italiennes qui ne paraissent avoir eu conscience jusqu'à présent que de l'installation des ouvriers urbains.
Quelques progrès, cependant, se manifestent par endroits. Les émigrants de retour au pays cherchent à se procurer un peu plus de confortable ; les tremblements de terre ont fait élever divers bâtiments en bois, simples sans doute, mais hygiéniques. Dans les centres les plus abandonnés de la Sicile, la femme se plait à donner quelque gaieté à la maison en y entretenant un vase ou un bouquet de fleurs.
La nourriture des travailleurs agricoles de l'Italie méridionale se compose essentiellement, suivant les
IÇO CHAPITRE X
régions, de maïs, de pains de froment ou de seigle, de fruits et de légumes frais et secs, de pâtes alimentaires, de laitages. Pas de viande de boucherie ni de volailles en principe. Du vin seulement dans les régions vignobles. Le paysan est du reste sobre. Un dicton populaire des Fouilles est celui-ci : Un fu7ito di fiù 0 un punto di meno alla curria^ foco 7nonta. (Un cran de plus ou un cran de moins à la ceinture du pantalon importe peu.)
Le défaut d'instruction élémentaire, le nombre des illettrés (analfabeii) est un des maux qui semblent avoir le plus frappé la commission d'enquête. La proportion des illettrés est impressionnante. La dernière statistique en dénonce, parmi les individus de quinze à vingt et un ans, dans les Abruzzes et en Campanie, 46 p. 100; dans les Fouilles, 56 p. :^.oo; en Calabre, 64 p. 100. (En Piémont, cette proportion n'atteint pas 3 p. 100.)
Cet état d'ignorance a des causes mal définies, mais nombreuses. On signale parmi les principales le manque d'écoles ou leur éîoignem.ent, Tinsuffisance des maîtres, le désir d'utiliser le travail des enfants, rindifférence des communes, celle des dirigeants qui redoutent l'émancipation de la classe ouvrière. Sans doute, des transformations semblent se préparer, mais l'action de l'Etat n'est pas secondée, et l'amélioration est restée jusqu'à présent négligeable.
La moralité et la criminalité ne semblent guère se ressentir de la religiosité générale. D'après M. Faina, le paysan implore les saints patrons tout aussi bien pour obtenir le succès d'une vendetta que pour demander la pluie ou laguérison de son bétail. Malgré la promiscuité qu'entraîne. le défaut de logement, les atteintes aux bonnes mœurs restent rares. On se plaint des délits ruraux. Si le brigandage a disparu à peu près complètement de la Calabre et de la Sicile, l'effusion du sang s'y constate toujours trop fréqueiu ment.
Le tableau que j'ai voulu reproduire, tracé d'après