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les conclusions eie Tenquête parlementaire italienne, est plutôt sombre. Il est cependant rigoureusement exact, et il m'est arrivé souvent, en parcourant ces régions oii le progrès tarde à imprimer le sceau de son passage, de me demander si l'action gouvernementiile à l'égard de ces provinces deshéritées n'a pas été absolument nulle. De nombreuses personnalités italiennes partagent l'irritation de don Saverio, et quelques-unes parmi elles osent proclamer ouvertement que l'unité italienne n'a pas été profitable aux provinces méridionales.
Telle paraît avoir été l'opinion de M. Nitti quand il n'était encore que simple député siégeant à l'opposition. Il l'a exprimée avec une ardeur et une franchise que le ministre a peut-être regrettées plus tard.
« L'unité de l'Italie, écrivait-il dans Isford e Sud^ ne pouvait être faite qu'avec le sacrifice d'une partie du pays. Les provinces méridionales ont payé. Cette région, au moment delà constitution italienne, était la moins chargée de dettes et possédait la plus grande richesse publique. La conformation de l'Italie nouvelle — géographiquement unique en Europe — a déterminé un formidable déplacement de richesses du Sud au Nord. L'Italie du Sud était le royaume, le royaume par excellence, comme disaient les historiens; l'Italie du Nord était divisée en de nombreux Etats et chaque Etat avait ses institutions. Elles furent conservées avec soin; quand elles n'étaient pas vitales on s'efforça de les fortifier. Le Sud, par contre, perdit son armée, sa bureaucratie innombrable et pauvre. En échange, il a vu, en peu d'années, tandis que sa richesse diminuait, augmenter démesurément les impôts.
(( Les gouvernements qui se sont succédé (M. Nitti n'était pas au pouvoir) ont considéré l'Italie méridionale, qui n'avait pas formé son éducation à la liberté, comme le pays le plus apte à fournir des majorités ministérielles. Des villes entières sont entre les mains de brigands politiques dont la fonction infâme est de
s'instituer prétoriens de tous les ministères. Au lieu de viser à une amélioration administrative, on en est arrivé à la condition actuelle qui étouffe tout développement de vie économique. »
Je ne discuterai pas les affirmations de M. Nitti. Elles appartiennent à un ordre politique auquel je me suis défendu de toucher et qu'il connaît vraisemblablement mieux que personne. Elles paraissent confirmées par le sénateur Faina qui, dans la conclusion de son rapport ne cache pas que (( les influences politiques dans cette région s'exercent au profit des uns, au détriment des autres, et forment par-dessus tout un réseau inextricable de difficultés dont ne peuvent se dégager ni le gouvernement ni les hommes parlementaires ».
Il est certain que les provinces méridionales ont le droit de reprocher à l'Italie unifiée sa politique douanière que j'ai brièvement résumée dans le premier chapitre de cet ouvrage. Le protectionnisme en faveur depuis vingt-cinq ans a certainement contribué au développement des industries qui ont fait la fortune de la partie septentrionale du royaume. En amenant les nations étrangères à prendre des mesures de représailles, ce protectionnisme a atteint gravement la source la plus naturelle de la richesse de l'Italie et surtout de l'Italie méridionale, l'agriculture. Ainsi que le dit très bien M. Henry Joly dans son Italie contemporaine les lois protectionnistes ont compromis l'avenir agricole de la Péninsule non seulement en empêchant l'exportation avantageuse des produits du sol, mais en contraignant la population à tout acheter plus cher, depuis les machines et les outils jusqu'aux objets les plus indispensables à la vie quotidienne de sestravailleurs.
A chaque nouvelle rupture des rapports commerciaux, — écrivait à ce propos la Stampa, — à chaque nouveau traité de commerce, les Fouilles agricoles et maritimes ont reçu un coup qui a misérablement paralysé le peu d'audace et d'initiative qu'on trouve dans
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le Midi. On a ainsi détruit en bloc des économies amassées péniblement.
Mon lecteur a pu s'étonner, en "parcourant cette halze aie Travail^ de la large part faite à l'essor industriel, au détriment de l'étude des progrès agrij coles de la Péninsule. Ce qui précède lui donne la ^raison de cette différence. Dans ce pays admirable, dans l'effort qui a été donné en ces derniers temps, il faut, quoiqu'il soit peu agréable de le constater pour l'amour-propre national italien, faire une nette distinction entre le Nord et le Midi. Dans la partie septentrionale, — et je m'efforcerai de le prouver dans un autre chapitre, — les progrès agricoles ont marché presque de pair avec les progrès industriels; dans la partie méridionale, nous nous trouvons en présence d'une population qui a certainement des réserves de vigueur, mais qu'aucun pouvoir n'a encore réussi à instruire et à former.
L'Etat a cependant essayé, à maintes reprises, d'appliquer un certain nombre de mesures qui promettaient des effets sérieux. Il s'est attaqué à tous les problèmes : reboisement, aménagement des eaux, routes, chemins de fer, lutte contre la malaria, institutions de prévoyance, de mutualité, de crédit. De nombreux millions ont été votés et... dépensés. Dans le grand œuvre de la mise en valeur des terrains incultes poursuivi patiemment par le gouvernement italien, les régions méridionales ont eu une large part.
De 1862 à 1898, l'Etat a dépensé 53 millions dans le Midi sur un total de 1 1 1 millions consacrés à la « bonification » des terres.
On se plaint du défaut de routes et de voies de communication, dans la Calabre, la Campanie et les îles. 280 millions ont été cependant dépensés depuis 1860 pour tracer de nouvelles routes dans l'Italie méridionale, tandis que 174 millions étaient dans la même période attribués à cet effet au nord de la Péninsule.
Il reste encore beaucoup à faire. Les frais de transport sont énormes, prohibitifs dans ces régions; ils constituent souvent, à eux seuls, un obstacle insur-montable à toute tentative d'exportation. Je ne citerai qu'un exemple dont j'ai pu me rendre compte personnellement. Les Italiens, nous Tavons vu dans un autre chapitre, espèrent que la sériciculture pourra rapidement se développer en Calabre : ils comptent même sur cette production pour combler le déficit qui s'accentue chaque année en Piémont et en Toscane. Avant de voir leur rêve se réaliser, ils devront résoudre deux graves problèmes dans ces contrées : celui des habitations et celui des transports. Le ver à soie demande des locaux sains et aérés; le cocon ne peut supporter des frais de déplacement qui représentent une proportion non indifférente de sa valeur marchande. J'ai vu faire un amas de cocons en Calabre. Les sacs qui les contenaient arrivaient à dos d'homme ou, pour mieux dire, à dos de femme. Ils étaient porcés ainsi pendant des dizaines de kilomètres à travers monts et vallées. Cela représentait souvent une dépense de 5o centimes par kilogramme de cocons, soit 5 à 6 francs par kilogramme de soie !...
Le morcelle nrient de la propriété rurale est le problème dont la solution s'impose et qui est le plus difficile à résoudre. On aime à répéter en Italie la phrase célèbre de Pline : Latifundia -perdidere Italiam. Elle est même citée à tort et à travers quand il s'agit des p rovinces septentrionales, oii la formation de grandes propriétés est souvent l'indice d'une ère nouvelle pour des régioas conquises à la nature et enfin scientifiquenent exploitées. Dans l'Italie méridionale, les latifundia, dont souvent le régime moderne est malheureusement responsable, marquent incontestablement la même décadence qui affligeait Pline. Ils sont en grande partie la cause la plus certaine des conditions économiques peu brillantes de ces contrées souvent abandonnées par les propriétaires qui ne savent ou ne peuvent leo cultiver.
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Cette transformation ne dépend pas de la bonne volonté des hommes ou des gouvernements ; elle ne peut être que l'œuvre du temps. La ruine de ceux qui possèdent actuellement sera la seule et la meilleure solution.
Une partie de la propriété, déjà hypothéquée, passe chaque année entre les mains des banques qui la divisent en parcelles pour la vendre.
Je connais un jeune homme calabrais qui a héfité, il n'y a pas longtemps, de son père, un domaine immense ayant une valeur nominale de plus de i million de lires. Sur cette propriété, la Banque de Naples avait avancé, il y a quelques années, 600000 francs. Le propriétaire encaissait 20 COQ lires de revenus et payait 3oooo lires d'intérêts à la Banque. Une liquidation rapide s'impose : le domaine en question sera prochainement mis en vente, et les émigrants, de retour au pays, se disputeront les champs actuellement mal exploités et d'un rendement presque nul.
Plus que partout ailleurs, l'argent est rare dans l'Italie méridionale : on y admet sans étonnement les taux d'intérêts de 10 et i5 p. 100 pour les firmes locales les mieux cotées : les moins fortunés empruntent à 5o et 60 p. 100 à des usuriers qui perdent assez souvent leur capital. L'Etat a essayé de pourvoir à cette disette. La loi du 7 juillet 1901 a autorisé la Banque de Naples à employer une partie de ses dépôts en opérations de crédit agraire dans les provinces méridionales et en Sardaigne.
En 1902, un institut de crédit agraire a été constitué pour le Latium.
On a créé, en 1904, la Caisse de Crédit agraire pour la Basilicate; en 1906, le Crédit agraire pour la Sicile et rinstitut Victor-Emmanuel III pour les provinces calabraises. Enfin, dans la même année, la loi du i5 juillet a prévu l'organisation, dans chaque province du Napolitain, des caisses provinciales de crédit agraire.
En 1910, la Banque de Naples a fait pour plus de
7 millions d'opérations de crédit aux agriculteurs (3o millions en huit ans), 7 raillions également ont été avancés par la Banque de Sicile, 8 m.illicns par l'Institut du Latium, i million par l'Institut Victor-Emmanuel. La Caisse pour la Basilicate a escompté pour Sooooo lires de traites et a avancé i demi-million pour des achats de bestiaux et|pcur des constructions rurales.
Malheureusement, l'agriculture italienne, et surtout la méridionale, a plus besoin de capital que de crédit. Elle prend la mauvaise habitude de recourir à l'emprunt pour des transformations foncières souvent non amortissables. Ceux qui en profitent sont d'ailleurs, pour la plupart, dans des positions qu'il serait bien préférable de liquider rapidem^ent plutôt que de les soutenir d'une manière qui ne peut être que provisoire.
Je ne voudrais pas que le tableau que je viens de brosser à larges traits, souvent empruntés aux rapports officiels italiens, en détruisant la légende du pays très fertile et bien partagé, vînt créer dans l'esprit de mes lecteurs celle, tout aussi inexacte, de régions absolument improductives et abandonnées.
Quelques chiffres rétabliront le juste équilibre.
Sur les 5o millions de quintaux de blé que produit l'Italie, les provinces méridionales et insulaires fournissent 20 millions de quintaux, dont 7 millions pour la Sicile et 3 Soocoo pour les Fouilles.
Les Fouilles, la Calabre, la Sicile donnent i million et demi d'hectolitres d'huile d'olive, ce qui représente les deux tiers de la production totale italienne.
Fresque la moitié des 5o millions d'hectolitres de vin fournis par les vignes de la Féninsule est obtenue, nous l'avons déjà vu, avec les raisins des vignobles de la Campanie, des Fouilles, de la Sicile.
Deux cultures peuvent se dire spéciales à ces provinces : celle des légumes et celle des citrons et des oranges.
L'industrie des conserves de fruits, et surtout des