CHAPITRE XJX. a8l
jours cites en tête des livres, par des érudits, avec une telle confiance , que la critique sévère et courageuse a bien de la peine à secouer Fautoritë de ces préventions héréditaires, qui ont converti Vhistoire des premiers siècles en une suite de compilations de fables et d^erreurs.
L'accumulation de semblables autorités ne sauroit préval<9r contre la philosophie de l'histoire, qui seule doit faire loi. Nous n'admettrons donc ni la fabuleuse généalogie (l'£notrus> ni celle de sop successeur Italus , lesquels , selon les Grecs, régnèrent dans l'Italie \ et lui donnèrent son nom et ses lois , et nous ue serons pas plus disposés à ^oire que l'Arcadie , petite région dans le centre du Pélo{>ounèse , toute montagneuse et agreste, et dont les habitants étoient particulièremenfflppliqués à la vie pastorale (i), ait eu une telle surabondance d'hommes, qu'elle ait pu fournir un si grand nombre de colonies sans se dépeupler elle-même, surtout dans un temps oii les peuples de la Grèce entière , encore rustiques et «barbares, menoient naturellement une vie presque sauvage (2). De plus, l'igno-
(i) Strab. VIII^ p. i3oj Pausan. VUI, 1. Description de la Grèce, dans Gronoyius , Tom. I.
(2) Ocell. Lucan. c. 3, p. 33o, in opusc. myth. éd. Gale. Add. Barthélémy, Introduction au Voyage d*Anacharsis. ,
nSn pubmièrb partie.
rance et la difficulté de la navigation dans des temps si reculés (i) doiveat rendre très^uspectes ces expéditions si vantées des Greçs^ surtou tsi Von réfléchit que celle des Argonautes , postérieure d'environ 4^^ ^QS à la navigation d'Énotrus^ fut la première entreprise de quelque éclat que tentèrent les Grecs avec une misérable barque, sur laquelle ils répandirent tant ée merveilleux^ qu'ils nous la représentent encore dans le ciel au rang des plus brillantes constellations (2). L'état incertain des tribus grecque^, les conti» nuelles incursions des Thraces et des autres barbares du nord, rendirent leur condition si peu favorable avant la guerre de 'Broie, qu'elles ne durent point songer' à tourner encore leur activité vers les contrées occidmtales, avec 1^* quelles il paroit qu'elles n'avo^nt eu jusqu alors aucune communication régulière. Si donc on ne
(1) C'est une chose remarquable que les Arcadiens , qui sont dépeints comme les Pélasges originels y et les premiers qui ëmigrërent en Italie , étoienisi peu instruits dans la marine , qu'Homère dit d'eux :
iliad, II, xai.
(2) TftMttêfrmZvyt'Afym, Theoc. JdjrlL i3 , 74. V. Gio. Rin. Carli, Délia spedizionc degli Argonauti, L. I, 19-26; et Gio. Gir. Carli , Dissertât* sutV impresa de^ gli Argonauti , Part. I.