CHAPITRE XIX
De Vamwe des Grecs dans Flicdie.
L'établissement des Grecs dans Vltalie mfé«rieure est un des faits les plus aTercs de l'histoire ancienne y quoique l'époque et les circonstapces de cet événement soient enveloppées d'épaisses ténèbres. S'il faut s'en rapporter aux récits de certains écrivains^ les Pélasges*d'Arcadie furent les premiers qui se portèrent dans ces-contrées^ dix-sept générations avant la guerre de Troie (i). La gloire de cette expédition fut attribuée à Énotr us , fils de Lycaon , roi d' Arcadie , qui occupa avec les siens la pointe occidentale de la pé* ninsulcy à laquelle il donna le nom d'Ënotrie, et qui fut dans la suite appelée Italie. Dans la région opposée 9 vers l'Adriatique , s'établit PeucétiuSy compagnon et frère d'Énotrus, avec une pqirtion de cette même colonie , d'où les Grecs tiroient les titres de leurs arrogantes prétentions sur nos provinces (a).
(i) Environ 1700 ans avant l'ère vulgaii^e. (2) Pherecid. ap, Dionys. I, ii-t3} Pausan. VIII, 3 , etc.
28o PREMIÈRE PARTIE.
La Grèce , à qui il n'étoit permis de rien ignorer, eut toujours un penchant extrême à cacher son ignorance des faits sous. les noms imposants de ses héros. La profonde obscurité répandue sur l'origine des peuples accrédita les premières fictions des poètes et des mythologues , qui fondèrent sur la base de la vanité et de l'orgueil les titres chimériques de la généalogie des nations, ainsi que celle des grands personnages. De tels récits^ embellis des inventions accoutumées, charmes de la poésie, firent une si vive impression sur T^rdente imagination des Grecs, que ces traditions , reproduites par les historiens , devinrent un des plus beaux titres de gloire pour la nation. Les imitateurs de la Grèce , partisans fidèles de ses erreurs , eurent la foiblesse de regarder comme une profanation tout ce qui s'éloignoit du sens littéral de ces récits classiques. G>mbien d'amateurs de l'antiquité ont établi l'origine, l'âge, les aventures de ces héros, et élevé sur ce fondement un système chronologique , avant même d'avoir çeconnu la vérité de leur existence I C'est ainsi que, par de fréquentes allégories et par l'empreinte poétique des premières narrations , les annales se trouvèrent enrichies d'une longue siiite de rois, de chefs et de conducteurs imaginaires^ dont les noms sont encore tous les