CHAPITRE XIX
veut point regarder comme entièrement supposées les premières expéditions desPélasges^ on ne doit du moins lesconsidërer que comme de*simples courses de peuplades errantes ^ malgré la haute importance que Vinsatiable vanité des Grecs a voulu depuis donner à ces eiftreprises ( i ) .
Thucydide (a) , en parlant des temps qui précédèrent la guerre de Troie ^ nous montre comment les écrivains de sa nation , plus attentifs a plaire par des fables qu^à instruire^ar des faits^ avoient défiguré la vérité de l'histoire en y mièlant les récits les plus mensongers. On doit à Vimpartialité non moins qu'au profond jugement de ce grand historien, d'avoir montré la Grèce sous son véritable point de vue, et de n'avoir pas dissimulé l'état de barbarie et le peu de puissance de cette contrée avant l'expédition de Troie ^ expédition dont la célébrité fut bien au-dessus de son importance. Ce fut depuis cette époque que les Grecs, glorieux de leur succès, s'avancèrent vers la civilisation , et se trouvèrent en état de former quelque illustre entreprise , d*acquérir une plus grande connoissance de la navigation , et d'étendre leur nom dans des contrées inconnues. Les discordes des familles régnantes, les troubles sanglants qui se propa-
(i) Voy. plus haut Ch. VII.
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gèreift dans toute la Grèce après la chute de Troie, donnèrent lieu a de fréquentes émigrations de tribus ou communautés grecques , qui se portèrent sur les côtes de l'Asie , dans les iles. de la mer Egée , dans Fltalie et dans la Sicile, où elles fondèrent un grand nombre de colonies (i). Les premiers exploits des tribus émigrées, en excitant Fadmiration des Grecs, ne tardèrent pas à éveiller une émulation générale, confotqpie à l'esprit altier d'un siècle héroïque, agité de grandes passions, avide de gloire, de distinctions et de richesses. Les pays les plus favorisés de la nature durent donc appeler d'abord l'attention des chefs de ces colonies, qui, suivant l'impulsion d'une meilleure fortune, se disposèrent, sous d'heureux* auspices, à chercher dans des terres étrangères de nouvelles sources de prospérité et d'abondance (2).
Les colonies qui se répandirent dans la partie méridionale de lltalie,* connue ensuite sous le nom de Grande Grèce, tiroient en grande partie leur origine des Achééns du Péloponnèse et des Doriens. Les Cretois , qui a voient le bonheur d'obéir à des lois admirées de toute l'anti-
(i) Thucyd. I , ia-i8 ; Strab. I , p. 33.
(2) On peut voir le détail de ces migrations dans Tintëresçaut récit qu'en fait Gillies , Hist, o/ancienlGrcece, Tom. I y c. 3.