‹ L'Italie avant la domination des RomainsChapitre 105 sur 283 · CHAPITRE mx · texte numérisé non relu

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Et véritablement la Sicile et l'Italie, vues dans un lointain ohscur, parut être l'habitation des monstres et des géants, et fut le sujet de beaucoup de fictions. Les mers du couchant étoient alors très-peu fréquentées par les Grecs;, et les dangers de la navigation sur l'Adriatique en rendoient presque inconnues les côtes naufrageuses (i)» A des époques reculées, l'Épire étpit désignée par les Grecs grossiers comme la région des ténèbres et des enfers (2), et comme l'extrémité de la terre (3). Ensuite, lorsque de nouvelles découvertes eurent agrandi pour eux les limites du monde, ils donnèrent, à l'Ita*-

veilleux , tels que ceux dont parle Tacite : Visu , sive ex metu crédita, (i) Wood , Essajr on the original genius of Homer, (2) Herodot V, g3; Pausan. I, 17; IX, 3o ; Hesych. in d-ioi ^«Aor. La scène oii l'on place la région des enfers ne pouvoit être mieux imaginée que dans les lieux pleins d'horreur 011 coule l'Acbéron , aujourd'hui nommé Sali. C'est ce que remarque un savant et moderne voyageur, Holland, Travelrinlo Jllbania , i8i5.

. (3) On peut voir l'ignorance géographique des Grecs ,du temps d'Homère, mise dans tout son jour par Mannerl, dans sa Géographie der Griecherund Rômer, et par Malte-Brun , Précis de la Géographie universelle, L. II , p. 24-4^ . Joignez-y la Géogr. des Grecs et des Rom. par M. Uckert , en allemand , Yeymar, iBi6«

lie le nom d'Hespérie, comme élant la région la plus reculée qu'il& connussent du côte de rOccident , en y transportant le séjour des enfers et les lieux inconnus où la lumière serobloit s éteindre (i).

Mais , de quelque manière que les Grecs se soient établis en Italie , il est certain qu ils y trouTerent d anciennes nations indigènes, auxquelles ils donnèrent indistincfement le nom de Barbares. Ces vieux peuples, issus du sang des OsqueSy étoient néanmoins réunis depuis longtemps en sociétés y et avoient une langue, des dieux y des lois et des usages qui leur étoient propres. Quoique les Grecs , dont l'ambition tendoit à obscurcir la renommée de tous les autres peuples , aient comme usurpé la gloire d'avoir les premiers civilisé l'Italie, on peut affirmer qu'à l'époque de leur arrivée dans ce pays 9 bien loin que nos peuples fussent encore sauvages et barbares , comme ils veulent nous les représenter, ils étoient pour le moins aussi disciplinés qu'eux. Toutefois on ne peut nier que les mœurs générales de cet âge ne fussent • empreintes d'un caractère de rudesse et de rus-' ticité, comme nous le montrent les héros mêmes

(1) Homer. Odyss, XI ; Scjrmn. Ch.i;. 248; Strab. V, p. 168, 169.

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d'Homère (i) : mais les arts utiles, les principes de morale, de gouvernement, d'ordre et de subordination dévoient nécessairement dominer parmi ces peuples, déjà suffisamment instruits des devoirs et de tous les avantages de la vie civile. Tant cfue, les troupeaux et .les produc-^ lions natuVelles de la terre furent leurs principales richesses, la vie pastorale et l'agriculture, à quoi se rapportoit en somme toute leur insti*» tutioQ sociale, fut une vie de prospérité et de bonheur. L'agriculteur, l'artisan, le guerrier, le politique, se trouvèrent long-temps réynis dans le même individu , avant qu'on eût intro* duit Futile division des arts et des professions de la vie civile. Dans cet état simple et grossier l'homme n'en étoit pas moins respectable. Ans*' tote (2), en parlant de la salutaire institution des réunions civiques, n'hésite point à en attri* buer l'invention et les premiers exemples aux habitants de l'Italie, plutôt qu'aux Cretois, a qui les Grecs empruntèrent leurs plus utiles institutions civiles. La terreur, qui accompagne toujours toute invasion étrangère, obligea cette portion des naturels du pays qui habitoit la côte

(0 Mitford, Historjr of Grée ce , T. I, 3, sect. ^ , pag. II 3*1 22.

(2) DeRep.yU, 10.

de plier à l'approche de ces usurpateurs grecs , et de chercher un asile plus si!ir dans Tintërieur des terres et sur les montagnes. Ces aventuriers ëtabKs par la force des armes occupèrent donc le rivage de la mer et les plaines adjacentes; mais ils se virent toujours environnés de peuples nombreux et invincibles, qui se maintinrent constamment dans leurs possessions jusqu'à ce que , secondés d'une meilleure fortune , ils se rendirent célèbres dans l'histoire par Tëclat de leurs entreprises.

Quelle que soit l'audace apparente de ces émigrations lointaines, tout nous porte à croire que la nécessité en fut le principal motif : les Grecs ne durent se déterminer à abandonner leur terre maternelle que pour occuper un sol plus fortuné , où ils pouvoient se promettre de tronver une subsistance plus abondante, que, d'après l'accroissement de la population (r), ils étoient incapables de se procurer dans leur pays parle secours de l'agriculture et des arts {7).

(i) Plat. De Leg. V, p. 740.

(2) Au rapport d'Héraclide , Rhégîum fut fondée par des Chalcidiens que la faimavoit contraints d'abandonner l'Eu ripe. Ce fut par un semblable motif que d'autres citoyens de Chalcis, conjointement avec une troupe de Doriens et d'Ioniens , avoient antérieurement bAti Naios en Sicile. De Polit, p. 214. inprodr. BibL Helien.

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