CHAPITRE XX
De la Grande "Grèce.
Aux premiers temps de la descente des Grecs dans l'Italie inférieure^ tout golfe^ toute langue de terre, toute embouchure de fleuve put facilement devenir un port capable de protéger leur conquête ; mais ils n'eurent pas plus tôt vaincu et repoussé les naturels du pays, qu'ils mirent tous leurs soins à élever de nouvelles cités ^ à agrandir les anciennes ; et bientôt leur société^ accrue de nouvelles colonies, forma un corps politique considérable, qui se décora du titre magnifique de Grande-Grèce. Le territoire qu'ils occupèrent le long de la côte, pourvu de golfes spacieux , de baies et de promontoires , agréablement diversifié par des collines et des plaines fertiles , arrosé d'un grand nombre de fleuves, orné des plus riches perspectives et de tous les attraits d'un beau climat, leur ofTroit éminemment tous les avantages physiques que peut procurer la nature sans le secours de Fart. L'égale répartition des terres les plus abondantes , la simplicité des mœurs , la modération des
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impôts, la vigueur des lois, et cette énergie naturelle qu'a toute société naissante pour surmonter les obstacles, firent bientôt de ces laborieuses colonies un des Ëtatslesplus riches et les plus florissants. Lestypes monétairesde toutes les républiques Italiotes attestent à quel point l'agriculture, la navigation et le commerce (i) étoient en honneur parmi ces peuples. La grande fertilité du sol , comme nous le Savons plus particulièrement de Sybaris, étoit due surtout au soin que prenoient les habitants de régler, de distribuer et de contenir le cours des eaux (a). Dans un climat chaud, l'irrigation est la nourrice naturelle de l'agriculture ; mais on n'obtient ce précieux avantage que par une continuité de précautions et de travaux, dont la négligence prpduit aujourd'hui dans ces mêmes provinces , au lieu de la prospérité et de Ji'abondance , l'insalubrité et la misère. Parmi tant de causes pbysi-
(i) Toutes les médailles de la Grande-Grèce font allasion aux idées et aux*senliments qui dominoientses habitants. Cérès , les bœufs , les épis , les grains de froment , la corne d'Amalthée, etc. , sont les symboles de l'agriculture et de l'abondance ; de même que Neptune , Mercure y les dauphins , les tridents , les ancres , les rostres , les navires , qui se répètent fréquemment sur les types monétaires , désignent la navigation et le commierce.
(2) Diodor. XII , 9 ; Athen. XII ,3.
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ques et morales qui firent prendre un accroissement si rapide à la fortune de ces colonies^ on doit mettre au premier rang le sage exercice de cette liberté qui assuroit à chacun le droit de se conduire de la manière la plus conforme à ses intérêts : principe si naturellement fondé en raison que les anciens assimiloient les devoirs des colonies envers leurs métropoles à cette subordination complaisante y mais spontanée^ d'un fils émancipé à l'égard de son père (i).
Uniquement attentifs à leur propre gloire, les Grecs songèrent peu à nous instruire de l'état de nos peuples, lesquels, à ce qu'il paroit, n'avoient cependant pas négligé de profiter avant eux des avantages que la nature leur ofiroit avec profusion. Aussi voyons-nous que Témèse, une des plus anciennes et des plus florissantes cités de la Grande-Grèce, avoit été d'abord élevée par les Ausones ou par les Osques , et fut depuis occupée par les Étoliens (2). Les lapyges, au rapport d'Épbore (3), écrivain estimé, possédèrent long-temps Crotoné , dont le site admirable sur les bords fleuris de FEsarus, non loin
(i) Plat. De Leg. VI, p. 754; Timaeus , ap, PoljV XII ,10; Dionys. III , 1 1 .
(a) Strab. Vl , p. 1 76 ; Plin. III , 5. (3) ^/». Strab. VI , p. i8i.
des rives du Nééthus (i), avoit nëcessaîrement du fixer lattention des indigènes. La contrée de Tarante, remarquable par sa fertilité (a), se trouvoit également au pouvoir des lapyges- MessapeSy lorsqu'elle fut soumise par Pha-» lante , chef des Parthéniens (3) , qui eurent la gloire de réduire un pays barbare en colonie grecque. Brindes avoit reçu son nom imitalif d'un mot de la langue messape (4) f laquelle cer* tainement n'étoit pas grecque. Enfin , il parent que la ville de Pestum , située dans le territoire des Lucaniens, portoit dans lorigine le nom barbare de Phic|tu (5) , et que les Sybarites lui —————— i»—^i»*~—»^—^i**— Il i I ■ 1 1 —1^— 1 1 1 ■■ .»»^^»< f ■ »
(i) U , dit Théocrite (/4r//. IV, a3-25), fissent les plus belles fleurs, le cytise, Tégipire, la mélisse odorante. Deiiys {Perie^, v, 370) l'appelle Xupuif AiWftf.
(2) Saturum Tarenium. Virg. Georg, II , 197 ; Serv. et Prob. ad h, L
(3) Strab. VT, p. 292; Dionys. Epitom, XVIÏ; Pausao. X, 10; Justin. 111,49 i^ • Expugnatis veteribus incolis . sedes ibi consiiiuunt. #
(4) Strab. VI , p^. igS : TJ il Mtmtirm'yXmrry fipivriov 9 «f ^«Ai9 TU f A«^v ttiiXunci ; Seleucus , Glossarium ap. StiBpb. Byzant. v. Epifr^Vrov. Ce nom lui vint dans l'origine de son double port, lequel, comme on peut le voir dans tous les atlas cotiers, a beaucoup de ressemblance avec une tête de cerf. »
(5) Phistu étoit le nom le plus ancien de cette ville, doQt les médailles ont pour légende |MV*f^l8 Phistu^