‹ L'Italie avant la domination des RomainsChapitre 126 sur 283 · N° XV · texte numérisé non relu

N° XV

C'est sans doute un grand avantage de notre siècle que l'esprit de critique qu'il a porté dans l'étude de l'antiquité; mais, si cet esprit de critique ne consiste qu'à rejeter sans examen des traditions autorisées ^ à couvrir de mépris les noms des écrivains qui nous les ont transmises, à substituer aux faits les plus authentiques les conjectures qui paroissent les plus spécieuses, à composer l'histoire à sa fantaisie, san$ se mettre en peine des témoignages et des monuments ^ur lesquels elle est fondée, un pareil esprit, loin d'être utile au progrès des connoissances historiques, en est ceruinement le plus dangereux ennemi. La critique véritable est celle qui, pesant et examinant nulreinent toutes choses, s'attache à discerner le vrai du faux, à distinguer dans un événement réel les cir*

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cODâtances accessoires et fabuleuses, à, discuter les témoignages, à opposer les autorités, et à ne rejeter enfin comme absurde et mensonger, que ce qui choque évidemment, non les idées d'une vraisemblance individuelle et capricieuse, mais les principes de la raison universelle. C'est là la seule critique qui mérite ce nom , et qui soit réellement philosophique. Notre auteur peut, comme il le dit spirituellement, révoquer en doute la veni^e d'Hercule et d'Enée en Italie , sans craindre l'Aréopage ou le collège des pontifes. Mais il est d'autres tribunaux encore dont il doit redouter le jugement; et Caton, qui apparemment ne craignoit pas plus que M. Micali, la sentence de TAréopage, se seroit bien gardé de braver les arrêts de la raison et l'autorité des traditions de son pays. L'auteur qui , d'un seul trait de plume, voue au mépris celte foule d'écrivains qui fleurirent dans Rome savante et maîtresse du monde, a-t-il allégué un seul fait à l'appui d'une opinion si injurieuse, et croit-il qu'en les traitant de gibier de gens /bibles de reins ^ il a satisfait à toutes les lois de la critique et de la politesse ? Nous n'imiterons pas son exemple ; et , satisfaits d'avoir caractérisé à notre tour Pesprit de système et V esprit de critique^ nous nous garderons bien surtout de donner comme un argumenf; historique un sarcasme de Montaigne. B.-R.

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