‹ L'Italie avant la domination des RomainsChapitre 128 sur 283 · N^ XVII · texte numérisé non relu

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Je ne ferai plus, sur toutce chapitre , qu'une observation générale. L'auteur, fidèle à sa manière de raisonner, jette le discrédit sur tous les témoignages qui contrarient son opinion , et n'allègue aucune preuve pour les affoiblir , ou pour la confirmer. Ainsi , lorsqu'il indique les traditions relatives au passage des Œnotriens, il les appelle aussi suspectes que tardwes , et n'entreprend point de motiver ce jugement sévère» Cependant ces traditions nous viennent de Denys d'Haiicarnasse et de Pausanias, qui lesavoient recueil* lies, le premier, dans les écrits d'Antiochus deSyracuseet d'Hellanicusde Lesbos, historiens des cinquième et sixième siècles avant notre ère ; le second , dans les arcliives mêmes et les souvenirs du peuple qu'elles concernent : voilà sans doute des autorités qui ne sont ni suspectes m tardives y ou, dans ce cas, il faut proscrire Thistoire ancienne tout entière ; car , sur aucun point, on ne trouvera un pareil concours de témoi* gnages graves et Authentiques. Quels garants , s'écrie M. Micaii, Denys altegue-Uil h V appui d'un épisode si tien circonstancié? le viens de répondre k cette

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question ; j'ai montré que le témoignage de Denys n*étolt ici ni le seul, ni le plus imposant^ et j ajoute que M. Micali ne devoit point omettre le nom de Pausanlas, dont la relation, puisée à des sources différentes, confirme si pleinement celle de lauteur des Antiquités romaines. Est-ce avec des phrases prétendues philosophiques, que Ton doit chercher à ébranler la foi due aux plus graves monuments ? M. Micali fait cependant ce'qu il appelle une concession ; il accorde que les Pélasges des côtes voisines de l'Epire purent effectuer une descente et faire quelques 'courses en Italie, même y sgourner quelque temps. Mais il nie qu'ils aient pu y fonder tant de villes , en un mot, exercer tant d'influence sur la civilisation de V Italie. Quant à nous , nous ignorons l'art de ces distinctions , au moyen desquelles on ne trouve dans les auteurs que ce que l'on veut y voir , en rejetant ou ap« prouvant telle ou telle partie de leurs relations, selon qu'elle arrange nos idées et se prête à nos systèmes. Les témoignages qui attribuent aux Pélasges la fondation de plusieurs villes, sont les mêmes que ceux qui attestent leur passage de TÉpire et leur séjour en Italie : tous ces fails essentiel! enient liés ensemble, doivent donc avoir à nos yeux le même degré de certitude, et, ne choquant pas plus la vraisemblance les uns que les autres, nous devons les admettre tous ou les nier tous. La douteuse autorité des poètes, des grammed^ riens ^ dit M. Micali: mais ce ne sont ni des poètes ni des grammairiens , qui , les premiers, nous ont transmis ces traditions \ et de ce qu'elles ont été répétées de-

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puis par des poètes et des grammairiens ^c est pour nous une raison de croire qu elles avoient acquis de Ja célébrité et de la consistance , et non d en déclarer r autorité douteuse. M. Micali soutient que les peuples indigènes de F Italie^ réunis long'temps avant en corps de nations qui possédoient un culte y des lois et des mœurs propres et particulières , a^^oient sur les tribus errantes des Pélasges tous les avantages dune société régulière. Mais, si on lui demandoit de fournir la preuve d^iine seule de ces assertions , il h*en pourroit alléguer d autre que sa propre opinion; et, de bonne foi , Tautorité de M. Micali doil>elle prévaloir sur celle des plus doctes écrivains de l'antiquité ? Il avoue que c*est Varron qui le premier accrédita parmi les Romains la tradition de l'établissement des Pélasges. Varron étoit-il donc un homme si dépourvu de lumières, qu'on ne doive tenir aucun compte de son opinion ? et croira-t-on que le désir ^illustrer les ori^ gines nationales^ motif que M. Micali prête perpétuellement aux auteurs anciens, ait seul influé sur les idées que Varron s'étoit faites à ce sujet? comme si les Romains du siècle d*Auguste avoient pu trouver beaucoup d'honneur à attribuer la civilisation de ritalie à quelques hordes un peu moins grossières venues de la Grèce tant de siècles auparavant ! En vérité, je ne conçois pas comment on s'obstine à trouver toujours de la vanité dans tout cela. R.-R^

N- XVIIL ur semble ne pas s'apercevoir des nombreuses

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contradictions où son système le pousse. Il indique, sur la foi de Polybe, les passages des tragiques à rhonneur des Vénètes, et il en conclut que la réputation de ce peuples'accrut par de pareils éloges. A-t*il oublié que, dans un chapitre précédent, sur la foi de Pline et de ce même Polybe, il s*est prévalu de rignorance oîi ces tragiques, et même les historiens les plus instruits, étoient plongés à legard del'lulie, pour tirer de cette ignorance une induction absolument contraire? Mais si, au temps de Sophocle et d*£uripide, les Grecs connoissoient si mal les peuples et les régions de l'Italie, il falioit donc que les traditions qu'ils nous ont conservées sur ce sujet, et no* tamment celle qui concerne l'origine grecque des Yénètes, fussent fondées sur d'anciens souvenirs, restes d*un temps où il existoit des relations entre les deux pays. M. Micali rejette cette tradition , sur la seule présomption que l'identité du nom des Yénètes paphlagoniens et des Yénètes de l'Adriatique a pu la faire imaginer aux Grecs. Mais une présomption, quelque probable qu'elle soit, doit<«lle prévaloir sur des témoignages nombreux et positifs , qui au reste ne choquent en rien la vraisemblance ? M. Micali assure que les Kénètes cCltalie itoient connus depuis longtemps dans la Grece^ assertion qui contredit encore toutes ses assertions précédentes sur la profonde ignorance des Grecs relativement à l'Italie. D'ailleurs, comment prouve-t-il cette assertion ? par le témoignage d'Hérodote, qui, ayant passé la dernière et la plus considérable partie de sa vie en Italie, a pu

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apprendre, pendant son long séjour à Thurium, le peu qu'il a dit des Yénètes ; par le périple de Scylax/ dont l'âge et lauteur sont encore un problème parmi les savants, mais qui, d'après un certain nombre de notions évidemment récentes, semble devoir être rapporté à une époque assez moderne ( i}oy. Uodwell, Dissert, ap, Geogr. Min, Grœc. tom. L) ; enfin par Scymnus de Chios, écrivain également moderne, puisqu'il llorissoit , selon Topinion la plus commune, sous le règne d'Auguste, et qui d'ailleurs n'a fait que mettre en y&rSj comme il latteste lui-même ( V. 1 1 5 ), les notions qu'il avoit puisées dans l'eu* vrage d'Ëphore , cet historien taxé par M. Micali luimême, d'une ignorance si profonde, et qui me semble au moins fort douteuse , relativement à l'Italie. Com* ment donc peut-on conclure , de toutes ces notions contradictoires, que les Grecs aient inventé le conte de Torigine grecque des Yénètes ? R.*R.

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