‹ L'Italie avant la domination des RomainsChapitre 129 sur 283 · N« XIX · texte numérisé non relu

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En aucun endroit peut-être de son livre Fesprit systématique de M* Micali, ne s'est montré plus sensiblement , et, j'ose ajouter , plus malheureusement , que dans celui-ci. Après avoir insinué, pour décréditer la tradition relative à l'établissement des Yénètes sujets d'Anténor, que cette tradition venoit des tragiques, il ne peut dissimuler qu'elle n'ait été suivie par deux graves historiens , Ménandre et Strabon. L'accord des auteurs latins avec les écrivains grecs , sur un point si important de leur ancienne histoire,

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/eût pu former une objection redoutable ; notre auteur s'en débarrasse au moyen de cette éternelle vanité qa'il suppose aux Romains , et il ajoute qu ils acceptèrent sans autre examen et commentèrent avidement une tradition qui flattoit leur amour-propre national. Quels sont-ils cependant ces écrivains que M. Micali croit avoir le droit de traiter si légèrement ? c est Caton, ce même Caton que, quelques pages plus haut, il a déclaré un profond investigateur de rantiquitéy un homme des sentiments duquel on ne pouvoit s*écarter sans se rendre coupable d'une présomption ridicule; ce sont encore Tite-Live, Cornélius-Népos , Pline, Justin , que M. Micali enveloppe tous dans le reproche de serçiles copistes de Caton , et qu'il qualifie tous pareils aux moins judicieux historiens du Latium, M. Micali ne les estime pas même assez pour discuter leur témoignage ; et pourtant celui de Tite-Live , en particulier, méritoitbien qu'on s'y arrêtât. Tite-Live étoit de Padoue, de cette ville dont l'opinion générale de l'antiquité attribuoit la fondation à Anténor ; son témoignage, en pareil cas, a donc tout le poids d'une tradition ancienne et nationale. Tite-Live ajoute des faits positifs à la relation vulgaire. Il parle d'un lîéu nommé Troja^ en signe de l'origine troyenne de se& ' habitants , et qui de son temps portoit encore le nom de Pagus trojanus. Pline , selon M. Micali , ne semble pas trop persuadé de la vérité de cette histoire ; et, tout au contraire, Pline la rapporte en y donnant son assentiment dans les termes les moins équivoques. La même observation s'applique à ce que notre

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auteur dit ici de Topinion de Strabon : cet écriyain, après avoir rappelé, Liv. Y, p. siâ, B, les di* yers sentiments des anciens sur Forigine des Yénètes^ dit positivement qtie celui qui leur attribue une extraction tr.oyenne, est de tous le plus probable* Il y a donc ici infidélité dans la manière dont notre auteur cite ou interprète les témoignages des anciens ; mais ce n'est pas tout encore ; il s'autorise à\x/ameux discours de Dion Chrysostôme, où il est dit que les Vènetes cT Italie existoient long-temps avant la fuhu-leuse arriifée tVAntênor^ comme si ce discours , jeu de rimagination d'un rhéteur, étoit de quelque poids en critique! comme si son auteur, qui florissoit dans le second siècle de notre ère , eût possédé sur longine et rhistoire des Yénètes, des documents dont tant de doctes historiens de la Grèce et de Rome^ Hérodote etCaton àleur tête, auroient été privés pendant cette longue suite de siècles ! Telle est enfin la prévention de M. Micali, qu'il s'appuie de témoignages directement contraires à son idée. Ainsi il allègue le passage si connu de Polybe, II, 17, où il est dit que les Fé^ netes ont une origine ancienne j et que leur langue dif* Jcre de celles de toutes les nations celtiques qui les ençi^ ronnentj et il ajoute que Pline a £iit plus tard la même observation, XXYI, 7 : n'est-ce pas là un Êii tentièrement favorable à l'opinion qui attribue aux Yénètes une origine grecque^ et par conséquent étrangère aux Celtes ? Cette induction n*est-elle pas encore confirmée par un autre fait que Strabon rapporte (Lib. Y, p. 316, A), savoir que les Yénètes, quoique entourés d^ toutes

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parts de peuples ennemis de Rome , tels que les Garni , les Medùaci^ les Symbri^ avoient toujours combattu dans le parti des Romains , même avant les guerres puniques P Quel pouvoit être, en effet, le principe d'une alliance si impolitique et si dangereuse à cette époque, entre les Romains et les Yénètes, si ce n'est la persuasion des'lors établie chez ces deux peuples , qu'ils avoient une origine commune? et quand nous voyons ce fait singulier , d'accord avec la diversité du langage attestée par Polybe et par Pline , s'expliquer si naturellement par lopinion de l'origine grecque des Vénètes, adoptée par toute l'antiquité; quand cette opinion, appuyée sur tant de témoignages, ne blesse point en elle-même les règles de la vraisemblance , est-il permis de la rejeter sur une simple présomption et sur les motifs les plus frivoles P R.-R.

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