CHAPITRE m
qu'extérieurs qui interessoient la société coiniDune : aussi) dans ces siècles agités par la guerre dont les impulsions étoient si rapides , yit-on naître les révolutions les plus désastreuses pour nos peuples.
Dès le premier pas que nous faisons dans l'histoire de l'Italie , nous voyons s'ouvrir une vaste scène d'agitations. Nous tenterions en vain dé suivre le fil des événements dans ces temps rustiques et guerriers ; lâen que notre imagination soit continuellement frappée de traditions qui nous restent de scènes tragiques , lesquelles nous indiquent les plus grandes révolutions dans la succession de ces peuplies. Sous le nom générique de Sicules , d'Ombriaûis ^ de Liguriens, d'Osques, les historiens nous ont montré , quoique d'une manière très confuse , les premières coif^dérations italiques ^ puisqu'il ne reste aucun témoignage certain de l'existence de peuples antérieurs ; mais tout nous prouve que sur les ruines de ces anciens peuples . s'élevèrent toutes les nations que nous voyons ^ sous d'autres noms , figurer* dans les temps historiques^ L'humeur belliqueuse des antiques habi^ tants de l'Italie avoit son principe dans la vie pastorale et agricole^qui favorise meï^veilleusement les inclinations guerriçtea. Paqs cet état, les hommes encore grossiers , > et. bornés aux occupations de < première uéccssijé , ; on( beau-
'tf
38 TREMIES t PARTIE.
coup ée tenups à leur dieposîtion , et peuvent Étalement être employés a la défen&e de la pa^ trie, ou hien, sous ce prétexte, deTenir les tnstrulnents des passions ambitieuses de leurs chefs. C'est ainsi que la valeur des peuples Ita« liques fut de bonne heure tenue perpétuelle-^ ment en haleine ^ et servit souvent de véhicule à cette humeur fière et inquiète qu'alimentoit le génie de la liberté.
Mais les passions qu'excitèrent ces dissen-» sions fraternelles , et les nouveaux intérêts auxquels elles donnèrent naissance ^ n'étoient pas de nature à se calmer et à «'éteindre en peu de temps. Dans le cours de ces luttes guerrières , souvent converties en lutte d'honneur , se formèrent de nouvelles combinaisons de peuple^ qui firent prévaloir sous un nofp nouveau leur confédération la plus nouvéfte, d'où résultèrent de nouvelles fédérations et de nouvelles ^ existences politiques. La destruction d^une ancienne ligue , comme nous le verrons en particulier à l'égard des Siçules et des Osques , suffit pour atfoiblir et presque pour anéantir une domination jusque-là prépondérante. Il arriva parfois , au contraire , que les tribus qui se séparèrent de ces premières confédérations acquirent im nouvel accroissement dé force et de puissance, et de nouvelles limite!». De cette manière y les Etate les phn anciens s'affoiblissant
CHAPITAX m. ' 39
Ifradaellement , firent place à d'autres q«ij mayennant la vigueur de leurs récentes însti*» tintions et Tascendant de leur nouvelle fortune , se rendirent ai célàfares dans l'histoire.
Telle est l'idée la plus générale que nous poissions nous former des premières révolutions des peuples italiques y révolutions obscures qui révèlent y îl est vrai, le génie d'un âge encore barbare y mais qui finirent par donner une forme plus staUe à la constitution politique de noS'[urovînces. Il semble d'abord impossible de découvrir la cause de l'établissement primitif d'un grand nombre de colonies sur les terrea limitrophes de l'Italie^ et de rendre raison de cette singularité qui leur &isoit si facilement prendre un tkku ^lEérent d« celui qui les avoit formées; mais une andeane coutume dont le' souvenir nous a été conservé , et qui avoit pris son origine dans les cruelles superstitions des premiers habitants de Tltalie , jette du jour sur cette question. Plqs on remonte vers Tenfance des sociétés, plufondoit s'apercevoir du défaut dacnlture, et de ces arts industriels qui aervent aux besoins'de la vîe« Ckmime l'oiercice favori de la cha^e ne permettpit poûat de porter la hache dans les forêts , et que la majeure partiedes terres étoift consacrée aux pàtmrages , il n'en restqit qu'une «bie» petite pwtio^ pour les tra«*
4ô PREMIERE PARTIE.
vaux d'une agriculture grossière et négligée* La nourriture des peuples étant donc bornée à quelques foibles produits de la terre, et leur opinion réglée sur le grand intérêt de leur subsistance, chaque intempérie qui faisoit manquer la récolte annuelle étoit -considérée comme une calamité publique , dont on accusoit en même temps et Tavarice du sol et le courroux des dieux. Pour écarter de semblables désastres , ou quelquefois aussi pour prévenir les dangers d'une guerre dévastatrice , on faisoit des prières et des sacrifices solennels : mais lacté le plus méritoire étoit de consacrer, avec l'assentiment de tout le peuple, aux dieux, maîtres souverains incontestables de la nation, une partie de toutes les productions qui naiseoient dans le cours d*un printemps , sans en excepter les enfants. La superstition suffisoit pour rendre in* violable et sacré ce vœu de nos pères , subjugués par la terreur ; mais il fallut lascendant d'une plus haute civilisation pour les détourner de la barbare coutume d'immoler des victimes humaines. Cette cérémonie sanglante abolie, on y substitua l'usage plus doux d'envoyer ces enfants , devenus adultes , chercher hors de leur patrie un nouvel asile , sous la protection du dieu auquel ils étoient consacrés^ Cette coutume religieuse , que nous trou vobb souvent repro-
. CHAPITRE m. 4'
duUe dans àe semblables circonstances chez d^ peuples étrangers , également nomades , donna lieu à ces migrations fréquentes qui , tantôt par la force des armes; tantôt par la voie des con«ventions, jetèrent les fondements de nouvelles sociétés (j). L'esprit d'un siècle où le système politique étoit habituellement lié aux maximes de la religion^ faisoit regarder comme sacré rétablissement de ces colonies (a). Chacun s'estimoit heureux de pouvoir s'associer à la fortune d'un peuple si dévoué et si cher aux dieux. Il est facile par là de comprendre comment , dans un siècle de superstition , un petit nombre d'hommes put devenir le centre d'une foule de popu-* lations libres» leur communiquer son nbm, et former avec le temps des Étatscélèbres. Pline (3) nous a conservé la tradition que, par suite d'un de ces vœux fiiits dans un printemps sacré , les Sabins avoient donné l'origine aux Picentes et aux Samnites , et ceux-ci aux Lncaniens (4)«
(i) Dionjs. ly 16* 38^ Sirab. V, p. 172 ; Sîsenna. Hist. apud NoDÎum , XII ,18; Festus , in ver sacr. et Marner t ex Allîo; Conf. Liv. XXII, lo.
(â} Sacranas acies Ardearum voluot , qui aliquaudo, quampestilentlâlaborarent, ver sacrum voverunt. Serr. in AEneid, Vil , 796 ; Sisenna 1. c.
(3) L. IIÏ , 5.
(4) Strab. V, p. i58. ed.Casaub. 1587.
4 a PRElilEKE i*ARTlE.
I Nous ferons connoltre dans les chapitres suw yants les révolutions ultérieures de ces peuples appartenant à la grande famille italique, et par quels événements ils parvinrent à occuper une place distinguée dans Tbistoire. Notre curiosité aspireroit à soulever entièrement le voHe de ces siècles obscurs , auxquels peut-être il n'a manqué que la plume d'un Thucydide ou d'un Tite-Live pour devenir fameux dans la postérité* Si le vigoureux pinceau de Tacite, et non le foible crayon de Claude (i) , a voit entrepris de venger d'un injuste oubli les actions de nos peuples, nous admirerions aujourd'hui leurs vertus, comme nous vantons les simples et mâles insti* tutions des Germains. L'histoire de l'Italie an« tique, défigurée par les Grecs et méprisée par les Romains , ne nous offre plus que les restes épars et mutilés d'un vaste édifice; mais ces ruines , semblables à celles du majestueux Colisée , nous permettent encore d'admirer, dans la beauté de leurs proportions, leur grandeur primitive. Nous tenterons de dégager Tltalie des ténèbres, des fables et des calomnies" oir elle a été plongée. Mais , avant de rassembler les débris dispersés du naufrage , et de parcourir la
(i) Cet empereur avoît écrit une Histoire des Étrus ques en vingt livrf 0. Suetoa. in Claud, 42.