‹ L'Italie avant la domination des RomainsChapitre 151 sur 283 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

esclaves ne pouvoient former un nombreux domestique chez un peuple laborieux et frugal. Les mœurs suffisoient pour entretenir leur fidélité : car vivant y mangeant et travaillant familièrement avec les maîtres , il falloit que ceux-ci les traitassent avec beaucoup d équité et de douceur. Les riches possesseurs de terres étoîent de plus entourés d'une grande quantité de clients et d'ouvriers salariés et. libres qu'ils employoient aux travaux de l'agriculture et des arts utiles, pour lesquels ils avoient une estime particulière. Les esclaves proprement dits n'étoient pour la classe opulente qu'un objet d'ostentation et de luxe : aussi n'est-ce qu'aux époques de décadence (i) qu'on voit paroltre en Étrurie ces instruments de plaisir et de magnificence qui n'y furent con-nus que très*tard.

Quoi qu'il en soit, cet amour de la patrie qui embrasoit tous les Italiens d'une si grande ardeur f les portoit nécessairement à chérir leurs usages et leurs lois. Les législateurs les plus éclairés, pour inspirer le goût de la morale, l'enthousiasme de la vertu et l'héroïsme, ont toujours regardé les institutions comme plus puissantes que des lois promulguées et écrites. Les mariages samnites donnent une belle idée

(1) Liv* V, I. Diodor. V, 40 et al.

3o PREMIERE PARTIE.

de rinfluence morale qu'exerceat certaines coutumes en nourrissant dans les cœurs une sainte et patriotique émulation. A des époques de Vannée fixes et solennelles^ les censeurs, dans une assemblée publique, examinoient la conduite des jeunes gens , et en' choisissoient dix des meilleures mœurs dans chaque sexe. Celui qui avoit été jugé le plus vertueux avoit le droit de se choisir, parmi les jeunes filles, Tépouse qui lui agréoit davantage. Après lui choi^issoit celui que les suffrages avoient placé au second rang; ceit honneur s'étendoit successivement sur tous ceux des autres, que des actions avoient également rendus recommandables. Pour les honorer davantage et assurer leur fidélité, les jeunes époux recevoient leurs femmes. des mains mêmes des magistrats, sous la condition d'en être séparés s'ils se souilloient de quelque bassesse indigne d'un citoyen (i). Ainsi les dons de lamour récompensoient la vertu; et comme Ta remarqué un habile politique , on ne pouvoit imaginer une récompense plus noble, plus grande, moins à charge à un petit État, plus capable dagir sur l'un et l'autre sexe (a). Les Sabins, les Samnites

(i) Strab. y, p. 173; Nie. Damasc. <ip. Stob. Scrm, LXII, p- 291.

(2) Montesquieu , Esprit des Lois, VII , 16.

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