‹ L'Italie avant la domination des RomainsChapitre 153 sur 283 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

ReVgion.

SîiL est vrai , suivant le mot trop femeux d'un ancien, que la crante engendra les dieux, aucune contrée ne fut plus propre <jue- l'Italie à inspirer à ses habitants les sentiments qui de- é voient les disposer bientôt aux affections religieuses- Des volcans, des tremblements de terre, des bouleversements fréquents, des inondations immenses jetoient dans les esprits cette inquiétude, cette curiosité qui portent à rechercher dans les phénomènes de la nature la trace d'une puissance invisible. Le grossier entendement des peuples barbares ne pouvoit imaginer un système plus en harmonie avec leur état que le polythéisme, espèce de système religieux qui ' paroit un des plus anciens du monde. Les hommes, frappés de l'idée simple et vraie d'un être tout puissant et supérieur à eux-mêmes, durent naturellement honorer de leurs hommages tout objet inconnu qui leur paroissoit doue d'une certaine force ou d'un pouvoir singulier. La vanité ne se développe que dans l'état de civilisation; un sauvage devoit se priser moins que tout ce

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dont il étoît entoure. Ne connoissant rien y il admiroit tout; et comme les premiers sentiments religieux s'élevèrent dans des coeurs en proie à la foiblesse et à l'ignorance , les êtres environnants devinrent les uns après le» autres des dieux pour les adorateurs qui leur supposèrent de l'intelligence et de l'autorité. C'est ainsi que les peuples s'accoutumèrent à regarder comme divin tout ce qui leur paroissoit puissant. Mais dès que l'esprit humain commença de s'élever à la contemplation des idées générales^ il attribua le gouvernement physique et moral de l'univers k une multitude de dieux dont chacun eut son domaine privé et ses fonctions particulières. Chaque peuple eut parmi eux ses divinités protectrices dont il imploroit continuellement les bienfaits y sans savoir trop comment faire pour les obtenir. Mais les germes religieux pénétrant plus avant dans des cœurs grossiers , il est certain que par l'adroite insinuation des prêtres y la faveur et la colère des puissances célestes devinrent l'objet des sacrifices ^ des prières et des cérémonies diverses entre lesquelles on voit constamment vaciller la crédulité des mortels. Cette avide curiosité ^ toujours désireuse de pénétrer dans l'avenir ^ entraîna l'homme dans les erreurs les plus funestes ; on fit d'extravagants efforts pour se concilier ce pouvoir mystérieux.

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maître des destinées de chacun. Comme les peuples barbares se soumettent aveuglément aux sacrifices qu'impose la divinité, mais résistent impitoyablement aux moindres atteintes que des audacieux veulent porter à la liberté de leurs semblables , il en est résulté que les siècles les plus reculés sont souillés des superstition^ lés plus féroces. Un zèle impie imagina que le sang des hommes seroit loffirande la plus agréable qui pût être adressée aux dieux protecteurs des nations; cet horrible forfait déshonore les premières périodes de toutes les sociétés humaines , et nous en retrouvons des vestiges non équivoques dans les maximes religieuses de nos ancêtres (i). Une erreur si fatale h l'humanité ne fut cependant pas de longue durée dans nos provinces, qu'une prompte civilisation purgea bientôt de ces cruels us£^es (a). Ainsi la religion

(i) Voy. tom. I. ch. III. Il est plusieurs fois fait mention de vîetimes htunnaec chez les peuples voisins du Tibre. Ytco a cru eu tvoîr Mtyoavë des vestiges dans ces antiques mots SaUimi hositm^ei le poète Bo*nius fait sûrement allusion à ce barbare usage daiif le vers suivant :

Ille sttoi di»eis,mos sacrifieare puelios.

Fragm, p. aS.

(a) On sait que les sacrifices humains sont encore aujourd'hui une partie importante des rites indiens , con-

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épurée prit un esprit moins superstitieux et plus conforme aux lumières des temps; elle conserva toutefois une salutaire influence sur Thomme dont lame est constamment accessible à la crainte ou à l'espérance.

Dans le système du polythéisme , le nombre des dieux , toujours augmenté par la crédulité du vulgaire ou par la foiblesse de Tintelligence humaine, dut se multiplier à Texcès, pour répondre à la diversité des pbénoiâènes qu étale si abondamment la nature , et dont la pénétration des plus habiles se trouve souvent confondue. La populeuse famille de ces divînilés se partageoit en différentes classes, dont chacune étoit fondée sur une base allégorique, et dont l'ensemble formoit toute la science mystérieuse du paganisme. Le langage poétique et figuré des temps primitifs revêtit d'images et d'emblèmes une doctrine abstraite ; tous les êtres du monde visible furent personnifiés; on les fit vivre , et on les fit agir. Les chefs et les gardiens de la religion avoient sans doute des idées plus relevées sur l'essence divine, mais ils n'offrirent aux sens plus grossiers des hommes moins cultivés.

serves par une disposition sanguinaire du Kalika poo^ rana, W. Ward , Account of the writings , religion and manners of the Indoos. Serampor^ 1811.

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