CHAPITRE XXII
qu'une doctrine et des traditions adaptées à leur intelligence. Les premiers théologiens, essen* tiellement poètes , créèrent donc pour les Italiens une mythologie particulière et nationale ; elle étoit relative aux besoins de la société . à la manière habituelle de vivre , et exprimée sous des formes fabuleuses et symboliques , tels que l'âge d'or et le règne de Janus et de Saturne. Ces créations, bien qu'embellies et perfectionnées par les écrivains , n'en ont pas moins conservé une certaine teinte de simplicité rustique très-propre à caractériser l'époque où elles virent le jour • Les divinités champêtres , qui présidoient aux travaux et aux plaisirs des agriculteurs et des bergers, comme les Faunes et les Syl vains, réputés les divinités tutélaires de la chasse, des troupeaux et des champs, étoient telles que pouvoient les imaginer leurs grossiers adorateurs. Aussi ne remarque-t'On dans les inventions de la mythologie italienne ni la beauté ni la grâce qui caractérisent celle des Grecs, c'est qu'elles sont bien plus anciennes. Les peuples. d'Italie n'eurent pas un Homère pour raconter en vers divins l'histoire de leurs dieux ; ils n'eurent pas un Phidias pour en tracer les images d'après l'idée du poète, et pour leur créer des formes où triomphassent la puissance et le prestige de l'art. Imitant la nature, et simples comme elle, les
iaventeurs dii polythéisme italique , sans chercher à revêtir leurs divinités d'attributs brillants , les représentoient par des symboles expressife qui s'accordoient le mieux avec les mœurs de la nation. Mais cela même devint par la suite la cause du mépris où tombèrent ces divinités , et de lempressement universel avec lequel les Italiens » plus cultivés , adoptèrent les dieux de la Grèce.
A la tète des dieux de Tantiquité, nous apercevons Saturne (i) ; il se retrouve chez leis Aborigènes, auxquels il enseigne les principes de l'agriculture et de la civilisation ; aussi est-il tonjours représenté armé d'une faux , symbole de l'art du laboureur^ et Ton suppose qu'il fut l'époux d'Ops ou de la Terre (2) . Janus, divinité qui n eut jamais sa pareille dans la Grèce (^), figuroit vraisemblablement la toute-puissance de, la nature et l'universalité de ses attributs ; il étoit regardé
comme le premier principe de toutes choses (4)«
(1) Virg. jfEneid. YIII, 319, seq.
(2} Varro. L,L. lY, lOjMacrob. Sat, I, 10; Serr. n, 53a.
(3) Nom iibiparnulhim Grœcia numen habei. Ovid. Fast, I, 90.
(4) Macrob. Sat.îf 9^ August. Je CiviL Dei, VII , 7. Le Janus des Italiens , comme le Bacchus des Grecs et rOsirîfi des Egyptiens, comprenoit , d'après plusieurs
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De Ik vient que toutes les prières des anciens commençoient par lui (i), et les prêtres Saliens, dans leurs hymnes , le saluoient du titre sublime de Dieu des Dieux (2) , comme s'il eût été l'origine de toute création et des immortels euxmêmes. L'opinion qui établissoit Janus pour l'arbitre de la paix et de la guerre » n'étoit sans doute fondée que sur l'idée de sa puissance et sur l'antiquité de son culte. Dans les allégories de lltalie^ comme dans celles d« la Grèce ^ tous les dieux furent considérés comme formant une seule famille ; car dans tous les pays , Fbomme eut la foiblesse de vouloir juger ce qu'il ignore , d'après les lois de sa propre nature. D'ailleurs l'idée de génération entroit plus aisément que celle de création dans des esprits grossiers. Picus^ Faunus , et les autres anciennes divinités appartenant à cette dynastie céleste , furent toujours
•ymbolcft myitiques, le pouroir imiyersel àe crier et d'engendrer ; et plusieurs emblèmes expriment ses attributs et ses divers modes d'action.
(1 ) Horat. II, S ai. YI , ao-r4* RelatÎTement k la coutume d'invoquer Janus avant tous les autres dieux , dans toutes les prières et dans tous les sacrifices , yoyes Bris* son en ses Formules, L. 1 , 76 , et Davisius sur €icëron , de Nai. deor. II , 27.
(2) Deorum Deus. Hacrob. SaU 1 9 g»
4o PREMIÈRE PARTIE.
reconnus pour être de la famille de Saturne (i) , et vénères comme saints ou sacrés (3). Camésaou Camésena désignant la terre native (3) , fut honorée comme sœur^ compagne ou épouse de Janus. Les deux frères Picunnus et Pilumnus, Maja, Angerona, Carna^ la bonne Déesse, Morica, Salacia, Venilia, Fauna, et beaucoup d'autres déités du Latium sous ces noms dérivés del'idiomenationalireprésentoientautantd'étres symboliques oy de divinités panfhéennes, dont chacune avoitse$ attributions naturelles, et recéloit un sens mystique (4)« De plus , les causes
(i^ Hune Fanno et Nympha genitum Laurence Marha jéccipimus : Fauno Picus /Miter; ùque parentem Te , Saturne , rtfert : tu sanguinis uUimus auctor,
ViEG. VII, 47-49*
(3) Les anciens donnoicnt le noin de Saints à leurs dieuT y comme le témoignent surtout les inscriptions lapidaires. Marini , Iscriz. Albane , IX , p. g- 10 et al,
(3) Varro. L,L, IV, 10; Protarch. Trall. ex Hygin , ap, Macrob. Sat. 1,7: Janus cum Camese œque tndi-- . gana terrant hanc ita participata potentia possidc'* hanu
(Ji) Majam terrant esse sicut et mater magna
in sacris vocatur, Macrob. Sat. I, 1-12 ; Gell. XJII, 21. Toutes les autres divinités adoptées par lesAomains étoient considérées comme des êtres symboliques , ainsi qu'on le voit dans Varron, Festus, Gellius, Macrobe, Saint-Augustin, Arnobe, etc.