‹ L'Italie avant la domination des RomainsChapitre 161 sur 283 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

d'espérer qu'un peuple soit meilleur que ses dieux (i).

La doctrine des plus anciens théologiens, qui faisoient prendre non seulementaux dieux, mais aux bons et aux mauvais démons , une part très< active aux actions et à la destinée des hommes (2), eut de si profondes racines en Étrurie, que ses monuments représentent fréquemment des génies semblables, aidant ou favorisant les entreprises humaines , et portant du secours aux malheureux en péril (3) , comme aussi , après ■ i«*i I ■■ ■■■■ ■ ■ .

(1) L'ifidëcente scène de Feanuque de Tërenôé prouve l'impression dangereuse que faisoient ces images licencieuses de leurs divinités.

(2) Hesiod. Opéra et dics, i3i-25o; Homère et Pindare inculquent la même doctrine. Conf, Menand. Fragm, inédit, n. 2o5; Plutarch. Quwst. Plat, et Jsid. p. 643 'j Gensorin. 3.

(3) Toute l'antiquité symbolique peot servir de preuve à cette assertion. On voit plusieurs de ces génies gardiens et compagnons de l'homme , avec des yeux aux ailes , pour^ marquer leur prévoyance. Voy. PI. XXVI, 1,2, XXXII , XXXIII , XU , XUII , XLIV, XLV, LU. Figurés quelquefois sous le sexe féminin , ils ont été pris par quel» qnes antiquaires systématiques, pour dcfs furies ; maisdans des sculptnres et des peintures égyptiennes dont nous allons parler , on les trouve souvent représentés de la même manière ; d'oii il parott certain que les Étrusques comme les Égyptiens, n'ont point donné à leurs génies de

la mort , se chargeant spécialement de conduire les âmes au lieu où elles doivent recevoir la récompense ou la peine des bonnes ou mauvaises actions. Rien ne peut mieux faire connoitre la -sainteté de la religion pratiquée par les Toscans,

sexe déterminé. Conf. Crcuzer, {Sjrmbolicht und Mythologie. T. II, p. 448), oîi l'auteur expose savamment et commente notre opinion ; Paine Knight y An inquiry ùi io the ^mboîical language, p. 120, Lond. 1818. — hes !»cu]pture3 et les peintures sjnmboliques des tombeauic de Thëbes, et nommément ceux du tombeau dit de Psammétique, découvert par Beizonidans la vallée deBeban-«l-Malottk, offrent des génies ailés de l'un et de l'autre sexe , faisant l'oi&ce de génies tutêlaires et de gardiens. ( Belzoni , Researchcs in AEgjrpl, and Nubia , PL ITI , fêLg. 240-245 et 386-388-3g4 de la traduction Françoise de Depping ). On voit de même figuré sur les murs du temple d'Ipsamboul , un génie ailé , qui protège un héros porté sur un char et en action de tirer une flèche ( Stral-o ton , Journal ofEdinbourg ). De bons et de mauvais génies , tantôt du sexe masculin , tantôt du féminin , sont également dépeints sur des caisses de momies du Musée impérial de Vienne , si bien décrites par M. de Hammer { La dotirina delf Erebo presso gli Egizi , etc. ) ; on y découvre des caractères d'analogie avec les monuments des Étrusques , et àes traits de ressemblance entre les doctrines ; conformité que le temps pourra rendre encore plus manifeste par les grandes découvertes qui , grâce à l'esprit philosophique de notre siècle , se font continuel* lement en Egypte. ~ Voy. nos Éclaircissements, n. I.

GHAPITHB XXII. Sj

et son utile influence sur la vie civile, que cette sage ordonnance des aruspices, qui exigeoit qu'on élevât hors des villes les temples consacrés à Vénus y pour tenir écarté tout ce qui auroit tendu à enflammer les passions. Le même règlement avoit lieu relativement aux autels de Mars, afin de détourner les citoyens de toute guerre intestine. On plaçoit également au loin les édifices consacrés à Vulcain, pour éloigner les incendies, et à Cérès, pour maintenir l'innocence des mœurs et la pureté de la vie (i). A la faveur de règlements aussi prévoyants, la religion étrusque prêtoit à la vertu un salutaire appui; la croyance tenoit en équilibre la raison et les passions; son frein puissant captivoit le naturel immodéré de l'homme, et réprimoit les désordres dont la société civile est si souvent troublée.

Le spectacle de Tunivers , les sensations qu'il fait naitre engendrèrent dans l'homme le goiit du merveilleux; ses craintes et ses espérances lui firent tourner vers l'avenir des regards inquiets. Les oracles, les prophéties, les augures, les auspices, en un mot tous les arts de la divination, tirèrent leur origine de la nature humaine ; et dirigés adroitement par les sacrés in-

(i) Yitruv. I, 7.

terprètes^ composèrent la superstition dominante de l'antiquité païenne : les dieux fatidi* ques de l'Italie remontent effectivement Ires^ haut. Ses nymphes prophétisoient long-temps avant le prétendu voyage d'Enée et l'arrivée de la Sibylle à Cumes ( i ) . Le plus célèbre des oracles étoit Celui deFaunus , dieu profondément mystérieux et indigène du Latium (2) ; c'étoit du fond de la forêt Albunée, qui étoit comme la Delphes des peuples dltalîe, qu'il prononçoit ses ora« des (3). Fatua ou Fauna, épouse de Faunus , agitée continuellement d'une sainte fureur , annonçoit aux êtres de son sexe les choses futures (4). Les nymphes Camènes, qui habitoient le bois

(i) Varro et Fenestdla , ap. Lactant. de Jrd dei^ 22.

(2) Varr. L. L. VI, 3; Virg. VIII, 3i4; Id. Georg. 1,10. Les dieux des forêts > dits Faunes , ne furent point connus des Grecs. Tullianus Gotta , quoique pontife , dut dire {^^p» Cicer. de Nat. deor, III, 6) : Faunus omnino quid sit nescio. On voit sur nos monuments, I^. XVI et dans Dempster, PI. XII , comment les Faunes étoient représentés ches lesttrnsqnes.— V. nos Éclairciss. 11 . II.

(3) oraeula Faani ,

Fastidici genitorù , adit , Iuc0squ9 snb alta

Consulit ^Ibunea. Nemorutn quœ maxima sûero Fonte sonaif MOBvamque exhedtu opaca mephitim. Hine Italof gentes omnisqu9 œnotria teUuâ In dubiis responsa petunL . . .

ViRG. VII, 81. etc. Àdd. Dionyi. 1 , 3k.

(4) Varr. /. c. Justin. XLIII , x ; ]tfartian« Gapellft , II,

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