CHAPITRE xxir
Comme dans l'Ëtrurie le gouvernement légal étoit fortifié de toute l'autorité prépondérante de l'ordre sacerdotal y un pontife souverain nommé par les suflrages des douze peuples confédérés présidoit à l'intégrité des droits de son ministère sacré (i) , qui du reste n'étoit incompatible ni avec les dignités civiles ni avec les fonctions militaires (a). Au surplus, les institutions nationales religieuses étoient confiées, suivant le rite de Préneste , à un collège de pontifes (3) , comme il le fut depuis à Rome. Si les législa-* teurs s'aidèrent de l'influence sacerdotale 'unie à celle de l'éducation et de l'opinion , ils ne se prêtèrent jamais a reconnoltre aucune différence entre le pouvoir civil et le pouvoir religieux. Aussi, d'après cette maxime, voyoit-on la reli- " gion mêlée frécjuemment à toutes sortes d'affaires, soit dans la vie politique, soit dans la vie privée. Qu'on se rappelle tant de conjonctures désastreuses où les lois sacrées imposoient aux
(i) Liv. V, 1.
(2) Virgile(X , 175-178) représente Asylas, l'un des cheb de l'armée toscane, avec le double caractère de guerrier et d'aruspice. Tels encore le vaillant Ombron , prêtre des Marses (VII , 75o) , et l'augure Rhamnès parmi les Rutules(]Xy ^^7)*
(3) Ihi eranl poniijices j sicui etiam Romœ, Serv. VII , 678.
78 PRBMIÊRE PARTIE.
citoyens , par la voie du serment, la uécessîté de vaincre ou de mourir , et Ton verra que les décrets religieux avoient souvent pour but d en- ^ flammer les cœurs, de raviver Vamour de la patrie, en flétrissant comme impie celui que souUleroit la lâcheté (i). Ainsi les Ëtats dont l'organisation s'appuie sur une base religieuse , trouvent dans les moments d'alarmes et de crise , des ressources prodigieuses , parce que les sacri- . fices sont toujours faciles quand les dieux ont fait entendre leur voix. Voilà de quelle manière nos aïeux, bien persuadés de l'influence des dieux sur toutes choses , croy oient qu elle étoit en particulier plus grande encore sur les choses de la guerre , parce qu'elles sont sujettes à plus d'incertitude. Un philosophe de l'antiquité , qui étoit en même temps un excellent capitaine , soutenoit que plus on craignoit les dieux , moins on redotttoit les hommes (a). Cet ardent e^rit de religion qui animoit tous les peuples italiens , se transmit , comme on le sait, aux Romains , et ce fut à l'observance zélée de leur culte qu'ils durent
(i) Lege sacraim, quœ maxima vis cogendas mili^ iiœ erai (Liv. IV, 26). Le nom à'Oscitw que portoîeut les lois sacrées pourroit faire croire qu'elles tiroient leur originedea Osques, Festus , in Oscum.
(2) Xénopbon , Orat. in AgesiL