‹ L'Italie avant la domination des RomainsChapitre 175 sur 283 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

presque tous les honneurs de la religion primitive. Une fois que les Romains^ infatués des arts et du savoir de la Grèce , se furent mis à accueillir avec une sorte de fureur les traditions^ étrangères^ la simplicité des dogmes et des rites religieuse de Tltalie partout fît place aux bril-* lantes et ingénieuses fictions d'une nation plus cultivée. L'esprit tolérant du polythéisme n em«-^ péchoit point l'introduction de rites nouveaux ^ tout au contraire , les interprètes de la religion étoient doués d'une modération si grande, que bien loin d'exciter des discussions^ ils s'efibrçoîent de concilier indistinctement et avec douceur les opinions et les Cultes les plus discordants (i). D'ailleurs, la con texture flexible de la théologie païenne, la multitude des dieux, et leur existence symbolique fàvorisoient la diversité des interprétations; des idolâtres en qui rien ne souffloit le fanatisme » retrouvoient aisément leurs propres dieux dans des dieux étrangers;

rien ne leur pacoissoit changé que le nom (a).

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( I ) Walchii , de Roman» in tolerandis diverêis religion nibus disciplina publica., in Comm. Soc, GoUing, Vol. III , p. S*-3 1 • •

(2) C'est ainsi qu'Hérodote ( IV, Sg) explique avec dea noms grecs les dieux des Scjthea 1 comme cela se pratiquoi! ordinairement, k. l'égard de ceux des Égyptiens

De là les philosophes, les poètes , comme le prouve surtout l'exemple d'Ovide, mélangèrent sans scrupule les traditions nationales et les fables grecques, réduisirent ou augmentèrent à leur gré le nombre des dieux ^ les confondirent, éta« blirent entre eux des alliances arbitraires, et disposèrent à leur gré des opinions consacrées par la croyance des peuples (i ). Les mythologies étant une fois amalgamées, Inuo, Sylvain et Faune, divinités rustiques du Latium, furent assimilés à Pan, aux Satyres et aux Silènes, donnés pour cortège à Bacchus. Moyennant cette condescendance du polythéisme , Portum-

(PluUrch. de hid. et Osirid. Il , p. 355-356). Tacite ( de Mor, Germon. 40 ) preaoit la déesse Heria des Ger* mains pour la Mater Tellus des Romains ; et le dieu Sabis ou ^ssabinus des Arabes étoit réputé le même que Jupiter (Plin. XII, 19 ). Dans l'espace d'un ou deux siècles y les Gaulois et les Germains eux-mêmes donnèrent également à leurs divinités les noms de Mars> de Mercure et de Minerve (Gaesar, de bello Gallico , VI , 17 ). Par le même principe de tolérance , les Romains accordèrent l'hospitalité aux dieux de tout le genre hnmain.

( i) « La terre , dit Varron , est la déesse Ops , la mère « des dieux, la grande mère, Proserpine*, Vesta, etc. , M selon ses différentes vertus; mais sous tous ces noms fK et surnoms, elle n'est réellement qu'une même divin nité, » jip. August. de CMt, Dei, VU , 24.

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nus devînt Palémon ou Mélicerte(i), divinité que la Grèce avoit emprunte'e des Phéniciens (a). La bonne déesse , réputée 1 épouse de Faune, dont les fables italiques vantoient la chasteté, subissant diverses métamorphoses au gré des commentateurs, fut tour à tour Hécate, Sémélé et Gynécée (3). De Ma tu ta Ton lîtLeucothée (4) ; de Libitine, qui veilloit aux funérailles, Pro-* serpine, ou plus exactement Vénus (5).Véjovès, Tun des plus puissauts dieux de lautique mythologie, fut transformé en Plu ton, eu Orcus, et même en Apollon sagittaire (G). Maja, symbole de la terre , dut a la conformité accidentelle de son nom avec celui de Maja , Tune des pléiades, mère de Mercure (7) , d'être prise pour celle-cî. Enfin tout ce que les Grecs avoient imaginé sur

(i) Ovid. Metam. IV, 5ai ; Fast.Yl , 485 seq. ^ Feslus, in Claudere ; Serv. ad Georg, 1 ,4^7 > ^^ AEn, V, 823.

(2) Fourraont , Orig. des ane. peuples , Tom. I , ch- 29 , p. 2oi<-2oa.

(3) Yarro. C. Bassus et Corn. Labeo , ap. Lactant. Jnstit. 1,22; Macrob. SaU 1 , 12 ;.et Plutarch. in Cœsar. Add. Giraldi , HisU deor. IV , p. 143.

(4) Cicer. TuscuL I, 12; é/e Natur. dcor. TII, 19 j Ovid. Fast, VI , 545; Plutarch. in CamiL et de Fratema amore^ II, p. 49^*

(5) Plutarch. in Num. et Quœst, rom. 23.

(6) Gell. V, 12 ; Martian. Capell. II , 9.

(7) Macrob. Sat, 1 , 12; Festus , io Majam.

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leur Saturne , calqué sur Baal, divinité des Phéniciens , se retrouve avec la raéme facilité , appliqué 9U Saturne agricole des Italiens ; e( Janus , à qui Ovide ne put trouver de pareil , dériva son origine de la Thessalie (i). L'influence toujours croissante des fables grecques envahit insensiblement le domaine de la théologie des Italiens; et la vanité de ceux-ci finit par se persuader que les plus illustres de leurs dieux étoient les mêmes que ceux des Grecs ('j). Pourtant les Italiens n*éloient pas entièrement dépourvus de fictions élégantes I telles que Vitula , déesse de la joie (3) » et Volupia , qui tiroit son nom de celui de la

(i) Plutarch. Quœsi, rom, 22. Aarel. Yict 0. G. R. 2. Atque hofc quidem et ejusmodi, ex velere Grœcid famd collecta sunt, Gicer. de ISaturd deorum,

(%) Il est probable qu'un SextusCIodîus, lequel écrivit

en grec un livre sur les dieux , divulgua et accrédita la

majeure partie des nouvelles traditions (Arnob. Y, p. i68î

Lac tan t. Z>iV. instit. 1,29). Pour se former une idée de la

pitoyable logique dont usèrent les Grecs en s'appropriant

les dieux de l'Italie , il suffit de lire le puéril récit de

Denys relativement à la déesse Féronie, II y 49. Lactance

disoit justement d'eux: Quorum levitas instructa dicendi

facultate et copia, incredibile est quantas mendacio^

rum nebulas excitaient. Defalsdreligione, I, i5. —

Voy. Éclaircissements , n. IV.

(3) HylluSi iipu^ If acrob. Sat. III, 2v

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volupté (i). Parmi leurs fables , îl y en avoit qui ofTroient des allégories et des images riantes; mais le plaisir de la mode ^ celui de la nouveauté, peut-être la.raison, substituèrent des dénomina-* lions modernes aux anciennes, et celles-ci per-dirent peu à peu leur signification première (a). Ce que le témoFgnage des écrivains prouve relativement au Latium et aux contrées adjacentes, les monuments l'établissent relative-* ment à TElrurie, en montrant comment, dans les dernières périodes de la nation toscane , la religion s'altéra aussi par Tintroduction d'opinions nouvelles. Sur un grand nombre de patères, qui ont appartenu à cette nation religieuse, on voit la représentation de plusieurs dieux de la Grèce Mais tandis que les Toscans, selon le goût dominant de l'Italie-, adoptoient ces divinités étrangères I ils leur appliquèrent des noms tirés de leur propre nomenclature religieuse , et qui correspondoient auxqualités identiques qu'ils croyoient reconnoltre en elles. Ainsi , pour désigner l'Atfaène des Grecs, ou la déesse de la

(0 Varro, L. L. IV, 8; August de Civit. Dei, IV , 8.

(a) A\i temps de Varron , on étoit incertain sur l'on- 4|gine de quelques Flamines , et sur le nom de plusieurs anciennes divinités de Rome. L. L. VI , 3.

go PREMIÈRE PARTIE.

sagesse y ils firent usage du nom étrusque de Menerva; ainsi Jupiter fut appelé Tina^ et Vulcain Selhlans (i). A leur imitation , quand les Romains admirent les dieux grecs au nombre de leurs dieux, ils les révérèrent sous le nom de ces mêmes divinités qui avoient présidé chez eux k lagriculture , à la génération , à la guerre et à d'autres intérêts humains (a). Que l'on cesse donc de s'appuyer sur une aussi foible base que celle de 1 etymologie , pour nous faire croire que les

(i) De même ils dirent Tinia pour Baccbus, Turnis pour Mercure, etc. Voy.- les figures de ces patèresdaus Dempster, dans le Musée étrusque et le Musée Kircher. Il est inutile de parler des interprétations que les érudit^ modernes ont données de ces noms, k l'appui de leurs systèmes : il suffira de rappeler ce quje dit Gicéron en parlant de semblables étymologies préconisées par les grammairiens de son temps : Nullum erit nomen, quod nonpos^ sit una li itéra explicare. De NaL deor, III , 24-

(a) Nous laissons à Timagination du savant Jones tout le mérite d'avoir trouvé une parfaite ressemblance entre les anciens dieux de Tltalie, et ceux qu'on adore dans rindostan ; en sorte que Janus soit Ganèsa^ Cérès, Laeshnii ; Neptune , Mahadeva; Apollon , Surgay etc. Be telles ressemblances n*ont pas de quoi surprendre , lorsqu'on sait que le nombre des dieux indiens n'est pas moindre de trois cent trente millions, ^oj. ^slatick researches •• On the Cods of Greecc , Italj and tndia; • Tom. I , p. ql2i^vj5. Wai'd , Account of the Indoos.

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