CHAPITRE XXIT. QI
Itjiliens furent réduits à emprunter leurs principaux dieux de la Grèce, puisque leur panthéisme admettoit implicitement toutes les religions de la terre , et se prêtoit indéfiniment à multiplier les articles de sa croyance. L'âge probable des patères ornées de sculptures ou d'in-« scriptions, qu'on ne peut juger antérieure au cinquième ou au sixième siècle de Borne , nous met sur la voie pour connoitre plus exactement Fépoque où la mythologie des Grecs devint dominante chez les Italiens. Observons cependant que les dévots toscans, lorsqu'ils ne trouvèrent point dans leur propre théogonie un être ressemblant à quelqu'un de ces invisibles arbitres du monde, appliquèrent un nom grec à une divinité de la Grèce; ainsi, par exemple, ils appelèrent Aplu l'Apollon dont l'Italie n'eut qu'une connoissance tardive, vu qu'il n'en est fait mention ni dans les rituels de Numa, ni dans aucun des livres les plus anciens (i). Mais les dieux adoptifs revêtent le costume du pays où on les importe ; la superstition dont ils de-
(i) Amob. n, p. 95. Certains des dieux qui étoient passés de Grèce à Borne retenoieut lear nom grfc> tels que Némésis , dont il n^ avoit point de nom correspondant dans les fastes sacrés du Latium. Piin. XI, 4^; XXVIII , 2.
9^ raEMIÈKE ^AliTIB.
viennent Tobjet est une superstition toute locale* Apollon et Bacchus reçoivent des décorations propres à FEtrurie ; le sceptre de Jupiter est orné d'un aigle ou de foudres ailés (i) ; des aile» deviennent Tattribut constant de Minerve et de plusieurs autres déités , comme il étoit pratiqué dans les temps les plus anciens.
Les écrivains les plus sensés ont tous reconnu qu'il s etoit opéré un changement notaJt>le dans la religion primitive des premiers habitants de ritalie ; mais^ de quelque maâièrequ'ilsoitarrivé^ il est certain qu'il ne put s'effectuer que graduellement et par le concours combiné de diverses causes morales et politiques* Vainement chercheroit-on à le faire remonter au siècle reculé des Pélasges ; rien n'est plus obscur que les traditions relatives à ce peuple. Les rites consacrés par TAiTadien Evandre et par Hercule , les pénates d'Enée , l'éducation grecque de Romulus ne sont démontrés que pour ceux à qui des citations nombreuses tiennent lieu déraisons (a). La
(i ) Fulminis alœ son t rappelées par Sili us ( VIII , 47^) comme un des principaux articles de la superstition des Étrusques. Le sceptre, tel qu'on le voit figuré sur les patëres , étoit la marque de souveraineté du suprême magistrat de l'Étrune.
(a) Si les témoignages des anciens, en fait d*hîstoire ancienne, ne sont pas des raisons , Tauteur devroit du