CHAPITRE XXIII
Mœurs et usages.
Partout les hommes éprouvent les mêmes besoins^ et font des efforts semblables pour y satisfaire, parce que les objets exte'rîeurs re'veillent partout en eux des idées et des sentiments de même nature. Des situations pareilles produiront toujours des mœurs qui auront une grande affinité ; mais cette vérité si simple a été peu comprise des érudits, qui Vont trop souvent perdue de vue, pour entasserdes fables dansleurs volumineuses compilations. Cet abus du raisonnement est fort ancien ; mais il est surtout frappant dans les travaux de ceux qui y sur une légère ressemblance d'usages et de mœurs, ont voulu dpnner aux Italiens une autre origine que celle qui leur étoit propre (i). La philosophie nous a
(i) La vanité des Grecs introduisit ce genre vicieux de raisonnement. On sait l'abus qu'en firent leurs écrivains , et en particulier Denys d'Halicarnasse en violant la première loi de l'histoire , l'impartialité. Ceux qui au<« jourd'hui font descendre les peuples d'Italie des Phéni* ciensy des Celtes, des Égyptiens et de tant d'autres,
glS PREMIÈRE PARTIE.
appris à considérer sans étoanement celte innombrable multitude de coutumes bizarres , louables ou rëpréhensibles, dont se composent le caractère et les habitudes des peuplés différents. Les anciens législateurs en firent une profonde étude, eux qui connurent si bien la nature ha- , maine ; ils savoien t que les mœurs sont plus puissantes que les lois elles-mêmes , en sorte qu'iU fondoient nécessairement sur elles l'esprit de leurs institutionscivileset religieuses. Les mœurs d'un peuple s'adoucissent^ ses facultés se développent et se perfectionnent en proportion des progrès plus ou moins lents qu'il fait vers la civilisation; mais de ses premiers sentiments, celui qui se modifie avec le plus de diiliculté , et qui s'efface le plus tard, c'est l'amour de la liberté. Aussi nos peuples conservèrent-ils long-temps dans leur caractère cette teinte de mâle austérité qui convient à une nation robuste, agricole et guerrière. On peut juger combien ils dévoient être naturellement durs et patients, par l'usage où étoient nos pères de porter leurs fils aussitôt nés aux ffeuves, pour endurcir leurs membres dans l'eau froide et glacée ; de les occuper dès l'enfance, dans les bois , £^ chasser, à dompter les
n'ont pas même pour excuse le spécieux prétexte de l'amour de la patrie.