‹ L'Italie avant la domination des RomainsChapitre 18 sur 283 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

ont péri ^ et la postérité n'en a recueilli aucun fragment. Combien ne deyons«nous pas déplorer une perte irréparable qui nous laisse sans guide I Si nous pouvions entendre les his* toriens de ces premiers siècles paHer librement des événements de leur patrie , leurs erreurs mêmes nous instxuiroient autant peut-être que ces éyénements y fruit du hasard ou de la prudence y du courage ou de la foiblesse. Mais qui ne sait que la destinée des lettres suit toujours celle des empires? et doit-^il paroitre étonnant que la langue primitive de ritalie, en s'éteignant j et faisant place à la nouvelle langue du Latium^ ait entraîné dans sa ruine les monuments écrits de la nation ?

Les antiques communications des Grecs avec l'Italie inférieure répandirent parmi eux les premières notions imparfaites de nos peuples. Les écrivains surtout qui fleurirent dans la Sicile , et dans cette partie du continent connue ensuite sous le nom de Grande-Grèce ^ et où les arts et la civilisation prirent un accroissement si ra-' pide y eurent les plus puissants' motifs de curiosité et d'intérêt pour être les premiers à rechercher l'origine , les usages et les révolutions des peuples au milieu desquels ils vivoient. Un Xhéagène de Rhégium , qui jQorissoit sous Gam-

4(i PREMIERE PARTIE.

hjse f rers ia lxiip OljrrajHâde (i) , est le plos aadeo historic» dont il mit finit inentiûti parmi les Italâotfis : c'est le nom que Toa donnoit auil QrecB nés en Italie (a). Hippig, également de Kbégium f qai rivoit an temps de la guerre d« Perse I avait écrit on livre svr les origines de l'Italie (3) : sujet dont s'erapera aussi la plume des Siciliobee. Antiochus de Syracuae , qui , selon les criques, vécut vers la %€• (Mjmpiade (4) f semble s'être plus soigneusement que les autres appliqué à la rechercbe de nos antiquités (5). No^ trouvons souvent cités les noms

Et*

(i) Tatîan. adif. Grmc. 48 ; Kusél^. P/V9/>. cuàng, X. Anouyra. ad OL lxiii. Théngèfie Ait le premier qui écrivît aussi sur*le9 allégories, rage et la patrie d*Homëre. Villoîson, Proleg^. adSchol. Jliad, p. LXXV; et Schol. ndiliad. X , 67.

(2) Harpocr. Suid. Hesjch. in ^IntXtmrnç.

(Vj KtAtr 'rrnA/rff , Said. in ""friir. Eudod» 'UfUy in Antcd. Grœcite. d^Ansse de Vîlkiisoti, vol. î, p. 245. Lycus de BMgiûm , surnommé Bâtera , qoi vîvoit sous Ptolémëe LftfU8|Gl*«K«is de Rbégiinn , Arislonîous de Tarente , et quelques autres bistoriens appartenoient également à la Grande^rèce.

(4) An de R. 33o. Vossius , de HisL Grœc. iV, p. 456, Heynius,^éf Font, hist, Diodori. incomm. Soc. Goti. vol. Vn,p. If 5.

(5) 'AwvtëXêf St90ptêtimç rm^9 #»»fy^«^i wtfi 'irM^W,

GHÀPJTRB IT. 47

de Tîmee ^ Philiste , Callias , Athanis , Alcime de Sicile , et de plusieurs autres , qui avoiept disserté de miUe manières sur l'Halie (i); mais leurs écrits » loin d eclaircir les traditions Yulgaires far la redierche impartiale des docu* meoCs nationaux , ne serrirei:^ ^ au contraire , qu'à obscurcir la yérité historique , en y mêlant le menreUleux des £iUes (2). Le besoin de plaire à une nation exakée par les récits d*Hésiode ^ d'Homère , et de ses auteurs tragiques , ayoit imprimé aux narrations des premiers historiens un caractère tout poétique , qui mérita les applaudisseB!»ents du vulgaire^ et s'attira le mé« pris des philosophes (3). Bien qu'historiographe

(1) f^qy. Vossîus, et F^hric. BiSlioth, Grœc.

(a) Callîas de Syracuse ( ap, Dionys. I, 72) et Festaa (ia Bomam) racontoient que Rome tîroit sou nom de celui d'une dame troyenae , épouse doLattnus. Alcime de Sicile , dont fouvrage avoit pour titre 'Huxi^^ct ( Athen. X , 1 r )t vouloît , au contraire , qu'elle eût été bâtie par un certain Romulus , fils d'Énée (Fest. K c, ). Quant à Tnnée , on sait qne les anciens même lui donnoieht le nom de ff ««ryAÂf xrpw , à cause de la quantité de contes de vieilles dont il semoit ses histoires. ( Suid. in Ti^mtéç.) Le grave Poljbe reproche souvent & Tinsée son excessive crédulité > et son ignorance des événements de ITtalie.

(3) On connoît les plaintes éloquentes de Thucydide

lui^méme^ Hécatée de Milet, le devancier d'Hérodote, ne put se dissimuler la futilité et Textravagance des traditions qui circuloient de son temps parmi ses compatriotes , et n avoient de crédit que parmi les vieillards (i). Les Grecs étoient très^peu versés dans leurs propres antiquités, bien loin d'être instruits de celles des nations étrangères : elles avoient fini par devenir entre leurs mains un amas de faUes et d absurdités (2). Platon (3), parlant sous le nom des prêtres d'Egypte , a bien mis à découvert leur présomptueuse ignorance. A les entendre dans leurs constantes assertions, chacun des héros grecs ou troyens qui avoit survécu à ses glorieuses fatigues, ou étoit échappé aux flammes d'Ilion , fut conduit par la volonté des destins en Italie : Hercule, Jason, Diomède, Ulysse, Anténor, Enée, et plusieurs autres chefs

k ce sujet , dans le beau prologue de son histoire. Denys (de Thucyd.) et Sirabon (XI, p. 35o ) nous ont aussi laissé de graves accusations au sujet delà licence poétique des premiers narrateurs.

( I ) Oi y«( 'EA}i^ft^f ^êyi wû^ii n mm! yiXêiu , mf iftêt ^i9û/lm eicRecAi. fragm, ap. Deoietr. de Elocut, c. la.

(a) Voy. Éclaire, n. VI.

(3) In Tîm. p. a2^ vol. III: • S«A«p, 2«A«r/£AA9Mr mu iFMiitf %y%' yifmf d^ £^91' «» ffi»,... m«i f$-f r«r yv;^aç sr«vrff.

dHAPITAE lY* 49

taleureux abordèrent dans ce pays^ et amenèrent des colonies où ils terminèrent leur carrière* Les Grecs , qui s'étoient emparés de tous les genres de gloire , ^'attribuèrent exclusivement celle d'avoir peuplé, civilisé et éclairé Tltalie* Notre histoire» bouleversée et défigurée par l'infatigable vanité de ce peuple tout poétique » ne fut plus qu'une pure fiction. Après avoir rempli leurs propres annales de traditions fabu-* leuses , qui ne purent plus être séparées de la my tfaologié ni de la religion nationale , il est certain que les historiens de la Grèce , guidés par le même esprit de présomption , appliquèrent de semblables contes à l'histoire des peu-* pies étrangers y en remplissant l'Italie, l'Asie et l'Afrique , de héros et de demi-dieu^ , tels qu'ils en avoient imaginés pour leur contrée merveilleuse et tragique (i).

Si Ton en crojoit les narrations ampoulées enregistrées de bonne heure dans ce roman historique, qui y suivant le cours des révolutions littéraires, avoit succédé à la poésie épique, la plupart des colonies et des villes de l'Italie eurent un fondateur d'origine grecque. IjC nom même de notre péninsule fut ceusé dériver de celui d'un prétendu roi d'Arcadie, appelé Italus; et l'on fai-

(i) Strab. IX. — Yoy. Éclaircissem, n. VII.

5o PREMIÈRE PARTIE.

soit venir de même la dénomination d*OEnotrie, d'an certain Œnotrus , chef et fondateur de colonies, antérieurement à la guerre de Troie (i). Parmi les innombrables fictions que les Grecs accréditèrent sur les régions occidentales, et en par* ticulier. sur TltaUe , il est assez curieux de voir avecquellecomplaisanceleurimagination tourne autour de troiséyénementscélèbres des temps héroïques : le retour d'Hercule de l'expédition d'Ibé' rie , le voyage des Argonautes , et les longs égarements d'Ulysse. Mais ce goût des écrivains grecs pour les fictions fut doublement fatal à la gloire de l'Italie ; car il ne se borna pas à obscurcir de fables l'histoire des premiers âges; il en renversa presque les fondements, en altérantjusqu'au nom des nations et des pays qu'elles occupoient. En n. admettant d'autre distinction entre les divers peuples du monde connu , que celle de Grecs et de Barbares , ils durent toujours se sentir beaucoup de penchant à faire cadrer avec leur idiome tous les mots des langues étrangères qui servaient à désigner l'origine et les usages des natkms avec lesquelles ils étoient en rapport (i). La géographie de l'Italie antique , aussi-bien que son histoire , se trouve surchargée de noms

(i) Voy. Eclaircissem» n. VlII.

(2) Plat, in Critias Slrâb. IIÏ, p. 1 14.

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