CHAPITRE XXIV. I I
et si dévoues de la patrie. Les travaux champêtres ëtoient les plus sûrs garants des deux premiers biens de la vie^ la santé et la liberté; d'une si noble occupation dérivoient peut-être ces grandes et belles qualités que nous admirons encore y mais que nous ne savons plus imiter (i).
Obligés de suivre la tendance des mœurs de leur âge y les premiers législateurs fondèrent l'organisation civile sur un système de lois agraires. Le territoire fut divisé en égales portions^ la propriété fut mise sous la protection des lois^ et les travaux de l'agriculture^ confiés à des mains libres et industrieuses , furent honorés et florissants. Les lois agraires impriment nécessairement une grande activité au laboureur qui vit sous leur empire. Quand une famille ne possède qu'un champ borné pour tout moyen de subsistance ^ il est naturel qu'elle mette tout en œuvre pour en multiplier les produits autant qu'il est possible. D'après les maximes frugales de l'antiquité , les habitans de la campagne pour voient tirer partout du fruit de leurs labeurs un
.(1) Vita rusiica , parcimoniœ , diligcniiœ , pistiiiœ magistra est. Cicer. pro Rose. Amer. 27. Nihil agricul' turd meliiis, nihil uberiUs, nihil dulciits, nihil libero homine digniùi. Id«
bien-être suffisant, une aisance honorable* Mais, comme dans cette grande franchise de mœurs on supposoit que les lois » et la religion leur auxiliaire, ne périraient jamais, on ne songea point à prévenir la funeste différence entre la pau^ vrcté et la richesse; on ne s'occupa point de corriger les abus, et Ton n'avisa pas aux moyens de les reformer. Ainsi les changements qu'introduisent le temps, les successions et la cupi* dite, amenèrent une grande disproportion dans les fortunes et trompèrent le vœu du législateur; les principaux citoyens, ayant accumulé d'immenses héritages, acquirent une autorité prépondérante. Celle des villes sur les campagnes fut néanmoins tempérée sans cesse par l'influence politique des tribus rurales, qui, représentant l'ancienne constitution de l'État, avoient de plus le mérite d'en soutenir la prospérité par leurs utiles et constantes occupations (i).
C'est dans un tel genre de vie que les Sabins et les Etrusques puisèrent ces vertus, source de leur puissance et de leur gloire (2). Voilà pourquoi, par une sage allégorie , les dieux pénates des Etrusques étoient désignés souslenoni mêmç
(i) Plin. XVIÏI , 3. Varrort , R.R. Prœf.
fa) ... hofic oUm 'veterescoluere Sabùti,
Bane Bêuuts tfrattr s tiefirtis Etruria erwlt.
VxAo« Oeor^. II, SH.