CHAPITRE XXIY
de Cérès , de la déesse des pasteurs et de la Fortune (i). Dans ces temps d'une simpUcitë rustique et guerrière, Tagriculture étant mise au rang des arts libéraux^ la charrue étoit constamment dirigée par la main du propriétaire , et les premiers citoyens eux-mêmes , sefaisoient un honneur et un devoir de cet exercice. La considération attachée par là aux affaires de la cité et à l'honorable état d'agriculteur^ empêcboit d'une part que l'on n'eût recours aux bras des esclaves (2) , et de l'autre maintenoit une active émulation. Jusqu'au siècle de Caton, la distinction la plus flatteuse qu'on put faire d'un bon citoyen y c'étoit de le procUmer habile agriculteur (3). Les lois et la religîç>n se réiinissoient pour animer par d'utiles aiguillons l'industrie des cultivateurs , tantôt en inspirant une terreur salutaire à celui qui oseroit endommager le champ ou la récolte de son voisin j tantôt en relevant par des fêtes champêtres ou des chants rustiques les travaux de la terre (4)> en celé-
( I ) Tusci pénates Cererem et Palem et Fortunam dicunt, Serv. II , SaS.
(2) pim.xvnr,3-6.
(3) De R. R. înit. Plîn. /. c.
(4) Jn libro vetustissimorum carminum qui ante omnia guœ à Latinis scripta sunt compositusferebatitr, invenitur hoc rusticwn vêtus canticum : Hiberno pul-
laS PREMIÈRE PARTIE.
brant Fépoque de la moisson , et même les anî <maut employés le plus utilement à seconder le labeur de Thomme (i). Enfin la conservation des arbres fruitiers et des plantes indigènes, étoit non seulement garantie par des lois pénales (o) , mais protégée et pieusement surveillée par des instituts religieux , comme le prouve le sage et utile établissement des Ar* vales ; ces ministres , dont toutes les pensées se dirigeaient vers les opérations du labourage et la fécondité des terres, supplioient sans cesse les dieux de tourner vers leurs sillons un regard favorable (3).
vere , verno luto , grandia farra , Camille , metes. Macrob. Sat, Y, 30. Festus , in Flamin. et Serv. ad Georg. 1,101. Les chants rustiques fescennins durent leur origine aux fêtes de la vendange. -— Voy . Éclairciss. n. IX.
(1) Plin. XVIII , 3. On peut voir dans Golumelle ( X , 340-345 ) un exemple des superstitions que les Étrusques croyoîent propres h préserver des inondations les biens de leurs campagnes. Une loi de Garséoli , ville de la Sabine, défendoit de nommer les loups comme nuisibles aux campagnes (Ovid. FasL IV, 710); et les Vénètes tourmentés par les corneilles , leur ikisoient des offrandes volontaires au temps des semailles. ( Auct. de Mirab. p. 1 163. Lucus Rheg. et Theop. apud £]ian. de Animal. XVIL •)
(2) Plin. XVIII , î ; Serv. ad Georg. III, 1 r.
(3) Sur la dignité , les rites et les cérémonies des Ar-
CRàPITRE XXIV. 1^3
L'Italie, présentant alternativement de riches et féconds guérets, des forêts vastes et touffues, d'immenses prairies, laissoit à l'agriculture la faculté d'étendre, de varier, de multiplier son industrie , et c'est à ces caractères que Ton re-connolt si l'agriculture est arrivée cheis un peuple k un point éminent de perfection. Il seroit superflu de ùiire des recherches sur la théorie ou la pratique de la culture des terres chez les Latins , les Samnites , les Étrusques , les Volsques , les Sabins ; ce fut d'eux que les Romains empruntèrent la plupart de leurs méthodes (i), et la forme même de .la charrue , qui n'étoit qu'un tronc d'orme recourbé de manière à y attacher les bœufs qui dévoient fendre le sein de la terre (n) , quoique les laboureurs, chez les
vales y voyez le savant ouvrage de l'illustre lianni , Fratelli turvali y p. 2o-3o.
(i) Relativement à la pratique agraire des Romains , on peut consulter avec fruit le bel ouvrage d'Adam Dickson , Hushandry of tke agriculture of ancienU. Mais nous devon s surtout recommander le Saggio siorico suUo stato e suUe vicende deW agricoltura antica dei paesi posii fra FAdriaiico , VAlpe e rApcnnino , de Philippe Re , qui contient beaucoup de recherches sur le genre de culture des populations primitives de cette contrée. Milan, 1817.
(a) Virg. Georg, I, 170-17)*
ia4 PBEMIÈBB PARTIE.
Étrusques et les Sabins , se servissent aussi d'un soc de cuivre (i). Cette tradition allégorique célèbre, qui attrihuoit à Janus l'invention de Fart de lamendement et de la greflfe (2) , prouve au moins l'antiquité de ce mode fructueux de rindustrie chez les cultivateurs italiens. La grande quantité de grains que l'on recueîlloit en Étrurie , chez les Volsques, dans le Picentin, la Fouille et le Samnium , prouve assez l'industrie agricole de ces divers pays ; de nombreuses espèces de plantes céréales , mais surtout lejfiary premier aliment des Italiens (3) ; l'orge , Vépeautre (4), lepanisy le millet , appelé par Strabon le
(i) Carminius âe lialia, ex tageticis Hbn'sy apud Macrob. SaL V, 19. On peut voir dans nos Monuments, à la planche L > une autre forme de charrue étrusque , digne d'une attention particulière.
(2) Macrob. iSîtzl. 1 9 7.
(3) PIin.XVIII,8; Denys, II, 25. Une espèce de pâle de far pëtrî avec le sel et l'eau , appelée puis, étoit la nourriture la plus ordinaire des babitants de l'Italie, au lieu du pain de froment. ( Plin. /. c. 5 , 19 ; Valer. Max. II, 5 9 5; Yarro, L, L. IV , 22. ) Le pain du Picénam , composé d'alica et du suc de raisin sec , étoît Je plus es* timé. Plin. XVIII ,11; Martial. XIII, ep. 47*
(4) Appelé tuscum semen par Ovide ( de Medicam, facieiy V, 65 ). Valica ou zea simple, dite conamuné'
ment épeautre , et sirra, dans pluâeurs endroits de ritalie , étoit une des nombreuses espèces de grains qui