CHAPITRE lY
sur toutes les autres , ces aiémes contes survécurent à la perte des écrivains , et furent res* pectés par une aveugle superstition pour les lumières de la Grèce (i).
Rome, plus attentive à mériter qu'à écrire des annales, n'eut aucune vraie culture des arts et de la littérature durant les cinq premiers siècles de la république. La puissante nation des Étrusques , qui étoit la plus éclairée de l'Italie , ayant été soumise lors de l'expédition de. Pyrr rlios, on conçoit sans peine comment, dans uue période de fureur guerrière , l'orgueilleuse et barbare insouciance des Romains méprisa le savoir d'un peuple rival , au<|uel ils avoie^t long-temps disputé l'empire de l'Italie. A la vérité , les Romains ^ par là force de l'institUr tion et par maxime d'État, continuèrent à faire instruire leurs enfants dans les lettres , la discipline, et particulièrement dans la religion étrusque (2) ; mais quelle estime pouvoient-ils faire des fastes et de& actions d'un peuple qu'ils tenoient dans l'oppression? Les livres des pontifes , les actes , les mémoires , les annales ^ enfin tous les monuments écrits , seuls dépositaires des traditions nationales , ou furent tou-*
(1) Voy, Êclaircissem, n. X.
(2) Cicer. de Divin. 1,2; Liv. IX , 36*
54 premtèhe partie.
jours négligés , ou périrent avec la langue (i). La vanité, qui accompagne toujours la puisjsance, fit naître aux Romains Tenvie de se polir» du moment qu'ils eurent étendu leur domination sur Tltalie inférieure. A leur entrée triomphale dans ces provinces , occupées plusieurs siècles lauparavant par des colonies greciçues , ils y trouvèrent déjà établie Tinfluencè dé Tèsprit ^ec, depuis la Campauie jusqu'à la mer de Sicile. Enflammés d'une noble émula-* tien j les conquérants reçurent des Italiotes les premières notions de 1^ littérature } Car avant cett^ époque ils n'avoient eu aucune communi* cation directe avee la Grèce proprement dite (a). De ce moment, il s'opéra un changement total "dans Tesprit grossier des Romains par l'introduction de nouvelles études, de nouvelles idées,
(i) \oy. Éelaircîssem.n.Xl.
(2) Le noio de Rome élott à peine connu en Grèce avant Alexandre (Joseph. Flav. advets, Âpion. I, 4)« Théop.ompe, contemporain de Philippe , fat Je {Premier ^ui en fit mention*, en parlant de l'occupation de cette ▼îtle par les Gaulois ( Pliu. III , 5); fait rapporté aussi par Héraclide de Pont , qui prit fiome pour une vill$ grecque, détruite par une armée d'hyperboréens. (-Plutarch. in Camill, ). Théophraste , qui iiorissoit environ l'an 44<^ ^^ Rome y fut le premier étranger qui écrivit sur les Romains avec quelque exactitude ( Plin. loc. cit. ).