CHAPITRE XXT. I Sq
et soldée (i). Certainement » pour soumettre tant de peuples moins disciplinés , mais fiers et belliqueux (2), il falloit que les Étrusques eus* sent une connoissance approfondie de la science militaire. On sait que la force d'une armée, destinée à la défense ou à la conquête, consiste principalement dans Vinfanterie : or il falloit que les Toscans connussent bien à fond l'art de former leurs bataillons et de les tenir unis, ' puisque les Romains apprirent d'eux , à leur exemple , à combattre de pied ferme, en lignes serrées (3) , à rester immobiles à leur poste et a y mourir (4). Ces principes d'une sage discipline avoient introduit chez eux une tactique régulière , si ce n'est un ordre de bataille tout-àfait semblable à celui de la légion qui, selon Végèce , ayoît été inspirée aux Romains par une
(1) Lorsque Mutius Scévola s'introduisit dans le camp des Toscans près de Rome , on y distribuoit la paie aux soldats. Liv. II, 12 5 Dionys. V, 28.
(2) 0»T4i y«p Tû ftif irmÀMtijf iit^tU ^nriyKttmf, Diodor.
(3) ^£A«C*v ^e *m) wMfm Tvfftifiif r^y çm^im fuizwf ^«A«yyn^lt f «'/dyr«ry. Nicias I^Iicen. ap. Athen. YI , 21. Tite-Live nous apprend quel parti ils tirèrent de cet usage ( III, 2): Qud pugnandi arie ( în aciem ) Romanis excellant.
(4) Voyez, entre plusieurs exemples remarquables, celui qui est cité par Tite*Liye , IX , 89.
l4o PREMIÈRE PARTIE.
Divinité (i). Ce fut véritablement aussi à Tirnîtation des Étrusques , qu'ils changèrent pour une partie de leurs troupes les boucliers carrés et pesans en boucliers de forme orbiculaire, et en même temps plus légers (a) ; c'est d'après leur modèle aussi qu'ils armèrent les Vélites d'une espèce de javelot volant (3), arme si fâcheuse que, lancée ^ elle ployoit au premier coup^ et ne pouvoit être renvoyée par l'ennemi (4). On ne pouvoit assujettir à une discipline ainsi raisonnée qu'une armée exercée, brave et permanente; d'ailleurs les guerres opiniâtres que les Toscans soutinrent contre Rome , aux jours même de leur décadence, firent mieux connoitre encore , et les
( 1 ) Le savant Rej ne appelle les Toscan» primos taeticœ auciores. ( Voyez Comment, soc, Golting, Tom. VII , p.4i.)
wXtfêêr hçtféf i^irrtç Tvfftiuvç ;^<(As4tf inrihis f:t'»T«ç,
%êtntwT%ç cormç IfUnouf wviç. Diod. Fra§, XXIII, p. 3t5. Cette forme des boncHers est celle qaî est constamment représentée dans les monuments. Voj. pîancli. XXI, XXIX, XXXIÏI.
(3) Hastas velitares , Plin. VII, 56;Isîdor. Orig. XVIII, 57. Voy. PI. LVII,a.
(4) Polyb. VI, a2. Le javelot des Vélites avoit deux coudées de longueur, et environ un doigt de grosseur; il étoit armé d'une pointe de fer longue et menue.
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coûDoissances qu'ils avoient dans la tactique , et la fermeté que lexpérieuce avoit donnée à leurs soldats.
Quand le général déployoit son drapeau au nom de la république (i) , chaque citoyen prenoit rengagement d employer son épée au service de la patrie^ jusqu'à ce qu'il fût dégagé de ce devoir sacré. La loi régloit invariablement la manière de faire les levées , de distribuer les armes, et d'organiser l'armée ; la religion du serment rendoit les obligations du service inviolables (2). Telles étoient les troupes dont l'autorité publi* que ordonnoit la formation suivant les besoins ou les projets ambitieux de l'Eut f mais, outre ces milices régulières, nous voyons que souvent des bandes volontaires (3) guerroyoient pour
(i) Le général en chef s'appeloît chez les peuples osques dV'indfllIlâ Embratus ( imperator ) , comme on le voit sur les monnoies samnites. V. PK LVIII ,8,9; Il est souvent fait mention dans Tîte-Live de VImperalor des Éques , des Volsques , des Samnites , etc.
(2) Sénëque nous fait parfaitement connoitre Fesprit de l'ancienne milice, esprit qui peut exciter l'envie des modernes , mais qu'il leur sera toujours impossible d'imiter : Primum militiœvinculum estreligio, etsi^norum amor et deserendi nef as ; tune deinde faeile cetera exiguntur mandaturque jusjurandum adactis, (£p. 95.}
(3) Voluntarios dicerent ^ militare ubi vellent ( Liv.
l4a .PREMIÈRE PARttE.
ieur compte, et poussées par l'appât an butin, semblables peut-être à ces compagnies mercenaires qui désolèrent l'Italie durant le moyen âge. C!omme les opérations de la guerre se bornoient le plus souvent à faire des excursions sur le territoire ennemi , la yîgaear , ht légèreté du corps, étoient les qualités les plus nécessaires au soldat , c'étoient d'elles que dépendoient la gloire et le sort des batailles. Les cris guerriers , les éclats de la trompette, le cliquetis des armes et le choc des boucliers , Jetoient le feu dans l'âme des combattans ; et chacun, rassuré par sa propre yaleur, ou ne craignoit pas la mort , on pouvoit du moins lui opposer jusqu'à la dernière extrémité la force et l'adresse de son bras. Jugeons de l'influence puissante qu'avoient sur le courage, l'éducation et les lois, par cette honorable nécessité que s'imposoit chaque Ombrien en jurant deyaincre ou de périr (i). Alors un guerrier étoit tel que l'exigeoit Caton (a) j c'est-â-dire terrible, etgla-
VI y 6 ) ; et ailleurs , en parlant des Volsques : nonpublieo consilio capescentibus arma , voliiniariis mcrcede *ecuiis militiam, IV, 53.
(1) *OfiCfuté)if rmlf irfoç Têvç wXîf&iêuç f*iz,tuç •itxirof
Nie. Damas, ap. Stob. Serm. X.
(2) Pluiarch. jipophtheg. II , p. 199.
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çant wa, ennemi non seulement par ses mouvemens et ses coups , mais encore par le sou de sa Yoix et l'aspect de son visage. Cependant des guerres feites régulièrement d'après les lois féciales, et des campagnes d'une courte durée , ne pouvoient être ni fort sanglantes ni fort destructives (i). La victoire dépendoit souvent d'une première rencontre ; aussi ^ l'histoire faitelle souvent mention de guerres ouvertes ^ terminées en quelques jours , et presque sans effusion de sang* Alors le peuple vaincu , forcé de reconnoitre la supériorité du peuple rival y se soumettoit vite à une trêve ou a un traité ^ dont les conditions ordinaires étoient l'échange des prisonniers f la restitution du butin ^ ou quelque tribut modéré. Selon les antiques maximes de la guerre , le vainqueur devenoit le maître de l'ennemi qu'il avoit subjugué , et à qai il avoit conservé k vie; mais l'idée d'esclavage étoit tellement en aversion aux peuples italiens, que, moyennant un léger sacrifice pécuniaire, les prisonniers rachetoient toujours aisément leur liberté (p). Le droit de la guerre donnoit, il est vrai , au triomphateur la faculté d'humilier les
^ (i) Dionys. III , 34 ; Gicer. de Offic. 1 , 1 1.
(2) Dionys. 16. Deux mille prisonniers pérusiens forent rachetés pour la somme de 3io as par tête. Liv. X , 3i.
l44 PREMIÈBE PlRTIE.
vaincus^ en les faisant passer honteusement sous le joug, à moitié nus et dépouiUés de leurs armes ; mais , aussi satisfait de ce vain spectacle que l'on auroit pu Tétre de la loi cruelle des représailles^ on respectoit religieusement la )ii>erte civile ; le vaincu avoit la faculté de lever bientôt de nouvelles armées , et de confier derechef sa destinée au hasard des Combats.
Bien que les qualités personnelles soient jus-* tement regardées comme la meilleure préparation pour la profession des armes ^ la valeur n'est ni utile , ni d'une longue durée , si elle n'est aidée par le pouvoir de l'art et par la discipline militaire (i). G)mme le soldat, en entrant dans la carrière , y éloit m&ins forcé par les lois qu'excité par la passion de la gloire (a), il n'est pas étonnant que nos peuples se soient appliqués de bonne heure à régulariser les exercices de la guerre (3) , et qu'ib aient été les vé-
(i) « La guerre est un métier pour les ignorants^ et une science pour les habiles gens, m Rét^eries ou Mém, du comte de Saxe, 1 , 5.
(2) tt On ne sauroit /croire que , parmi les Samnites « et les Toscans , lesquels luttèrent cent cinquante ans « contre les Romains avant d'être domptés , ii n'ait point M paru nombre d'hommes d'un mérite éminent. m Macfaiav. Art de la Guerre, II , p. 89.
(3) Dans la langue du Latîum , le nom d'armée déri-