CHAPITRE XXY« l
eu combattant, suivoient une autre méthode, n'ayoient-ils que la jambe gaucbe munie d'un brodequin (i). Les peuples de la race antique et guerrière des Osques fabriquoient des masses de fer rondes qu'ils vibroient avec un lacet mobile, tandis que de près ils faisoient usage*d'une épée recourbée (a). Celles des Liguriens étoient d'une longueur moyenne (3) , leurs boucliers étoient de bronze (4) et d'une dimension allongée (5) ; mais cette dernière nation agile, prompte (6) , belliqueuse, se faisoit redouter également à combattre de près et à lancer des traits (7).
les Herniques étoient issus des Étoliens , d'après un usage fort extraordinaire , commun aux deux peuples 7 Le docte Hygin ne pouvoit-il, au siècle d'Auguste , avoir sur ce point d'histoire ancienne des données qui manquent k H. Micali ? la critique de notre auteur est-elle bien fondée? est-elle du moins polie 7R.-R.
(i) Liv. IX, 40'
(a) tereces sont aciydes t'Uis
Tela .* sed hac lento mos est aptare^agello. Lœvascetra tegit ; falcati cominiis enses,
Tiiio. VU, 73o-73a; Sert. adh.L
(3) Diodor. V, 39.
(4) Strab. IV, p. 140.
(5) Diodor. /. c. Les Romains, qui en adoptèrent l'usage , les appelèrent boucliers liguriens. Liv. XLIV, 35.
(6) Hostis levisy et vclox, et repentinus. Liv. XXXIX, i . Pemix genus, Tacit. Hist, Il , 1 3 j Silius , VIII , 607.
(7) Strab. /. c. Il étoit passé en proverbe, que le plus
l50 pnCMIÊRB PAltTIE*
Quelqties*unâ des peuples plus rustiques , tek ^ne les Herniques et les Éques , aToient des cas* ques faits de lecorce du Hége (i) : d autres les portoient de peau d'ours ou de loup (2) ; et, pour donner à cette pièce de leur ajustement guerrier une apparence plus formidable , ils ne manquoient pas d y adapter la gueule bëaote de TanimaL II n'en étoit pas de même chez les Étrusques : ils faisoient usage d'une sorte de bassinet de métal , sans c6ne^ bonnet que les Bomains adoptèrent sous le nom de cassis (3). D autres arm ures de tète étoi eut garnies de yisière ou de pièces qui servoient à garantir les joues. Lçs hautes aigrettes et les panaches qu'ils faisoient flotter sur leurs casques , ainsi qu'on le peut voir représenté sur une foule de monuments, nous prouvent qu'ils ne négligeoient rien de ce qui pouvoit donner aux guerriers un extérieur
menaçant et terrible (4)« Cest d'abord par les
grêle Ligurien suffisoit pour abattre le plus robuste Gaulois. Diodor. /. c.
(1) Tegmina queis capittun ruptns^* snh^r^ cortex.
Voio. VU , 74X
(2) fuîvosque Ittpi de pelle gtderas
Tegmen habent e >piii,
VtKo. VII, 688-689 ;StLt«s y IV, 560y 56i.
(3) Festus, in Cassilam, Ibid. Orig. XXIII, 14.
(4) V^y« ^"'- etrusc. Tom. I, PI. 108, 109, iio^ 114» ii7t 1199 et plusieurs autres.
GHAPITBS XXT. f 5l
yeux, dit Tacite j qu'on est vaincu sur le champ de bataille (i)* Rien n ëtoit plus imposant que les troupes pesantes des Toscans avec les cuirasses , les corselets, les jambières et les autres pièces d'airain don t se composoi t leur ar m u re (2) • Mais les Samnites , avec leurs boucliers ornés d^or et d'argent , leurs cottes de mailles , leurs heaumes ciselés y leurs vêtements de différentes couleurs (3) , sembloient effacer tous les autres peuples d'Italie, par la richesse et leclat de leur parure militaire. On eût dit qu'ils rouloient montrer , selon la pensée d'Homère , que le luxe guerrier aggrandit et fortifie les âmes (4)-
(1) De mor. Germ, 43.
(2) La statue d'un guerrier (PI. XXI) nous donne nne idëe eiacte et avantageuse de l'armure àes Toscans. Voyee les monuments , PJ. XXIX , XXX , XXXI , XXXII» XXXIII. — Voy. Èclaircissem, n. X.
(3) Tile-Live ( IX , 40 ) nows apprend quelle ctoit , vers la fin du cinquième siècle, cette armure des Samnites : Duo\xercitus erant : Scuta aherius auro , al" icrius argento cœlaverunt ) forma eratscuti, summum latius, qua peclus algue humer i tegunWr^ fastigio cequali ; ad imum cuneaiior, mohilitalis causa : spon^ gia peciori tegumentum , et sinistrum crus ocrea tec" ium .• galeee cristatœ , quœ speciem magnitudini cor^ porum adderent: tuoicœ auraiismilitibus versicolores, argeiUati's linteœ candidce,
(4) Achille , à la vue des armes nouvelles qui lui sont présentées , est tout ému , et montra le plus grand désir d'en Cure usage. lUad^ XIX..
l5a I»REMTÈRE PÂRTrE;
La victoire en grande partie dépendoîf de la diversité de ces manœuvres et de ces armes ; on a voit la facilité de battre Tennemi de loin et de près , de soutenir son choc , d'ouvrir ses rangs et d'en achever la défaite. La cavalerie, qui est d'ufie nécessité absolue dans la composition totale d'une armée , étoit formée des membres les plus distingués de la nation ; tous ceux que leur fortune mettoît à même de nourrir un cheval^ étoient par les lois obligés à le faire, et en conséquence il^ étoient inscrits dans une classe à part. Comme nos peuples nepouvoient ignorer la cônnoissance pratique d'une des plus importantes et des plus difficiles opérations de la guerre, du choix des positions, nous les voyons apporter une attention particulière à l'art de placer leurs retranchements, décamper avec avantage, de forlifier les retranchements, la sauve-garde des petites armées, et de s y mettre en sûreté. Leur théorie, il est vrai, ne s'éleva pas jusqu'à l'idée de renfermer et de défendre une armée entière par une seule ligne de circonvallation; mais, suivant l'usage des premiers Ro^ mains, chaque corps de troupes, sans s'assujettir à la régularité d'un plan général , campoit et se retranchoit à son gré (i). Cétoit une coutume
(i) Castra antiquilus Romani, aeierœque gentes passim per corpora cohoriium^velmtmapalia, cwi-^
cHAPitBE xxt; i53
particulière aux soldats toscans^ en quittant un pays ennemi , de ne point laisser derrière eux leur camp , mais de le brûler et de le détruire ( i ) . L'ordre de bataille varioit certainement , selon la différente nature du terrain , Tétat de l'ennemi ,< ou les vues du général. Néanmoins il parolt que la manière la plus usitée de ranger une armée en bataille , étoit de la partager en trois corps, la droite, la gauche et le centre. La cavalerie se tenoit postée sur les ailes, ou bien l'on en formoit un corps de réserve divisé en plusieurs escadrons (a). Les Étrusques se distinguèrent parmi tous les autres dans l'habileté de leur tactique par la fermeté de leur infanterie : nul ne savoit mieux qu'eux serrer ses lignes et les développer (3). Remplis d'ardeur et d'assurance,
stituerc soliii erant, guum soios urbium muros noscei antiquiias. Frontîn. Siratag, IV, i , i4- Sur le sens équivoque du mot mapalia , Voy. Forcellini , Lexic. latiniL
(i) Dionys. V, 34.
(3) (Ma se déduit de la description de plusieurs batailles que Ton trouve dans Tite-Live et dans Denys, lesquels a voient imité des auteurs plus anciens. Si l'on veut extraire de Virgile le plan d'une guerre offensive et défensive, on peut consulter le discours d'Algarotti sur la science militaire de ce poète , et celui de Sigrais y dana les Mémoires de VAcad, des Inscript, Tom. XXV, p. 87^
(3) Liv* II y 4^9 47 > ^t ailleurs.
]54 PREMIÈRE PABTTi:.
leurs soldats raarchoient à rennemî d'un pas me* sure, chantant au son de la trompette des hymnes de triomphe et les exploits des héros (i )« Disputant toujours la victoire avec opiniâtreté , ils puisoient dans leurs défaites mêmes de nouveaux moyens de défense et une valeur nouvelle. L'ingénieuse embuscade des Eques (a), et le célèbre événement des fourches Caudines, nous montrent combien ils étoient versés dansles ruses de guerre; car non seulement les Samnites (3) , mais tous les fiers habitants de l'Apennin , qui étoient comme invincibles dans Tasile naturel de leurs montagnes, se montrèrent parfaitement exercés à tous ces artifices de guerre, qui suppléent par ladresse au défaut de la force (4)*
( I ) Jbant œquaii numéro , regemque canebanL Virg. VII , 698 ; Silius (VIII , 480 ) dit la même chose des S»» bina. Denys ( VIII , 86) fait aussi mention des «rs militaires que chanloient les Volsques, et qui animoient leur courage.
(2) Liv. III , a6.
(3) Miyikm ri ntù ;^«Xin Uff , dit Appten d^ Bello Pun, in Praet ).
(4) La haine de Rome avoit presque fait des Samnitea nn peuple d'assassins , ii cause de leur habileté dans les roses de guerre : Si fallaciam quœris { Samnitum ) saltibus fere et montium fraude grassanlem ( Flor. I » 16 ). C'est ainsi que les Romains étoient toujours prêts à calomnier les ennemis de leur grandeur, comme firent
cHAPiTnc XXV. i55
Aussi les Romains , toujours prêts à s'approprier les usages utiles qu'ils trouYoient chess leurs ennemis, apprirent-ils des Sabins, des Étrusques et des Samnites, lart difficile qui les rendit victorieux (i).
Nous voyons chez les anciens Italiens la science des fortifications , et celle de la défense ^ prendre des accroissements et faire des progrès proportionnés à ceux delà civilisation (a). Si nous en croyons Virgile, les territoires les plus considérables du vieux Latium (3) étoient défendus par des murs et des ouvrages militaires , qui leur donnoient l'avantage de la force et de la sûreté ; mais I en suivant la trace de l'histoire des premiers siècles de Rome , on trouve que la foiblesse de plusieurs villes murées chez les Latins, les £ques et les Volsques , permet toit rare-
les Européens injustes et barbares envers les habitants du Nouveau-Monde pour justifier leur féroce conquête.
(i) Majores nos tri arma atque te la militaria
à. Samniiibus sumpserunt ; postremo quod ubique apud socios aui hostes idoneum videbatur, cum summo studio domi exequebantur. Caesar, ap. Sallust. CatiL 5i; Add, JSîcias Nicen. ap, Atben. VI , ai ; Arrian. Ars tac-» tica, pag. 75.
(2) Voy. Èclaircissem, n. XI.
(3) Ardée, Laurentiun , Antemna : cette dernière est nommée par le poète furrigeraj ce que Servius interprèle par bien murée , VII , 63 1 .
l56 PREMIÈRE PARTIE.
ment «qu'elles pussent résister à rimpétnosite d*un premier assaut , quand Fennemi Vayant une fois enveloppée , parvenoit à appliquer ses échelles (i) ou à pratiquer une brèche. JQ est certain toutefois que ces mêmes peuples perfectionnèrent fart des fortifications , comme le prouvent les restes de murs de l'ancienne Préneste, de Cora^ d'Alatri, de Ferentium, de Segni , Norba , Circeum , et Albe chez les Marses ; ces murs étoient construits de pierres d*une grosseur démesurée, polies à Textcrieur, taillées en polygones irréguliers de cinq , six ou sept côtés y et jointes fortement ensemble sans le secours de la chaux ni du ciment y travail aussi remarquable par sa solidité que par les peines qu'il dut coûter (2). Les principales villes
(i) Oppidumque corona circumdatum, scalis cap~ tum. Liv. IV, 47, etc.
(2) Voyez PL X, XII, 2; Piranesi, Ant, de Cora, PI. I; Maria nna DioDÎgi , Viaggi in alcune citlà del Zaz/o yMiddleton , Cjclopians TVaUs, London , 1812 j et Toavrage re'cent de M. Dodwell , Cj-clopians TValts in Greece and Italj, London, 1821. Quoiqu'il ait plu à M. Petit-Radel d'appeler ces murailles cjrclo^ péennes, et de déduire de celle assertion plusieurs conséquences historiques , nous avons de fortes raisons de croire qu'une semblable construction appartient à un temps moins reculé. Voj. les explications annexées à la PI. X , 3 , 4* — Voy. aussi nos Èclaircissent, n. XII.