‹ L'Italie avant la domination des RomainsChapitre 208 sur 283 · CHAPITRE XXVL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVL

Naifigation ^ Commerce, Mtmnoies.

Après avoir «nyîsagë nos peuples sous le double rapport d'agriculteurs et de soldats, c est sous laspect non moins important de navigateurs que nous allons les considérer. Des côtes immenses qui s'étendent depuis le Var jusqu'à rextrémité de TAdriatique, invitoient naturellement les Italiens à cette hardie et brillante profession qui, en employant utilement un grand nombre d'hommes, devoit donner un nouveau prix aux productions du sol , éveiller l'industrie , et imprimer une plus grande force au corps politique. Les premiers essais de navigation autour de nos côtes et des lies voisines , furent nécessairement hasardeuses , timides » et de peu d'importance; mais, dès que l'audace des voyageurs eut appris à mépriser les dangers de la mer, de plus vastes moyens de communications offrirent de nouvelles sources de richesses, et de grands avantages en résultèrent , non seule ment au profit des états particuliers, mais à l'avantage de la société générale.

l64 PREMIÈRE PARTIE.

Pour qu'un peuple actif se livre à Fart de la navigation ^ il faut qu'il ait quelque idée de commerce, et qu'il jouisse d'un superflu qui facilite les exportations. La jalousie, qui veilloit incessamment sur les frontières de tant de petits Etats limitrophes, dut restreindre pendant longtemps le commerce de nos peuples à la circulation intérieure des produits de la terre, et à l'échange d'un petit nombre d'objets manufacturés les plus nécessaires; mais la nature, qui a voulu impérieusement que les hommes fussent rapprochés et unis par la chaîne des besoins réciproques , modéra peu à peu la fâcheuse influence des passions rivales , et resserra les nœuds de la grande famille des Italiens. Alors les terres les plus fécondes, ou les mieux cultivées, répartirent l'excédent de leurs fruits sur les contrées moins abondantes. L'art de donner des formes nouvelles aux productions de la na* ture introduisit d'autres besoins, aggrandit l'industrie, et ouvrit au commerce de nouveaux sujets d'échanges. Les communications extérieures firent connaître le grand objet de J'importation et de l'exportation. Les peuples laborieux apprirent à connoltre le prix de leur superflu y en voyant le parti qu'ils pouvoient en tirer, pour se procurer chez l'étranger les choses nécessaires ; les relations se compliquèrent et

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devinrent plus considérables. Ainsi finirent par être liés ensemble Tagriculture ^ les manufactures et le commerce ; mais la navigation , ce moyen universel de transport et de communi* cation , leur donna seule une véritable importance y en les faisant concourir à Vaccroissement de la force réelle et relative du corps politique. Les nuages épais qui enveloppent l'histoire n'ont pu obscurcir entièrement l'éclat que jetèrent les Italiens par leurs connoissances dans la science navale. Le langage allégorique , les traditions d'une haute antiquité , les documents écrits, tout dépose en faveur de leur habileté en ce genre. Les Étrusques sont, sans contredit, ceux qu'il faut placer au premier rang ; leur domination sur la mer remonte jusqu'aux temps fabuleux (i). Mais, sans recourir à l'ingénieuse et expressive allégorie des pirates ty rrhéniens changés en dauphins (2), nous avons des preuves

(1) Voy. Gasaub. comment, in Polyb. I, 20; Haet, Hist. du Commerce et de la Navigation des anc, 16, p. 86 ; Heynii , Comm, de Castoris epochis, in^comm» Soc. Gott. Vol. I, p. 81.

(a) Homer. hjrmn, in Bacch, Eurîpîd. Çycl. II ; Apoliodor. BibL III , 3 , 5 ; Hygîn. Fab, 1 34 , et Astronome II, 17; Philostr. Icon^ly 19 ; Arîstid. Orat, in Bacch. Connus j Dionjrsiae. XLV» io5-i68; Ovid. Metam, III , 676 «eq.

l66 PREMIERE PARTIE.

frappantes de laudace de leurs expéditions maritimes , dès Tépoqae des Argonautes , par le récit des Grecs , qui montre, par le seul Glaucos qui disparut en se jetant dans la mer (i), com» bien étoit supérieure la valeur des Toscans, qui attaquèrent , battirent et vainquirent ces béros. Dans ce temps , lobjet de la navigation étoit la piraterie ; mais, comme les Toscans s'étoient fait un grand renom , pour avoir enseigné Tart de la navigation aux Pélasges, dits T/rrhénîens, avant la guerre de Troie (a), ils avoîent répandu , jusque dans les parties orientales de leurs c6les ^ la gloire et la terreur de leur nom. Mattres des deux mers auxquelles ils donnèrent la fastueuse dénomination de Toscane et d'Adriatique (3) , il est certain qu'ils parcouroient sur leurs navires toute la Méditerranée , et que nulle des nations de lantiquité n'y exerça une domination plus

(i) Posîs Magnes, ap. Alhen. VIT, la.

(a) Oionys. I, a5 : K«î («î nfA«ry«i) rnç tutrm tm woÊTixi

(3) SmuTtxMÏf ^vfMfétrtr loxim^rtç, ig wtÀXêif Xf^^^^ ^mXê^TùK^'kriiormtTtç, C'est ainsi que Diodore de Sicile s'exprime en parlant des Étrusques (V, 4^)- On voit souvent sur les monuments des divinités de la mer, des daupliias, et autres symboles relati£i à la navîgalicM\. Voy. PL XXII, XXV.

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