CHAPITRE XXVI. 17I
aux vaisseaux de guerre cet éperon tranchant (i) qui , adroitement dirigé par l'adresse des ra* meurs et par le génie du pilote , derenoit un sûr instrument de victoire (2). Et telle fut l'utilité de cette découverte , que depuis lors les principes de la tactique navale se trouvèrent invariablement établis sur des manœuvres uniformes, d'après lesquelles, au signal du combat, une escadre de galères , s'avançant avec vitesse en demi-cercle, ou dans un autre ordre régulier de bataille, s'efTorçoit dé percer de ses éperons aigus les flancs des navires opposés , et de faciliter en même temps les moyens d'abordage et d'attaque , en lançant du haut des ponts une grêle de traits et de pierres. La mention particulière qui est faite aussi de l'ancre, chez les Toscans (3), porte
(1) Roâtra addiditPisaevs Tyrrhenus, Plin, VÎI, 56. Les éperons de navires ne sont nulle part mentionnés dans Homère, d'où Ton peut inférer qu'ils n'étoient point connus des Grecs au temps de Troie.
(2) Scheffer , de Militia nav, II , 5.
(3) Plin. /. c. Ce passage de Pline nous laisse dans le 4[>ute sur l'inventeur de l'ancre, d'autant plus que, dans cette longue énumération d'objets, les critiques veulent que le nom de l'inventeur ait été régulièrement mis après celui de la chose inventée (V. Turre Rezon. disq, Plinian, Vol. II , p. 84). Homère ne fait point mention de l'ancre: il paroit que les Grecs, dans les
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avec d'autant plus de raison à croire que le mérite de rinvention eci appartient aux Toscans, qu'on découvre un plus grand nombre de fois cet instrument nautique gravé sur leurs mon* noies (i).
La piraterie, selon Tesprit dessiècles héroïques, fut certainement la première école où les anciens Italiens apprirent la navigation ; c'estde cette orî« gineque tant d'avantages découlèrent sur lecommerce ; c'est à pareille école que les Grecs étoient devenus navigateurs (2), et les Phéniciens et les Carthaginois si puissants (3). Bacchns enlevé par les Toscans pour être vendu comme esclave y nous donne à croire qu'en ces temps il
temps qu'il décrit > se servoient de grosses pierres pour fiier par leur poids les vaisseaux. (Goguet, Orig, des lois ^ des arts y etc. IV, 2. ) On observe sur un monument toscan 1-ancre recourbée, de bronze et de fer, telle qu'elle est représentée sur les moanoies. V. PI. XXIi. — Voy. È claire issem. n. XIV.
(i) Dempster, Etrur. reg, PL 61 j Passeri , Paralip», PI. 6 , 8. On voit fréquemment sculptés sur les monuments, des divinités marines, des dauphins, des tridents , et d'autres symboles relatifs à la navigation. -— Voy. Èclaircissem, n. XV.
(2) Thucyd. I,pag. 4.
(3) Id. pag. 5 ; Festus, in Tjrria maria. — Latrocinio maris , fluod illis temporibus gloriœ Aafrefralur. Justin, XLI11,3.
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étoit permis de faire commerce du butin et des hommes qu'on avoît pu enlever (1). Scilla , suivant Palœfatus (2), étoit le nom d'un vaisseau de ces corsaires étrusques : d'un pareil brigandage on peut conclure qu'un commerce régulier et permanent avoit lieu dans ces parages ; car la piraterie est engendrée principalement par Tappàt des richesses qu'accumule l'industrie mercantile. Il seroit curieux de savoir comment ils construisoient leurs navires ^ comment ils se dirigeoient sur mer, et quel étoit le degré de leur force maritime ; mais toutes ces particularités si recherchées , si intéressantes dans notre siècle, ont été négligées entièrement par les écri* vains anciens. Il est pourtant certain qu'ils régloient leur marche sur l'observation des étoiles ; qu'ils avoient d'autres méthodes inconnues d'assurer la direction d'un bâtiment et de s'aider des divers courans de vents, toutes les fois qu'ils étoient forcés à se mettre en pleine mer. Avec ces moyens , les Liguriens pouvoient , sur de frêles embarcations, munies de grossiers agrès,
naviguer régulièrement dans les eaux de la Sar-
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(i) Les Siciliens ou Sicules dHomëre faîsoîent aussi rëguHèrement avec les Grecs le commerce des esclaves. Dans V Odyssée y les amants de Pénâope délibèrent de leur vendre Ulysse. XX , 384; XXIV, 21 f. ^
(a) De incred. hisi» ai.
daigne et de la Corse , et même sur les côtes de la Gaule et de l'Afrique (i). Les Campaaiens ne parcouroienj; pas moins sûrement les mêmes mers , dans une espèce particulière de barques longues et agiles (a). Les Volsques , pourvus de bâtiments légers et armés d'éperons , rivalisèrent avec les uns et les autres dans uu art (3) qui formoit déjà une profession stable et avantageuse pour la force et la prospérité des États» par la communication rapide du commerce , de la côte dans Fintérieur, et de Tintérieur à la mer. On voit quelle importance avoit, dans les temps anciens y la navigation des peuples de ritalie f par le premier traité conclu entre Carthage et Rome Tannée même que les rois furent chassés* Rome, dans ce traité » stipule que ses alliés^ Latins, Rutules et Volsques, de Laurente , d'Ardée, d'Antîum, de Circé et de Terracine, pourront continuer de naviguer et de commercer librement et sans obstacles, dans les mers de Sardaigne, de Sicile et d'Afrique (4). Mais, parmi ces peuples, les Ardéens nommé-
(i) Diodor. V, 39.
(2) PkascliiSy n{mg£umcampanum.Jionim,Xill,j; Acro, ad Horat. III , Od. 2 , 29.
(3j Strab. V, p. i6o; Liv. VIII, 14.
(4) Polyb. III , 22.