‹ L'Italie avant la domination des RomainsChapitre 215 sur 283 · CHAPITRE XXVI, l8t · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI, l8t

CD sentit l'embarras et rinconvénient d^un système de représentation si incertain; d'un commun accord , on donna la préférence aux métaux, qui, faciles à diviser , commodes à transporter, et de plus inaltérables, étoient trè»propres à établir une juste précision dans les marchés, et à donner une grande extension «ux opérations du commerce.

L'usage des métaux, et en particulier du cuivre, procura donc de grandes facilités pour les échanges : on s'en tint d^abord là ; mais on reconnut bientôt combien il seroit utile d'imprimer un signe public sur les pièces informes qui circuloient à l'occasion des ventes et des achats. De là vint la monnoie , à qui les hommes sont plus redevables qu'on ne le croit; c'est elle qui ouvrit entre les peuples des communications plus nombreuses , qui établit entre eux des rapports plus intimes d'idées , de besoins et d'industrie. La forme, le poids, la grossièreté de ces premiers signes monétaires, connus sous le nom de grands as ^ prouve combien l'usage en est ancien chez les peuples de Tltalie. Cette tradition mémorable 9 qui attribuoit à Janus (i)

(i) DracoGorcjr. op. Athen. XV, i3; Macrob. Sa-^ iurn. 1,7; Minnt. Félix , c. 2a.

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rioyentioD du uumépire , indique sous le voile de lallégorie une haute antiquité i si même elle ne dénote pas le pays qui en connut le premier * l'emploi. ]Nous n'adhérons cependant point à l'opinion de ceux qui ont vu dans les as italiques une monnoie d'une antiquité iadéternoinée; leur analogie avec les as romains les plus vieux , semble prouver qu'ils ne remontent pas plus haut que les premiers siècles de la république, quoique l'on ait du certainement se servir de monnpies avant l'âge de celles qui nous sont parvenues. Lies Romains, qui furent les derniers a se civiliser , n'eureqt de la monnoie de cuivre que sous le règqe de Sevvius TuUus (i); tandis que, levant cette époque, l'histoire fait souvent mention de sommes psyées comme tribut militaire par 1^ Sabips et 4 ^utrfsis peuples environnants (a). La dénominatioq clon^ée originairement à la monnoie , indiquf^it Ja quantité précise d^ métal qui s'y trouyo^t contenue. L'a9 et la livre de douse onces étoiept synonymes, et divisoient la monnoie en parties égide^. L'as effectif étoif une pièce de cuivre coulé* On a cru que d'abord il étoit d'une forme Cîirré|9-lpague » puis ovale.

(i) Plia. XXjyiJ , 3.

(2) Dionys. III, Sa et iilUuri.

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puis ronde ; ce qui nous paroit trop systématique (i) : l'usage d'arrondir les signes métal-^ liques est plus naturel , plus simple , et plus commode pour la circulation. Partout les types monétaires sont une allusion symbolique à la nature du territoire, ou sont en harmonie avec l'histoire, la religion et les mœurs des peuples. Le JanuSy dont l'effigie se trouve sur les plus anciennes médailles de l'Italie , ne signifie peutêtre que les alliances et les confédérations des nations entre elles; car, selon un emblème particulier à cet âge , ces sortes de trait|É|e désignoient par un simulacre à deux tétlNfa) . Le défaut d'unité politique qui eut une si grande influence sur le gouvernement de l'ItaUe, se fit sentir aussi dans les règlements relatifs à la

(i) La motmoie italique r«ctangul|iir« que If on voit dans les Tox^ies est la pUs rare et la jnain& çoiM^ue : eUe ëtoit ausfii où u«age chez les Romatiis» Il paroit qu'elle int iatrojuite pour la commodité des grands comptes, comm« lie dupondius, le quiucussis, le deQussU, etc. On aveit coutume de la ranger eu tas dans les {naîsons particulièi-es ( Varro , L. L^ y»'36 ) , et on la transp^rloit sur des chariots dans la caisse publique. Liv. IV, 60.

(2) Jps9 ( Janus ^fsi^UndU faad^rilmf prwesi : nom, postquam Romubts ei T. Tatiu4 in fcsdera convenu runi, Jano simulacrum duplicie fiontis effeciu^n est, quasi ad imaginem duorum populorum* âerv.XII > 198.

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monnoie; le poids en fut variable comme les dlfferens statuts municipaux : ainsi Tas d'Adria du Picenum se trouve correspondre à dix-huit de nos onces (i ) ; celui de Todi, à quinze; celui de Vol terra , à douze; nous pourrions citer encore d'autres variations (t). Il parott^ au reste , que nos peuples adoptèrent le facile mais périlleux expédient de la réduction des espèces monnoj^^esy puisque l'on voit les fabriques dltalie faire «descendre l'as peu à peu du poids de vingt onces jusqu'à celui d*une onceetdemie^ en donnant a^É^i la monnoie réelle une valeur idéale. Cette pRrtique fut également suivie par les Ro* mains y qui, en moins d'un siècle , réduisirent l'as d'une livre ou de douze onces, établi par Servius, au faible poids d'une demi-once (3).

(i) L'âge de ceux d'Adria avec le Pégase peut^ii notre avis , être fixé assez sûrement k environ l'an de Rome 38o ; c'est-à-dire an temps où les Sjracusains, par l'entreprise de Denys l'ancien , accrurent et renouvelèrent cette colonie. Voy. la seconde partie , chap. VIJI.

(2) Zelada, de nummis œreis uncialibus. Vasseri^ Chronic. numism. in Paralip, p. 1 g3. Il seroit k sonbaiter que quelqu'un se chargeât de déterminer plos exactement le poids des as et des monnoies italiques, en suivant la méthode de M. Rome de l'fsle dans ses Essais fnéiroiogiques sur les monnoies grecques ei romaines.

(S) Piin. XXXIII, 3.

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Les lois et l'usage fixèrent la proportion qui ayoit existé entre les différentes monnoies; mais cette balance , si facile à établir de nos jours ; devoit alors apporter de grands obstacles au commerce et à ses négociations.

La monnoie de cuivre composa pendant long-temps le trésor des États ; mais Taccroissement et la prospérité du commerce introduisirent à la fin les espèces d'argent et d'or. EUes furent connues des étrangers, ainsi que le prou* vent les médailles de Populonia et d'autres villes de la Toscane , rares ornements de la numismatique (i). Des veines abondantes de précieux métaux qui se trouvoient dans les flancs des Alpes et de l'Apennin (2), étoient alors exploitées très-avantageusement par une population industrieuse. Les mines d'or de la vallée d' Aoste et de Verceil (3) n'en fournissoient pas moins abondamment, quoiqu'il en vint une

(i) Voy. Eckhel, Num. vet. anec. p. la; elles monnoies inédites , pi. LIX , i-ii ; LX , S-y ; LXI.

(a) Bofe eadem argenù rivos , œrùque metaUa Oste/uiitvenis , aiçue auro pbtrima /bueit.

Via«. Georg. Il, i65.

Metallis auri, argenti, œris, ferri, quandiU libuii exercere , nullis cessit, Plin. XXXVII, extr. Strab. VI y

(3) Strab. IV, p. 141 } V, p. i5i j Plin. XXXHI , 4.

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grande quantité en Italie » des mines fécondes des Tauriques-Noriciens (i), près de la Styrie. Mais Textraction des substances metallùpies» à laquelle le sénat romain avoit mis des restric* tions (i), cessa tout-à-fait sous Auguste. On trouva plus de profit à les faire venir des Gaules et de VEspagne (3). Les annales des Romains parlent souvent des grandes quantités d or prises dans les premiers temps de la r^ublique sur les Volsques, les Sabins, les Samnites, et sur les autres peuples à qui ils faisoient la guerre. On peut juger de la surabondance des métaux précieux qui existoient ches les Toscans , par cette foule de vases d'argent dont ils ornoient leurs tables (4)9 et par c^ pompeux bijoux dor qui servoient à la parure de Tun et de lautre sexe (5) 1 mais , s'il &ut dire la vérité , les mêmes causes qui multiplioient en Italie ces nouveaux signes

(i) Volyh. ap. Strab. IV, in fin.

{%) PlÎQ. m , 30. On retiroit uu^ quantité considérable d'argent des mines de Montieri dans le Siénois, on Ton voit aujourd'hui un immense amas de déblais on de scories ; ce qui a porté un naturaliste ii croire que ces mines avoieiit été ezploîlées du temps des Étrusques. Targionâ , Viaggi délia To^cana, Tom, IV. p. 4?-

(3) Strab. V, p. i5i.

(4) Diodor. V, 40.

(5) Voy. pluslwut,CJi.?XHI.

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de richesses , furent aussi celles qui , en augmentant l'amour du luxe et l'indifférence pour la patrie , hâtèrent la décadence déplorable des mœurs et de la grandeur véritable.

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