‹ L'Italie avant la domination des RomainsChapitre 228 sur 283 · CHAPITRE XXVII. 2l · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII. 2l

progrès. Dans beaucoup d'autres contrées y dans l'Ombrie surtout, dans la Romagne et dans le Picénum, on a trouvé des monuments fort semblables à ceux d'Étrurie ; des travaux des anciennes écoles italiennes montrent que les Toscans répandirent partout les arts avec leur commerce ou leur domination. C'est ce que ne témoignent pas moins les monnoies mêmes de plusieurs villes de l'Étrurie centrale et de J'Ombrie , comme celles plus Certaines de Populonia et de Lodi, qui se recomjtiandent par le bon style et l'exactitude du travail (i). Enfin y l'on a trouvé jusque dans File d'Elbe (p) et dans celle même de Sardaigne (3), des figures de métal ^ informes et grossières y à la vérité y mais telles qu'on pouvoit les attendre de ces colonies où les arts ne furent jamais en vigueur. La quantité et la diversité des monuments étrusques, qui se voient dans les Musées d'Italie et au-delà des monts , suffiroient pour prouver

(i) Oatre les monnoies connues des antiquaires , on remarque un mëdaiUun tétradrachme en argent. Voyez XsiDescripL des Méd, par M. Mionnet, Supplément, tom. I, pag. 200, ann. 1819.

(2) Bronsi d'Ercohmo. Tom. II, pag. 71.

(3) Winckelmann, 111,4» 4* » Caylus , Recueil d^An^ iiquii. tom. III, pi. XVII ; Barthélémy, Mém. des Inscript, tom. XXVIII , pag. SgS.

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que les arts du dessin se maintinrent long-temps en vigueur par une succession d'habiles artistes, qui, des plus grossiers principes, élevèréat leur école à ce degré de bon goût que nous admirons justement. Mais ces monuments ^ si différents entre eux par la matière et par la forme , servent aussi à éclairer l'histoire de Fart qui, dans ses changements ^ paroit avoir eu deux époques distinctes : celle où prévalut durant un long âge le style toscan proprement dit; et celle, beaucoup plus récente, pendant laquelle Fart s est attaché à imiter la manière des Grecs. Nous avons expliqué ci-dessus , comment^ après plusieurs essais y se forma un style énergique , dur, régulier , mais sans grâce , où l'expression trop forte de toutes les parties nuisoit â la beauté. Ce style , chez un peuple tenant opiniâtrement à ses usages, fut long-temps le caractère propre de cette école , et ne changea que fort tard. La célèbre pierre de Tydée , dont la gravure estsi pleine de vérité et d'expression , et tant d'autres pierres annulaires

non moins précieuses (i), peuvent être r^ar-

(i) Quel que fût le mystérieux symbole du scarabée ^ la représentation de cet insecte revient fréquemment entre toutes celles que recherchoit la superstition étrusque X ii n'y avoit personne qui ne voulût avoir son scarabée ^ voilà pourquoi il s'en trouve un si grand nombre de forme sphérique , et dont le travail ne vaut pas mieax

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dëes comme des ouvrages appartenant à lancien style étrusque le plus célèbre dont ils offrent à la fois les beautés et les irap^^rfections ; on y dé* couvre en effet les mêmes lois fondamentales , la même manière forte et prononcée de dessiner, qui caractérisent toutes les autres productions de l'art étrusque qui sont parvenues jusqu'à nous (i)-. Comme dans les petits, aussi-

que la matière. L'imperfection de ces ouvrages a induit en erreur quelques antiquaires qui les ont rapportés à la première péripde de l'art. Le savant Zoeg^ a expliqué la différence qui existe entre les scarabées d'Egypte et ceux d'Étrune. De origine et usu obeliscor. pag. 4^0 ,not. 4a* (i) Winckelmann , Descript. des pierres gravées de Stosch, pag. 348; Monum, inédit., 106, pag» 141. La iiature de cet ouvrage ne permet point de citer en détail les divers ouvrages de l'art qui ont motivé nos assertions; mais ces ouvrages sont très-connus. C'est cepen* dant ici le cas d'observer que l'étonnante habileté des contrefacteurs a induit plut d'une fois les antiquaires dans des erreurs étranges. Entre les pierres à bon droit suspectes , nous nous permettrons de ranger les Saliens du musée de Florence , et le dieu marin ^ qui ont été publiés dans le musée ecrusque ( pi. 198 , i ; 199 , 6 ). Le nom de Paris {|<|f)'f que Ton trouve sur un scarabée, expliqué dans les Notices des Antiquités romaines pour tannée 1 785 > pag. 85 9 a été récemment ajouté par un artiste ignorant , qui ne savoit pas qu'en Étrurie , ce hé^

ros se nommoit Alexandre, j|(|1|^M 2^ "(^ » ^^n*" ^"'®" '* voit sur une patère de l'institut de Bologne. Le nom

ai6 PlIEMlèRE PiRTIE.

bien que dans les grands ouvrages , on suit communément les mêmes principes de goût, on peut sur les productions de la moindre dimension estimer justement la valeur de Técoleet le mérite des artistes toscans, qui , obligés de se conformer dans le choix de leurs sujets à la mode et au caprice du moment , représentèrent des objets sur lesquels étoit fixée Tadmiration de leur siècle (i). Et en effet, la renommée des

d'Hëlëne flHHâ V^^ Y^^ aperpu sur une cornaline du musée impérial de Vienne » que l'on croit de travail étrusque y me paroît aussi une addition moderne. Voy. Eckhel, Choix des pierres gravées, pi. 40 , pag. 76.

(1) L'illustre auteur du Musée Pie-Clementin (L I j pi. A , pag. 95 ) suppose que la magnifique pierre oii est gravé Tydée , se courbant pour arracher de sa jambe un javelot , n'est qu'une copie d'une statue de Polyclëte qui représente Tydée, distrigeniem se, comme dit Pline, en décrivant cette statue ; l'instrument qui se voit entre les mains de Tydée a paru au savant antiquaire plus semblable à une espèce d'étrillé qu'à un dard. Mais une autre pierre non moins belle (planche LIV, i ), qui représente le même sujet , montre distinctement la forme du dard , et le sang coulant de la blessure qu'il a faite » et ne laisse aucun lieu à la supposition dont il s'agit. Rien , du reste , ne contrarie le sentiment de Winckelman , qui veut que Tydée soit représenté , assailli par lesThébains, au moment oiL il reyenoit à Argos, et qui regarde ee travail comme étrusque.

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héros de Thèbes et de Troie ^ pénétra, selon l'expression de Pindare y dans tous les pays et dans toutes les langues, et parvint jusqu'à l'Étrurie du centre y comme J attestent tant de monuments où sont représentés ces deux faits célèbres. Dès lors, les maîtres toscans, qui par une rivalité nationale, et par leur propre génie, étoient fort enclins à lutter avec les Grecs , tirèrent de ces traditions héroïques des sujets plus heureux pour les arts du dessin, auxquels ils s'adonnèrent avec un zèle et une én^iulation toujours croissante. Toutefois , l'usage de placer en langage étrusque le nom des personnages grecs , et en particulier des héros, au-dessous de leurs images , montre que l'on avoit besoin de s'aider de ces titres pour distinguer des sujets étrangers , et avec lesquels l'Italie n'étoit point familière (i). En outre, l'expérience nous montre

(i) L'usage d'ajouter aux figures le nom des personnages fut pratique dans la Grèce , durant la première période de l'art. La même chose eut lieu en Italie > à l'époque de la renaissance de la peinture : alors toute l'expression des figures se trouvoit dans les légendes qui leur sortoient de la bouche. Le contraire arriva en Étrurie : les arts j étoient déjà parvenus à un degré de perfectionnement remarquable, lorsque les artistes commencèrent à écrire sur leurs ouvirages les noms des per* sonnages qu'ils représentoient. C'est que ces personnages,

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que souvent , au lieu de sujets et de faits qui leur soient propres, Hercule, Jason, Priam et Achille, sont encore aujourd'hui les modèles que se plaisent le plus à représenter les artistes. Mais une chose de plus grande considération pour l'histoire de l'art étrusque , et qu'on doit bien remarquer en cet endroit , c'est que les maîtres 9e s'écartèrent que fort rarement, dans leurs dessins, de l'exacte imitation du costume national ; en sorte que bien qu'ils figurent à leur gré des traits de la fable ou de Vbistoire g^recques, on observe que les habits , les ornements , k manière de combattre , les armes et \es dWeis accessoires , sont une vraie représentation des modes et des usages étrusques; nous en avons rapporté, dans le cours de cet ouvrage, une foule d'exemples prouvés par les monuments euxmêmes. Qu'il nous suffise ici de citer, comme un témoignage des plus certains, ce singulier basrelief étrusque d'une urne Voltérienne, représentant la mort de Capanée, où^ au lieu de la porte Électride , le sculpteur a figuré la porte antique de Volterre , qui est encore subsistante (i). D'après d'autres monuments^ dont

étrangers à l'Étrune, auroient été souvent méconnus, "tans la prëcantion qu'àVoit Tartiste de les nommer. (1) Voj. les MonumenU , PI. VII , XXIX.

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quelques faits tirés de la mythologie grecque, sont différents de la narration des poètes (i), rhistorien des arts pourroit conclure que les sculpteurs de ce temps n'avoient d'autre guide dans leur composition que des traditions orales (2); et peut-être même suivirent-ils des autorités différentes de celle des chants d'Homère (3). Mais les Étrusques eux-mêmes n'eurent--ils pas peut-être aussi leurs héros , et une mythologie particulière et nationale ? Il faudroit n'avoir jamais jeté un regard sur les productions de leur école , pour pouvoir douter de l'originalité de plusieurs types mythologiques que Ton y

(1) Tel est, entre autres, le sujet des destinées d'Achille et d'Hector mises en balance. Chez les artistes d'Étrurie, ce n'est point , comme dans Homère, Jupiter qui tient la balance , c'est Mercure. Sur d'autres monuments de la même nation , Polyphëme est représenté avec deux yeux ; et les sirènes sont de jeunes filles richement vêtues. Voy. les Mon um. plan ch.XLV ; el Winckelm. Mon. ined, i33 ; Gori, Mus. éir. Tom. I, planch. 147* -«- Voy. les Êclaircîssem, n. XXIL

(3) Monum. ined. Tom. I , pag. 27.

(3) Les Étrusques avoient des traditions particulières sur les fables homériques ; telle étoit celle que rapporte Plutarque , qui faisoit dTJlysse un héros aimant à dormir, De audiend. Poetis , II, pag. 27. Nanus, c'est-àdire errant , dans leur langage , étoit le nom propre qu'ils donnoientàce héros. Tsetz. adLjrcophr, 1244*

!iaO PBEMIÈRE PARTIE.

aperçoit , et qaon ne sauroît expliquer à l'aide des seules fables grecques. Et sur quel fondement Youdroît-on affirmer qu'un peuple , qui fut si distingué dans les siècles du génie allégorique , ait été privé d'histoires et de fables qui lui fussent propres ^ et qui fussent dignes d exercer Fimagi' nation de ses poètes et le ciseau de ses sculpteurs ? Ne connoissons-nous pas les noms de plu* sieurs divinités nationales ^ et ceux de plusieurs rois , de plusieurs héros ? et dans Je cycle des mythes , ny a-t-il pas des fables célèbres faciles à reconnoltre pour originaires dltalîe , et sur* tout des régions de ce pays qui sont volcaniques, telles que la Campanie et la terre-ferme de Venise? Sans doute des noms, isolés depuis tant de siècles , de la mythologie et de l'histoire , ne peuvent exciter qu'un bien foible intérêt ; cependant si la perte des écrivains a réalisé pour les Toscans le sort de ces braves qui , suivant Texpression d'Horace (i) , sont restés plongés dans la nuit de l'oubli, faut-il, contre toute raison, dépouiller de sa gloire entière un peuple aussi grand et aussi ingénieux que célèbre?

(x) Fixerejôrtes ante Àgunemnona

Muiti; sedomnei UlaciynuihUts Urgentur, ignotique longa Ifocte , cttrent quia *vate sacro.

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