CHAPITRE XXVIIl
Live (i) nous parle accidentellement d'écoles destinées à la jeune noblesse y telles que celles de Paierie et de Géré ; et il y en eut certainement de semblables dans d'autres villes de l'Étrurie , qui étoient gouvernées par des institibtions de la même nature. Le peuple ignorant , constamment livré aux pénibles exercices de Tagriculture ^ de la guerre , ou à d'autres travaux industriels , n avoit aucun moment à donner a l'étude des lettres ni à aucun genre d'instruction. Et l'écriture étant peu usitée dans ces temps, il étoit d'usage qu'un magistrat plantât annuellement un clou y en guise de signes numériques, sur les murs du temple de la déesse Moritia a Yulsinium ^ pour indiquer à un peuple grossier et illettré la succession régulière des temps (i^). Tandis que le peuple étoit ainsi maintenu dans une ignorance peu louable , mais regardée
(i) L. y, 27 ^ IX, 36. Dans un autre endroit , il fait mention des écoles de Tusculum ( VI, q5).
(2) Cîncius Aliment, ap, Liv. VII , 3 : Clavum quia raroB perea tempora lillerœ erani, notam numeri an^ norumfiiisseferunt. Add. Festus , in Clavum annalem. Cette cérémonie , pratiquée probablement aussi dans les autres villes toscanes , fut imitée par les Romains. L'usage de compter avec des clous avoit lieu généralement dans les campagnes durant les premiers siècles de Rome. Petron. Satjr. i35.
:i38 PREMIÈRE PARTIE.
comme le gage utile de sa soumissîoa, les prêtres, seuls possesseurs des secrets de la philosophie toscane, soccupoient sans relâche des méditations et des études propres à avancer les progrès des sciences et des arts. La philosophie théorétique des Etrusques , dont le principe étoit de rapporter tout à Dieu, appelé jEsar dans le langage liturgique des aruspices (i) , s^occupoit spécialement d'approfondir la nature et les attributs d'un être supérieur. Les lumières que nous pouvons obtenir sur leurs usages et sur leurs institutions civiles, nous font connoltre avec certitude qu'ils croyoient et enseignoîent Y existence d'un Dieu, dont la providence suprême gouyernoit les choses de ce monde ; que ce Dieu punissoit les infractions faites aux lois , remunéroit la vertu et la probité , et réservoit dans une autre vie des peines et des récompenses aux âmes après leur séparation du corps. On peut découvrir de quielle manière ils concllioient cette philosophie avec ce qu'ils imaginoient sur Tétat futur, par leurs monuments funéraires, où Von voit les âmes des défuuts conduites, par le bon ou par le mauvais génie, au Tartare ou à l'EIjsée
(i) y^sar, etrusca lingua Deus vocaretur, Sueton. in August, 97 ; Dio Cass. XXXYI , pag. 589. — Yoy. les Êclaircisshm. n. XXVII.