‹ L'Italie avant la domination des RomainsChapitre 24 sur 283 · CHAPITRE y · texte numérisé non relu

CHAPITRE y

De fltalie ancienne^ et de ses différentes déno^

minât ions*

La nature elle-même semble avoir posé les limites de ce beau paj^s ,

Que rApennin partage , et que ceignent l'onde et les Alpes.

Mais ritalie antique n'étoit point celle que nous connoissons aujourd'hui^ et son nom même changea souvent , selon les âges et les révolu^ tioQs des peuples. Le nom sous lequel la désiguoit la plus haute antiquité, fut, comme nous l'avons vu, celiii de Terre de Saturne^ parce qu'elle étoit considérée comme étant sous la protection spéciale de ce dieu à qui les indigènes attribuoient l'institution de la vie sociale. Cette dénomination primitive et nationale, qui se conserva dans le langage poétique, fut néanipdoins remplacée par les nouvelles dénominations que les Grecs imposèrent au continent , et que l'autorité de leurs écrivains répandit bientôt dans tout l'ancien monde.

On donna long-temps et seulement le npm

CnAPITRE V. 67

à'QEnairie (i) à cette petite portion de l'extré^ mité de la Péninsule , comprise entre les golfes Lamétien et Scylacien, aujourd'hui les golfes de Squillace et de Saiate^Euphémie^ inconnue au temps d'Homère (a). Le nom d'Italie (3) embrassa d'abord les mêmes limites , jusqu'à ce que s'appropriant celui d'Œnotrîe, il letendit à tout le pays situé entre Pestum et Tarente. Dans ces temps obscurs , d'autres dénominations encore furent appliquées à la Péninsule, telles que ceUes d'Hespérie, d'Ausonie, de Tjrrhénie (4)- La dialectique hasardeuse qu'introdui-^ sirent les Grecs, en expliquant l'histoire par les noms et les iaits merveilleux des héros , fit dériver ces diverses appellations d'autant d'hommes

(1) Antich. Syr%c. ap, Strab. VI, p. 175-183.

(2) V^yy- ci-aprës , chap. XIX. Il est à remarquer que les noms même d'Asie et d'Europe n'étoieut pas connus encore aux temps de ce poète. ( Strab. XII , p. 38i. )

(3) Antioch. ibid. ) Aristot. de Rep, VII > 10 ; Dionys. 1,33.

C4) Virgile renferme dans quelques vers tontes ces traditions :

Mitlocm, Hespcriam Graii cç^inomtne dteumt: Terra antiqua , potens armÎJ atque ubere giebœ : O&ioiru coluere viri ; nune/ama, minores Italiam «Uxisse, dueis de nomine , gentem.

.£itcid. I'» 5a9»$3i.

illustres ou demi-dieux (i); mais^ dans la réalité^ la première navoit d'autre signification certaine que celle de terre occidentale (a) : nom qui fut totalement oublié, lorsque les Grecs eurent fait la découverte d autres pays encore plus occidentaux , comme FEspagne et les lies Fortunées (a). Les deux autres dénominations tiroient leur origine des noms de 'deux peuples également fameux , c'est-à-dire , du peuple qui occupoit la basse Italie y appelé Ausouiens par les Grecs , et de la puissante nation des Étrusques, connus aussi sous le nom de Tyrrhéniens. L'incertitude des étymologiesnenous permet point de faire grand cas de celles qui furent données par les anciens grammairiens (b) , et Fon ne sauroit établir sur ce fopdement aucune preuve historique (3). Si, d'un autre côté, nous consi-

(i) F'qjr, Clavier, IlaL antiq, p. i-i6.

(2) Macrob. Satum. 1 , 3.

(a) C*e8t aassi le sena le plas naiarel qii*a le mot à'Mespérie dana la langue même des Grecs , d*ûii il est emprunté. Tonte antre étymologie étoit rejetée de leurs plus judicieux écrÎTains. R. R.

(b) Je seroia tenté d*en dire aotant de celles qni ont été proposées par les modernes. N*y a«t-il que iea anciens qui se soient trom* pés ? R.-R.

(3) On ne fait point une grande injustice aux grammairiens anciens en ne se fiant point entièrement à eux. Nous avons vu plus haut Tétymologie d*Italie tirée d'un mot grec qui signifie veau. On faisoit dériver celle

Page 1