CHAPITRE XXVIIT
inculquer si soigneusement , par la loi du destin , les salutaires préceptes de la morale et les devoirs sociau?^ (f). Quoique la science des aruspices^ fruit des ingénieuses méditationsdes philosophes théologiens , cachât sous le voile d'une doctrine ambiguë d'assez nombreuses notions sur la phy-« sique et l'histoire naturelle , elle avoit des rapports plus directs et plus particuliers avec la morale et avec la politique. Comme , dans l'opinion de ces temps, les phénomènes de la nature , qui dépendoient du pouvoir spécial de la Divi* nité y étoient regardés cômirne liés par une chaîné invisible aux destinées humaines, il n'y avoit que les devins les plus pénétrants qui pussent distin* guer l'influence favorable ou sinistre des pré» sages. Que les philosophes, ou ceiix p^ut-étre qui s'en arrogent le titre , se vanteat d'avoir enlevé au vulgaire les consolations que la superstition fournit , consolations qui ont leur charme pôuc le malheureux ; le but politique et moral de la
Platon , en leur attribuant à tous les trois les mêmes opinions concernant la divinité {Ad. TAeô. IV, 5i6). Arnobe ( II , pag. 92 ) rend aussi témoignage de la haute sar gesse de Tagès.
(i) Est enim in libro qui inscribitur terrœ.ruris Etruriœ scripiutn vocibus Tagœ ; eum qui genus a perjuriis duceret,fato exlorrcm et profugUm esse de^ bere, Serv. 1,2.
9t^46 PREMIERE PARTIR.
divination , tirée de la science fulgurale , petit faire pardonner un artifice qui avoit pour but de tenir toujours présente Tidée d'un être suprême, juge impartial des actions humaines, toujours prêt à secourir Finnocence et à punir le crime , et dont les plus puissants ne pou voient éviter les regards ni détourner la justice (i). C'étoit dans cette vue que la mystérieuse araspicine distinguoit les pronostics tirés de la foudre en publics et en particuliers, les séparoit en plusieurs espèces , et ne les interprétoît jamais que dans un sens profitable à la morale et au bien de l'Etat (a). Jupiter^ suivant leur doctrine , rie lançoit jamais ses traits destructeurs sans le consentement des autres dieux, pour enseigner aux rois à modérer leur autorité , à s'entourer de conseillers prudents , et pour leur apprendre que Vautorité suprême ne pouvoit jamais ellemême s'éclairer trop, avant de se décider a porter des coups mortels (3). Aussi, parmi les points
(i) Senec. Çuest. nai.Uj 42.
(2) Sënëqoe ( iifid. 33 , 5o) , appuyé sur rantorilede Csecina, philosophe étrusque, expose complètement la doctrine fulgurale de ce peuple. Touchant les opinions superstitieuses des anciens relativement à la foudre , on peut consulter la dissertation deGreech snrle sixième liv* de Lucrèce , pag. 65o , 666.
(3) Discant hoc ii ^ quicumque magnant potentiam
cnAPiTRK xxviir. ^ 2/47
de leur niiaistère, qui intéressoient Tordre' de la société y les aruspices toscans comptoieut-ils le cas où la foudre , qu'on noofimpit alors royale ^ seroit tombée dans la place ffes comices ou dans quelque autre lieu notable d*une cité libre ; il étoit évident alors que cette cité étoit menacée d'un roi (i). Et au contraire, au moyen de tel autre prodige, tous les genres de bonheur étoient promis par les livres sacrés aux chefs légitimes de l'État (2). La physique , la morale et la politique prenoient , comme on le voit , leur racine dans la religion ; c'étoit la religion qui seule Içs interprétoit , en ne formant qu'un tout
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inter homines adepii suni, sine consilîo nccfulmen quidem mitti : advocent, considèrent multorum sen*tentias, placila tempèrent, et hoc sibi proponant, ubi aliquid percuti débet, ne Jovi quidem suum satis esse consilium, Senec. loc, cit. ^3. add. Festus, in Manubiœ } Gracchus ap, eumd. in Perempialia. L'action de lancer la foudre , et la foudre elle-même , s'appeloient en langage toscan manubia, Serv. 1 , 4^ > ^'9 ^^ 9 ^^ libris Etruscorum,
(i) Csecina ap, Senec /. c, 49* Cette doctrine étrusque fut sagement adoptée par les Romains dans leUrs rituels: In nostris commentariis scriptum habemus : Jotb To-
HAUTE FULGURANTE , OOBCITIA POPULI BABERB NEFAS. Cicer. De
Divin. Il y 18.
(2) Tarquitius , ex Ostentario Tusco, ap, M«crob« Sat. III, 7 ) Senr. Ed. IV, 4!^.
^[fi PREMIÈRE PARTIE.
avec elles. En effet , comme par celte croyance immuable tout ëyénement , soit naturel , soit civil, venant de Dieu , est ramené à Dieu, de même la connoissance de!^hoses est manifestée et empreinte dans la science seule de la Divinité ( i ) .Un tel système d'enseignement , qui fut long-temps pratiqué par les sages ^ étoit sans doute hardi, et il n etoitpas dépourvu de dangers; il laissoit aux sacrés interprètes trop de facilité à profiter des terreurs continuelles de lajnultitude, età comprimer le libre essor des âmes, sans lequel il ne sauroit exister de nobles et de généreux sentiments. Il est difficile que des hommes cliargés exclusivement du dépôt des lumières n abusent pas souvent de cette fonction , par laquelle ils sont si éminemment intéressés au maintien dW système où ils trouvent tant d'avantages.
Comme la connoissance des choses physiques et une appareute liaison entre les causes naturelles et des effets plus ou moins éloignés, avoient été la vraie l^ase de Faruspicine (2) , on
(i) On trouvoit dans les livres étrusques certains ternies admirablement appropriés à la science de h politique et à celle des mœurs : Habent Eirusci libri ceria nomina : Deieriores y Repulsos hos appcllant , quorum et mentes , et res sunt perditœ , longeque à communi soluté disjunctœ. Cicer. de jiruspic, resp. aS. (2) On entrevoit clairement la hase physique de la
GliAPJTHE XXVIII. ^49
ne sauroit clouter que les livres sacrés des Étrusques , connus sous le nom daruspicins et de fulguraux, ne renfermassent d'utiles et de nombreux renseignements sur la science de la nature (i). L'étude des phénomènes de l'atmo^ sphère, par rapport à leur influence sensible sur réconomle animale et sur les productions de la terre , fut cultivée par les aruspices toscans avec une attention toute particulière; leurs livres divinatoires, comme nous lapprend Cicéron, étpient journellement enrichis d'observations et d'expériences nouvelles relatives à la physique générale et particulière (ii). En contemplant les
divination à travers ] a perpétuel le ironie de Cicëron. Les stoïciens croyoient aussi que Dieu avoit imprimé ^u& choses naturelles un certain caractère qui avoit évidemment rapport k l'avenir y et qu'il étoit possible 4e reconnoître par le moyen de Ta divifiation.'
(i) Des livres étrusques, concernant les choses de la nature, sont cités p9r. Pline (II, 83 )• Gensorin ( II « i4) indique, en passant, une opiùion remarquable sur. le nombre septénaire dppliqué à la durée de la vie humaine; opinion qui se . trou voit dans les rituels de^. Étrusques, et dans leurs livres FjaXaUs.
(a) Etruria autem de co^îo tacta scientissime ani—
madi^ertit quodque propler- aëris cfassitudinem
de cœlo apud eos multa Jiebant , etijudd ob eandem causam mulla inusitata ^ partïm è cœlo, alia ex lerrâ oricbanlur , qiiœdam etiam ex hominum pecudumv^-
a5o PREMIÈRE PARTIE.
météores de rélectricité atmosphérique, ïk durent remarquer la différence curieuse qui existe entre les phénomènes de rélectricité ascendante et ceux de rélectricité descendante ; ce fut en efi^t de leurs recherches assidues que Von tira ce principe remarquable, que la foudre se formoit bien moins dans les nuages que sur la terre; de sorte que sa direction é toit de bas en haut (i). La diversité de couleurs quimprime la foudre sur les objets qu'elle frappe (2), confirme la justesse de leurs observations sur les propriétés du fluide électrique ; mais ce qui donneroît une bien plus haute idée des connoissances physiques des devins toscans , c'est l'opinion où Ton étoit qu'ils avoient le pouvoir de faire descendre à volonté la foudre des cieux (3), si ce pouvoir toutefois tenoit plus à leur science qu'à leurs attributions sacerdotales. Un écrivain récent (4),
eonceptu et satu, ostentorum exercilassitni inêerpretes extiterunt. De Divin. I, 41 , 42.
(i) Gaecinna ap. Senec. 49 ; PHn. II , 52. « Les Toscans sont, entre tous les hommes, ceux qui se sont le p/os Appliqués à Tobseryation de la fondre. » Diodore de Sic. V,4o.
(2) Cœcin. ap. Senec. 41 • Gonf. Vopisc in Prob, p. 24^
(3) Plin. n,5a.
(4) Dùtens, Décom^eries des anciens attribuées aux modernes. Sur la connoissauce qu*avoient les anciens de