CHAPITRE XXVill. SOI
trop porté à représenter les savants modernes comme revêtus des dépouilles de l'antiquité , n'hésite pas d'affirmer que les Toscans connoissoient les propriétés de la foudre , et possédoient l'art de la faire descendre au moyen du conducteur électrique. Nous n'oserons pourtant pas donner' comme vraie une assertion dénuée de preuves positives , et qui compromet singulièrement la gloire de notre âge. Du moins est-il sur que les Étrusques avoient cette prétention , et que leurs anciennes annales racontoient que ce procédé avoit été employé avec succès à Volsinium (i). Un passage dans lequel Tite-Live (2)
Tart d'attirer Ia«fbudre, on peut consulter plusieurs écrivains ; Micfaaeh's et Lîchtenberg, parmi les Allemands ; Falconer , chez ]es Anglois ; Vassalli , en Italie ; et Poinsinet de Sivry, traducteur et conjmentateur X François de Pline (Voy. Opusc. scelti di Milano , t. VIII , pag. îi5 ; XrV, pag, 174; Ozj letterari, tom. III, p. 33 ; Hist, nat. de Pline, tooi. 1, pag. 178. ) Tous c^s écrivains pensent que les anciens ont connu Tart dont il s'agit. Notre docte Bianconi , au contraire , leur refuse nettement cette connoissance. Opère , tom. III , pag. 178-181.
(1) Plin.11,53.
(3) L. I, 3i. Piso ap, Plin. /. e. et XXVIII, 2. Numa consacra le culte de Jupiter Eliciussur le mont Avenlin (Liv. I, ao. ). Peut-être que ce Jupiter n'étoit autre chose que la foudre elle-même symbolisée , en raison de
a 5) PRCMIÈRE PARTIE.
raconte la mort de TuUas Hostilius , consume par la foudre tandis qu il offroit de certains sacri^ fiées secrets à Jupiter Elicien, pourroit &ire penser que les Toscans avoient quelque notion de la science si étendueMe Télectricite , et qu'ils possédoient le secret d'attirer le fluide électrique à Taide d'un appareil analogue au cerfvolant (i). Quoi quil en soit. Ton doit avoir beaucoup d égards pour une opinion que toute Vantiquitë respecta , et qui fut encore en vig^ueur du temps même des Goths ; en eûèt il est constant que lors du premier siège de Kome (a), le préfet de la ville , Pompéianus , étoit persuadé que lart des devins toscans auroit eu le pouvoir de faire descendre , par une force mystérieuse , des traits du haut des nuages , et de diriger les flammes célestes contre le camp des Barbares (3) .
la croyance qu'on pouvoit , par un art mystérieux , attirer ce naétéore du ciel sur la terre. Conf. Valer. Antias, op. Arnob. V, pag. i54; Plutarck. in Numa ; Varro, L. L. V, 9; Oyid. Fast, III, 327.328; Plin. II , 53.
(i) Il y a dans le poète astronome Manilius ce vers très-remarquable : >
Eripuit Jùpifulmen , hfîresque tonandi.
I»xo4.
(a) L'an 408 de l'ère vulgaire.
(3) Zosime ( V, pag. 355 ). Cet historien païen donne aux livres fulguraux des Étrusques Tépithète de Ufa^lwis.
CHAPJTBE xxvin. a53
L'usage où l'on ëtoit en Toscane , dès la plus haute antiquité , d'inculquer les préceptes et les devoirs de la morale à l'aide des proverbes et des paraboles y accrédita peut-être l'opinion an-^ cienne qui faisoit naître Pythagore dans ce pays ( i ) . Il est certain , en effet , que des maximes et une discipline analogues à celles du philosophe de Samos étoient connues en Etrurie de temps immémorial ; que le langage et l'enseignement symboliques y étoient si familiers^ que la portion la moins éclairée du peuple y réduisit en symbole d'action ce qui n'étoit qu'un symbole de préceptes. Cest sans doute d'après'cette raison queLuciuSy philosophe toscan, avance, dansPlu-^ tarque (2), que les Etrusques seuls observoient
(0 L'opinion que Py thagore étoit originaire d'Étrurie n'a pas laissé d'être répandue , et a été soutenue par plusieurs écrircîns de l'antiquité , entre lesquels il nous êuffira de citer Théopompe , Aristoxëne ,. Arislarque , et Hippobotës, auteur d'une histoire des sectes philosophiques de la Grèce. L'erreur vient de la fausse interprétation donnée au surnom de Tj'rrhénique , que porta Pythagore, comme ayant donné naissance parmi nous à son école, et qui dans les temps dont il s'agit, étoit synonyme ê^italique.
(2) Sjrmpos, VIII, 7. Une pierre gravée étrusque qui représente un des symboles pythagoriques connus , confirme jusqu'à, un certain point l'assertion du philosophe de Chéronée» Voy. PI. LV, 3.
a 54 PREMIERE PARTIE*
de fait les symboles de Pythagore. Bien que le peuple ignorât le sens caché de ces doctnnes , il ne méltoit pas pour cela littéralement, etd*uae manière imitative , ces proverbes en pratique , non plus que quelques pythagoriciens médiocrement instruits ( i ) ; cependant, les sentences transmises dàge en âge , j usqu'au siècle de Lucius (a) , témoignoient combien la science symbolique avoit été répandue et professée en Étrurie dans des temps plus anciens. La ressemblance frappante qu ont observée de graves historiens, entre les premières constitutions de Rome et plusieurs institutions de Pythagore (3), ne provînt sans
(i) Blackwell, Lettres sur la Mythologie, Athéoée fait mention d'un Pythagoricien qui pouvoit développer le système entier de sa secte par le moyen de l'art mi» mique , 1, 17, pag. 20.
(2) Ce Lucius étoit certainement un de ces nouveaux pythagoriciens dont l'école commença à devenir célèbre un siècle environ avant l'ère vulgaire , et se répandit dans toutes les parties du monde romain ; maïs l'ancienne et véritable doctrine de Pythagore avoit été publiée par Varron y dans son livre intitulé Tabera, et dans ses autres écrits. Voy. Censorin, IX, 11^ Varron, R. R. Il, i .
(3) Cicer. TuscuL IV, i ; Plutarch. in Numa. Castor (ceini de Rhodes), qni vivoit sous Jules César, avoit composé un ouvrage sur les rapports des institutions de Rome avec les instituts de Pythagore. ( Voss. de Histor. Grœcis, pag. iSg. ) Il est question dans Plutarque des