CHAPITRE XX VIIÏ. ^àB'J
qu'ils attachoient une grande importance à la découverte et à l'emploi des sources se trouve dans la fonction même de Yaquilège toscan , qui ëtoit chargé de recueillir les eaux pour Futilité publique (i). Aussi l'Étrurie abondoit-elle en sources célèbres par leurs propriétés (a) et les cures qu'on leur attribuoit. L'on doit croire que les Toscans avoient acquis des connoissances non*seulement empiriques^ mais théoriques sur la médecine, qu'ils avoient étudié l'organisation ' humaine , et que l'art de la distillation ne leur étoit point étranger, puisqu'ils furent vantés pour l'efficacité des remèdes qu'ils avoient inventés (3). En outre, habitués qu'ils étoient d'éventrer un grand nombre d animaux pour en observer religieusement les entrailles, ils eurent de fréquentes occasions d'acquérir des
(i) Varro ap. Non. II , 8. Conf. Feslus , în Aquœli-^ cium ; Labeo , in libris de Etrusca disciplina, ap. Fuigent. Plane. 4-
(a) Varro L. L. YUl , 4i j Tibull. III , Eleg. 5 j Strab. V, pag. i52 , i57;Diony9. I, Sy^Plin. II, io3; Martial VI, Epigr. 42 ^ Rutil. Itin. I, 249 s^9*
(3) Théophraste {Histor. Plantar. IX, i5) cite le vers suivant d'nn poème élëgiaque d'Eschyle:
Hartian. Gipella. yii Eiruria regio,.» remediorum origine celebrata,
lî. 17
a58 PREMIERS PARTIB*
ootious saioes sur lanatomie , sans laquelle la science médicale ne sauroit faire de pro|^^rès. Pline, témoigne que les Étrusques s'adonaoient ayec zèle à Thistoire naturelle; il assure que, dans leurs liyres sacrés et scientifiques, on litm- Yoit les figures peintes de certains oiseaux rares, et dont seuls ils avoient eu connoissance (i).
Mais une gloire qu'on ne pourroit contester aux Italiens 9 cest d'avoir été profondément yersés dans l'astronomie. Lie langage de Tallégorie 9 qui cachoit tant de vérit<^ physiques, fontniroit une belle preuye en faveur de l'ancienneté de leurs connoissanoes astronomiques. £d effet y si Ion interprète, suivant Lucien (a), h fable italienne de Pbaéton, elle offre ^ dans ce personnage , un homme appliqué sans relâche à étudier la marche du soleil. Toutefois , sans nous écarter de la certitude historique, nous pouvons répéter, d'après l'illustre et infortuné Bailly (3) , que les anciens Italiens précédèrent de long-temps les Grecs dans la connoissance des méthodes astronomiques. La différence des anciens calendriers d'Albe, de Tusculum, de
(i) Suni pntlerea camplmra gênera depicia m Etrusca disciplina j sed ulli non visa, L.X » i5.
(2) De Astrolog. Vol. II , pa^. 867, éd. Hemsterhuîi.
(3) Histoire de VAstron. ancienne. VII , 9 , pa(. igS-
CHAPITHE *XXVIII . 2 5g
Lavioium, d'Aricie et de Ferentinum (i), feroît preuve quils ne rëgloient pas la mesure du temps sur le cours des astres ; mais , outre que le fait n'est pas démontré, il est certain que les Romains eurent de très*l>onne heure une année lunaire de douze mois ou de trois cent cinquante-cinq jours , et qu'ils adoptèrent les noms mêmes des mois en usage dans le Latium {2). Numa voulut que l'année fut réglée sur le cours du soleil, et, comme il n'ignoroit pas que la révolution de cet astre excède de onze jours l'année lunaire, il fit intercaler tous les deux ans un mois de vingt-deux jours; sachant de plus que la durée de l'année solaire surpassoit encore d'un quart de jour celle qui est calculée sur les révolutions de la lune, il tint compte de cette pl|tite différence en multipliant onze jours et un quart par huit , et forma une période de quatre-vingt-dix jours qu'il partagea en deux mois de vingt-deux jours et deux de vingt-trois , chacun desquels mois étoit intercalé de deux années l'une. Macrobe (3) attribue
(i) Gensorin. 20, 22.
(2) Yarro ap. Censor. 22.
(3) Solo ingénia magistro comprehendere poiuit, vel quia Grmcorum observationcforsan inttrucius est. Sat. ly i3.
26o PREMIÈRE PARTIE.
au génie pénétrant de Numa, Thonneur de cette belle distribution de Tannée , qu'il fit, dit-il^ peut-être d'après les conseils des Grecs; mais la Grèce n'ayoit pas fait alors tant de progrès dans l'astronomie , puisque ce ne fut que deux siècles après qu'elle connut cette période de huit années (i). A la vérité, nous ne savons pas d'où ce sage italien avoit tiré des notions si précises sur le mouvement des astres ; quoique l'on puisse conjecturer que la classe docte et zélée des prêtres avoit depuis long-temps introduit quelques germes des connoissances étrangères, et spécialement de celles des Égyptiens. Un passage de Plutarque (t) , relatif au culte symbolique de Vesta, a fait penser à quelquesuns que Numa étoit instruit du véritable système du monde, ce qui n'est pas f^f^e à persuaderas! Ton considère en particulier que landenne astronomie n employoit alors ni calcul ni instrument. Nous voyons, au contraire » que ce philosophe, subjugué par la superstition de sonsiècle, altéra la distribution astronomique régulière, par un respect mystique pour le nombre impair.
(i) La Grèce rC étoit pas si avancée ; elle eut cette période de huit ans deux siècles plus tard. Bailly, Hist» de^VAstrononi. anc. VII, 9» pag. igS.
(a) In Numa.