‹ L'Italie avant la domination des RomainsChapitre 246 sur 283 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

système de versification plus régulier (i) , plus propre à exprimer les différentes affections de lame y et plus conforme au génie de la langue , instrument primitif des beaux-arts. Tous les monuments des temps antiques témoignent que la poésie , organe sublime des exercices et des actes religieux , étoit destinée à célébrer , par ses compositions, la bonté des dieux , la gloire des héros ; à inculquer les principes de la morale civile, et à retracer la mémoire des événements qui intéressoient la société. Les Camènes furent les déités propices des poètes italiens, longtemps avant que la manie d'imiter les Grecs les eut transformées en Muses , filles de Jupiter et . dé Mnémosyne. Les chants libres et joyeux, auxquels Fescennie, ville toscane, donna son nom (a) , ne furent probablement pas , dans leur origine, soumis à des règles plus étroites que les vers rhithmiques : une certaine facilité naturelle et une galté libre et vive (3) en faisoient tout le prix; et c'est pour cela sans doute que les épithalames furent constamment appelés fescenniens. La religion, en Étrurie, donna

(i) Quadrîo, Storia étogni Poesia , tom. II, p. 3o. (a) Serv. adAEneid, VII , ôgS.

(3) Liv. VII, a ; Horat II, Ep, I, 139-148 ; Acro et Porphir. ad A. /.

lieu à uue espèce particulière de spectacles ; ce* toit des pantomimes scéniques exécutées au son de la flûte (i) » et quon a qualifiées mal à pro* pos d*actioa dramatique ; car elles étoient représentées seulement par les gestes des acteurs^ appelés proprement, en langage toscan^ ûtrioni (a)* dénomination que nous avons reçue par droit d'hérédité , et qui est encore aujourd'hui appliquée aux comédiens. Les farces Atellanes, premier tribut littéraire que laCampanie ait pajé à Rome , montrent combien les représentations théâtrales étoient ancîeaues c\ies les Osques (3). Quelles que pussent être la simplicité^ la grossièreté même des Atellanes, modelées sur les mœurs uniformes d'un peuple rustique, on ne peut disconvenir que l'idée ingénieuse et fine de donner l'homme en spectacle

(0 Liv. VIÏ, 2 ; Tacit. XIV, 21. On peut croire que ces )eax n'ëtoient qu'une imiutîoa mimique âe figures symboliques, et d'antret emblèmes relatifc au culte mjftttque des dieux.

(2] Quia hister iusco verbo ludio vocabatur, momen histrionibus inditum. Liv. L c. Valer. Max. II, 4^4*

(3) Fabularum latinarum , quœ a ci%fitate Oscorum

AteHa , in 4fnm primum cœpla , AteUarus dictœ sunt :

argumcniis dictisque jocxdaribus sinUies satiricis

fabulis grcecis. Diomed. Granwi, insi. lïl. Conf. Casau-

bon , de Salir, roman, 4 ; Voss. InsUt, poeUc. II , 35.

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à lui-même ^ pour le corriger de ses défauts > n'annonce un peuple doué d'une imagination aussi forte que vive (t). La subtilité desgram«> mairiens a vainement voulu trouver k ces jeux une origine obscène ; on sait que la gravité ita«lienne en contenait la gaité dans de justes bor* nés , et que les acteurs charges de les exécuter, à la différence de ceux des (àrces mimiques licen^ cieusesy jouissoient pleinement de tous les droits des citoyens (2) ; du reste , ce genre de représentations burlesques , qui peut-être ressembloit à nos comédies populaires , abondoit sûrement en plaisanteries, en mots équivoques et phrases à double sens , qui laissent à Tesprit de lauditeur le plaisir de deviner (3); et il faut bien que le sel de ces Atellanes ne fnt point sans saveur , et que ces saillies fussent d'un comique intéressant, puisque l'on continua de sy plaire et de les goûter , même après que Ion eût composé des drames moins imparfaits (4) 9 et que du temps

(i) • . • . Gens ac terra domestico nativoque sensu. • Gicer. de Arusp, reip, 9.

(2) Lit. L c. Valer. Max. II , 44 ; Clicen mdFanùliar, IX, cum Connnent. Manut.

(3) Quint. VI, S 2 Oéscura, 4/uœ Atellanm marr captent,

(4) Cicer. 4id FamiL VII , i ; Strab. V, pag. 161 -, Taoit. IV, 14 ; Javen. VI, 71. Les mceurset les passions

des' empereurs elles éloient encore représentées (i). Varron (a) a fait mention d'un Toscan, nommé Yolumnius, qui ayoît composé des tragédies ; mais on ne sauroit dire à quelle époque; et peut-être le drame ne fut-il coltivé avec succès par les Étrusques , que depuis le moment où le goût des Grecs prévalut sur le théâtre de Rome.

La musique fut aussi employée comme un

ëtoient peintes dans les Atellanes avec ce naturel et cette énergie voisine de la caricature , qui presque partout constituent le goAt jpopulaire : il n'est donc pas étonnant que ces sortes de pièces fussent trës-bien accueillies à Rome. Par la même raison , les comédie de Plante y furent plus goûtées que celles de Térence, jusqu'à ce que le goût se fût épuré.

(i) Petron. Salir. Suet. in Tiberio 45, Calig. ^7, Galba 1 3 ; Spartian. m Adriano, pag. i3 et allb. Maccus et Bucco , les vrais përes de notre Pulcinella et de notre Zanni , étoient les personnages de prédilection des Atellanes. Delà vint que L. Pomponins intitula plusieurs de ses comédies : Bucco adoptatus, Macci gemini, etc. (Charis. II , p. 187 ; Nonius , II, 840 et alib.) Mais le despotisme des empereurs réprima et étouffa les propos libres et plaisants de ces drames populaires. Caligula , pour on ne sait quelle allusion , alla même jusqu'à £adre brûler yii un des acteurs.

(2) L. L. YI9 9: yolumnius , qui trag-œdias Tuscas scripsit.

art auxiliaire des jeux scéniques et des spuectacles religieux : c etoit «une suite de l'usage solennel de rapporter tous les amusements publics à l'honneur et à la gloire des dieux (i). Diverses espèces d'instruments à vent, et notamment les trompettes toscanes et les cors (2) furent certainement inventés par les Etrusques , qui employèrent aussi dans leur harmonie les cithares et les lyres , dont la représentation se rencontre fréquemment sur les monuments de Fart (3). Il n'est pas moins curieux de remarquer, dans les peintures de Tarquinie, un instrument d'une forme semblable à notre espèce de luth (colascione)f et tel que celui qu'on voit sculpté sur le grand obélisque égyptien, dit Tobélisque d'Auguste (4). Les cha;its et les hymnes religieux étoient toujours soutenus d'un accompagnementinstrumentalquiajoutoitbeaucoup k leur effet. Les Romains rendirent hommage à la supériorité des Toscans dans cette musique, qu'on pouvoit dire toute liturgique,

(1) Censorin. la.

(2) Ttf^^9ii«f ^ tçtf fvp9/i« »fp«r« ri tuù «wAsriyyif. Athen. IV, 26 , p. 84 ; Pollux. IV, 70-85.

(3) Voyez les Monum. Planch. XVII , XVIII , XIX , XXXIV, XXXV, XXX VI IL

(4) Burney, A gênerai histofj of Music , tom. I, pag 519.

a70 PRBMIËKE PABTIB.

en Vadoptaat pour la célébration de leurs fêtes et de leurs cérémoaie» publiques (i)« Bien plus^ c étoit d*£trarie cp'ils faisoient venir les trompettes, appelées en toscan subuU (t)^ pour jouer de la flûte d'ivoire (3); et pnisque les maîtres dans cet art distingué f<»-mèrent cfaes eux un collège particulier , il est vraisemMahle quHl en avoit été de même chez les Étrusques. Pline (4) parle en effet de la flûte de buis comme d*un instrument usité dans la célébration des sacrifices chez les Toscans. EnBn, la ttùte reteotissoit dans les temples , dans les jeux, dans les pompes funèbres (5), afin d'avertir c\iaciui du respect et de la décence qu'il devoit observer. Les Italiens connoissoient aussi , dans les temps anciens^ cette musique' mâle et vigoureuse qoi animoit la valeur des guerriers , qui cél^broit leurs exploits^ et dont les héros eux-mêmes savoient faire usage à leur tour (6). Quant à la

(i) Strab. V, pag. iSa.

(2) Varro I». L. VI , 3 3 Festus , in Subulo.

(3) Virg. Georg, II, 193.

(4) Plin XVI , 36. Sous le nom générique de Tihia on comprenoit plusieurs sortes d'instruments à vent Voy. Bartolin. de Tibiis veterum,

(Si) Cantahatfimis , cantaéat tibia buUs ,

Cantabat nutstis tihia/imeribus,

OvtD. i^flM^VI, 659.

(6) Cato ap. Gicer. in Brut. 19,

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